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Avec les juifs et les oiseaux, on n'a pas fini de planer

  • BY Alain Granat
  • LE 09/09/2013

 

 

Les juifs et les oiseaux ont au moins cela en commun, ils sont partout, complotent au-dessus de nos têtes, et ont le nez crochu.

 

Voilà quelques semaines, les autorités turques ont relâché une crécerelle, après une investigation poussée de plusieurs jours. Le volatile avait été soumis à une radio complète de ses entrailles et une inspection, plume à plume, de tous les gadgets d’espion israélien dont il pouvait être le porteur. L’Arabie Saoudite s’était déjà illustrée en 2011 pour l’arrestation d’un griffon – le salopiot soupçonné d’allégeance à l’ennemi avait eu sa photo à la une des journaux de la région. Et pour preuve, ces deux oiseaux, détenus par les autorités saoudiennes depuis les années 80, un vautour égyptien et un pélican blanc, qui, rien ne les en dissuadera, étaient équipés de bec en pattes, d’appareils sophistiqués d’espionnage israéliens.

 

En 2012, c’est le Soudan qui remettait ça : un journal national rapportait qu’un vautour avait été retrouvé dans la région de Kereinek avec des inscriptions en hébreu et un dispositif électronique très perfectionné. Cette information de première main fut reprise dans le journal national égyptien El Balad, puis reprise et traduite en français, des deux mains, par AfriqueAsie.fr. La même année, un petit guêpier coloré d’Europe venait mourir sur les routes de Gaziantep, au sud-est de la Turquie. Tout le village, en émoi, fit appel aux unités de contre-terrorisme, persuadé que des émetteurs israéliens avaient diffusés à toute volée des informations hautement confidentielles sur chaque habitant.

 

Israël est sur le passage d’un milliard de migrateurs (ne vous sentez pas visé), le pays possède en effet, au kilomètres carré, l’un des plus hauts niveaux de migrations d’oiseaux dans le monde. Il y a par exemples 42 000 grues (ne vous sentez toujours pas visé) qui traversent chaque année le territoire. Pour éviter les collusions avec les avions, des observatoires ont été mis en place dans tout le pays : Israel Ornithological Center, Jerusalem Bird Observatory, Eilat Birding, Ramat HaNegev Birding Center, International Birdwatching, pour ne citer que les plus connus. Ces observatoires ont aussi permis de faire avancer considérablement les recherches ornithologiques dans le monde. Mais qu’ont-ils, tous ces juifs, à toujours vouloir prendre le ciel à témoin ? Ils marchent sur la tête…

 

 

Laissez moi vous raconter une petite histoire qui fera son chemin. Nul doute, qu’elle sera relayée par quelques médias alertes, voire même par la nouvelle chaîne tv i24 (quelqu’un peut m’expliquer pourquoi tous les journalistes français trouvent nécessaires de prononcer Aïe touinti foreuh ? C’est quoi au juste ? Un code ? Une sorte de « Hamsa sur toi » déguisé ?).

 

De passage chez une amie parisienne, avant mon retour (enfin !) sous les cieux heureux de Haïfa,  j’eus la fort mauvaise surprise de trouver Paula dans un état de quasi prostration. Connaissant son engouement ashkénaze à prévoir le pire au moindre souffle, j’ai supposé que dans les jours prochains, le temps allait se gâter ou qu’Hitler avait ressuscité. Sur sa table, un nombre impressionnant (trop pour une incontrôlable fille d’apatride) de convocations de la Préfecture de Police – convocations, avis de passage, et résumé avec le tampon assermenté de l’enquête dite « de voisinage » – Merde ! Enquête de voisinage ?! Pauv’ Paula, je m’en doutais, à force de jouer sur la discrétion, elle a dû (au moins) embrocher un voisin avec sa mezouza. J’imaginais déjà celui du dessus, à qui elle faisait tant de politesses, raconter la scène – le sang, les cris – ou celui du dessous, toujours muet de coutume, ne tarissant plus d’insultes, et l’immanquable concierge qui, fatalement, avait tout vu.

 

Dans le seul et unique maigre pot de fleur qu’elle s’était permise d’accrocher à sa balconnière, trônaient en fait, sans vergogne, un pigeon et deux minuscules (et fort hideux, j’en conviens) pigeonneaux. L’immeuble, la Préfecture de Police de Paris, et pourquoi pas, prochainement, le FBI, avaient tous été alertés, et l’enquête de toute évidence progressait. Les voisins avaient été un à un interrogés, le descriptif de sa balconnière était d’une précision zélée, et même le nombre de fois où sa fenêtre était ouverte avait été rapportée. La peur était à son comble ! Sans rire, je n’ai pas osé ajouter que ses deux volatiles suspects, plantés dans ses géraniums, étaient sûrement à la solde des sionistes. Dommage, j’aurai sans doute contribué à la paranoïa croissante de Paula, et du même coup, à lever le secret sur l’envol spectaculaire des juifs dans le monde… Pauv’ Paula. Aïe touinti foreuh sur elle !

 

 

La Vallée de Hula située au nord d’Israël, bordée d’un côté par le Golan, de l’autre par la Galilée, est aujourd’hui une extraordinaire réserve naturelle, mais surtout le plus grand centre ornithologique du pays. Avant même que les marécages fussent drainés, à partir des années 50, des oiseaux migrateurs venaient en grand nombre jouir à la fois des profits agricoles des kibboutz alentours et du lac unique dans le pays. Aujourd’hui Agamon HaHula leur est entièrement dédié. Des ornithologues venus du monde entier affluent vers cette vallée, où quelques heureux résident, et où d’autres se posent avant le grand départ.

 

Comme à chaque automne, en septembre prochain, le centre ornithologique de Hula et l’Israeli Ornithological Center organisent le comptage des rapaces et des oiseaux migrateurs du nord d’Israël. Deux espèces seront à l’honneur : l’épervier à pieds courts et l’aigle pomarin, mais aussi les cigognes, les pélicans, les grues cendrées. Et vous savez quoi ? Ce projet, cette fois, sera réalisé avec l’appui et la collaboration de l’Armée de l’air israélienne ! Si ce n’est pas une équipe de gagnants ! Parmi tous ceux qui seront dénombrés, bagués, recensés, je n’ose compter le nombre de sionistes ailés qui iront se préparer au dur combat d’agent double en Syrie, au Liban, en Turquie, sur la Lune, et même, ma Paula, sur le coin de ta fenêtre… Les juifs et les oiseaux, décidément, planent sec !

 

Un jour, un vieux juif, attiré par la devanture, rentre chez l’un de ces nombreux oiseliers miteux de la ville basse de Haïfa. Devant lui se tient un perroquet particulièrement coloré. Par curiosité, il demande au vendeur : « Combien coûte ce perroquet? ». « Mille shekels ». « Mille shekels? » s’étonne le juif. « Oui », répond le vendeur, « il connaît par cœur tout le Talmud ». « Ah ! Et celui-ci alors ? ». « Deux mille shekels ». « Deux mille shekels ? », s’étonne -t-il encore. « Celui-ci connaît tout le Talmud, et tous les commentaires rabbiniques ». Dépité, le vieux juif se tourne vers un dernier perroquet au fond du magasin. « Et celui-ci alors? ». « Cinq mille shekels ». « Cinq mille, mais que peut-il savoir de plus ? »‘. « Ecoutez, franchement, pour ce perroquet, je n’en ai pas la moindre idée », concède le vendeur, « tout ce que je peux vous dire, c’est que les deux autres l’appellent Rebbe ». Et en plus, ils partagent le même humour.

Daniella Pinkstein

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