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Bar mistva bar mistva dans la joie

 

Ça fait des semaines que chez moi tout le monde en parle. Le matin, le midi, le soir, sans compter le chabbat. Répartition des rôles, checking des tenues, playlist pour l’orchestre : sérieux mon frère et ma belle-sœur c’est plus la bar mitsva du petit qu’ils organisent, c’est l’élection de Miss France. A la production, faute d’avoir les moyens d’Endemol, Betty s’est beaucoup appuyée sur Marco Abitbol.

 

20h12 : à peine arrivée à la salle avec Solal, je me fais pourrir au vestiaire par ma belle-sœur qui me reproche d’être en retard. Quand je lui réponds : «qu’est-ce que ça peut faire ? De toute façon quand hier t’as fait ta réunion de chantier, tu m’as rien confié comme tâche», elle hurle : « Tu es de mauvaise foi, tu n’avais qu’une seule chose à faire : être sur place à 19h30 !». J’en étais à «Betty, tu m’emmerdes» quand le photographe s’est pointé devant nous en lançant «Mesdames !». Et là, comme par magie, aussi sincèrement que si François Fillon invitait à danser Jean-François Copé, Betty s’est blottie contre moi, offrant son plus beau sourire jaune «je fume un paquet par jour» parfaitement assorti à sa robe lamée Elie Saab, que Stéphane en voyant le prix, il lui a fait jurer de la remettre pour aller bosser, chercher les enfants à l’école, les prochains mariages sur les 20 prochaines années et qu’on l’enterrerait peut-être avec.

 

20h56 : j’en suis à ma 3ème vodka-pomme pour oublier toutes mes cousines qui passent leurs mains compatissantes sur mon épaule de pauvre divorcée, quand un type la petite quarantaine m’aborde timidement. S’ensuit un échange entre un mec qui ne sait pas y faire et une fille bourrée :

Lui : Tu es de la famille ?

Elle : Non, je suis la maîtresse du bar-mistva, on s’est rencontré sur Internet. Dès qu’il m’a écrit «kikou lol», j’ai su que c’était lui.

Lui : Je suis le fils d’Yvette V., nos mères sont cousines.

Elle : Ah mais oui je vois très bien, une dame avec les cheveux bleus. Elle est enterrée à Pantin ?

Lui : Non, elle habite à Pantin.

Elle : Et ben c’est cool, ça vous fera moins loin le moment venu.

Quand ma mère s’approche en hurlant «Mordehaï mon fils comment ça va ?» je pige le traquenard. Je ne sais pas si c’est le fait qu’elle lui ait filé devant moi mon numéro de portable, ou qu’elle lui ait demandé des nouvelles de ses 4 enfants depuis le départ de leur maman avec son coach sportif, mais j’ai couru aux toilettes pour vomir.

 

21h30 : Avant l’entrée du bar-mistva, on se tape le film sur sa vie et un peu la nôtre. Pour bien faire, cette p… de Betty a glissé deux photos de moi immondes. Quand j’apparais sur grand écran boulotte pas coiffée avec un appareil dentaire, mon père lance  à la cantonade «elle a pas changé la petite !». Comble de l’originalité, le héros du jour rentre sur «Everybody needs somebody» des Blues Brothers. Je ne sais pas si c’est l’accent anglais de mon neveu, le chaloupé de ses copains de classe de l’Alliance qui l’accompagnent pour la choré, mais j’ai jamais eu aussi honte que depuis que j’ai vu Michel Boujenah rire à ses propres blagues en présentant le grand gala de la Tsédaka.

 

22h04 : Je fais une pause dans le hall quand je tombe sur mon frère.

Moi : Tu sais que c’est officiel, ta femme me hait.

Lui : Betty, elle t’adore.

Moi : Elle a invité mon ex-mari.

Lui : Je te jure qu’elle t’aime beaucoup.

Moi : Elle l’a mis avec sa femme enceinte à la même table que moi.

Lui : Oui mais tu remarqueras qu’il est parti tôt.

Moi : Ben évidemment, on est à la table entre l’enceinte 4000 watts et la cuisine. Tu pensais qu’on allait rester, creuser un puits et faire boire les animaux, comme dans la paracha de la semaine.

Lui : En parlant de ça, franchement il a pas super bien lu mon fils jeudi à la syna.

Moi : Grave, quand j’ai dit à tout le monde que son père, à l’époque, avait recraché un texte appris par cœur sur une feuille en phonétique en butant sur chaque mot, et ben tu sais quoi, les gens étaient sciés.

 

 23h32 : Ma mère se déchaîne sur la musique orientale avec ses cousines. Je me dis que ça ferait une très belle pub pour le prochain pèlerinage de la Ghriba ou pour le régime Dukan période «avant». Mes frères poussent leurs femmes respectives sur la piste de danse, un peu comme on jetterait des agneaux à un crocodile au moment du repas. Je ne sais pas si c’est ma 5ème vodka-pomme, mais je crois que le batteur de l’orchestre, un black, me fait de l’œil. Pendant que Betty tente de retenir le rabbin qui se barre après avoir croisé la troupe de  danseuses se changer dans les toilettes des hommes, je constate dépitée que le bar est fermé.

 

00h35 : Solal somnole sur mes genoux à l’arrière d’un taxi. Prendre ma voiture ? T’es dingue. C’est un coup à devoir ramener Tonton René à Créteil. Je suis restée jusqu’à la pièce montée, très fière de mon niveau de résistance. Avant de partir, j’ai déposé le cadeau du bar-mistva au vestiaire. La pétasse en jean slim taille 28 qui m’a rendu mon manteau et a pris le paquet, a lâché en souriant et en secouant la boîte : «j’ai parié avec ma collègue qu’on serait à 4, mais je crois que j’ai perdu. 5 iPad dans la même soirée, c’est un record !». Quand Solal se réveille au feu rouge, il me demande «c’était comment la bar-mistva de Tonton Stéphane». J’ai bien envie de lui répondre : «il a reçu des dizaines de cravates et de stylos Waterman. Mamie voulait Kakino De Paz, mais il a refusé. Il a grillé sa première clope et papy lui a commandé une prostituée pour finir la soirée». Je me suis contentée de lui dire «c’était bien».

 

The SefWoman

Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

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