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Beautiful Valley, de Hadar Friedlich

 

 

Elle est aussi verte que celle de John Ford, la vallée de Hadar Friedlich, mais elle se décompose doucement. Avec « Beautiful Valley », la réalisatrice brosse dans son premier long-métrage un joli portrait de femme au crépuscule de sa vie, à travers la vision d’un kibboutz en prise avec l’évolution de la société israélienne.

 

Hanna (Batia Bar) a 80 ans, et est l’un des piliers de ce kibboutz, qu’elle a créé avec ses compagnons à la naissance de l’Etat hébreu. Alors qu’il est menacé de faillite et en voie d’être privatisé par la fille de l’héroïne, Yaël (Gili Ben Ouzilio), qui dirige le village, elle se bat pour continuer à travailler, pour la survie de son idéal de pionnière, et tout simplement pour continuer à vivre au milieu d’une grandissante solitude. Paradoxe d’une société fondée a contrario pour célébrer la collectivité.

 

 

Beautiful Valley est un témoignage bouleversant sur l’évolution de l’un des piliers originels de l’Etat d’Israël, où les projets collectivistes uniques que représentaient les kibboutz rassemblèrent des hommes et des femmes autour d’un idéal de vie lié au travail de la terre. Aujourd’hui, la plupart d’entre-eux n’ont plus grand chose en commun avec leur idéologie première. Une scène particulièrement touchante montre Hanna visitant la maison qui sert d’hospice aux vieillards du kibboutz, où l’une des employées semble d’origine philippine, comme le sont la plupart des personnes qui aident les personnes âgées à Tel-Aviv. Signe des temps. « Peu importe l’idéologie qu’il y a derrière tout ça », dit l’un des acteurs du film (la majorité sont des kibboutznik, comme Batia Bar, impressionnante de justesse, qui joue ici pour la première fois),  « C’est vivant, ça a poussé. Et maintenant, on devrait combattre cela ? ».

 

Privilégiant de longs plans silencieux, des visions splendides des paysages environnants cette vallée paisible, la réalisatrice pose un regard à la fois tendre et désespéré sur Hanna, « mère courage », mémoire vivante du lieu, passant malgré elle le flambeau à sa fille Yaël, et offrant sa tendresse à une jeune fille sur le départ du service militaire. Hadar Friedlich a vu son film récompensé par de nombreux prix, « Meilleur Premier Film » au Jérusalem Film Festival en 2011, « Mention spéciale du jury 2011 » au festival de San Sebastian, « Prix du Jury » au festival Cinémed. Sa voix, singulière dans une production cinématographique israélienne foisonnante, devrait continuer à se faire entendre.

 

Arielle Granat

 

Sortie en salles le 14 novembre 2012, distribution Les Films du Poisson

 

La bande-annonce de « Beautiful Valley »

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