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Boulette oh ma boulette

 

 

La boulette est un thème hautement sensible chez les juifs. Il est plus risqué d’écrire un article sur le sujet que de faire un papier pro-palestinien dans JSS News.

 

C’est pourquoi, avant de commencer, je voulais éclaircir un point : comme tout le monde je pense que les boulettes de ma mère sont, de loin, les meilleures du monde (avec celle de ma grand-mère et de ses ancêtres depuis 20 générations). En vérité, ce sont plus que des boulettes, c’est une véritable institution, vieille d’au moins  500 ans ! La seule boulette, la vraie, la marocaine, petite, avec des p’tits oignons, a été découverte pour la première fois par mes papilles sensibles de petit garçon, quand j’ai entendu la douce voix de ma grand-mère prononcer «mange, mange ou j’appelle ta mère, nardine bebek ! Il me rend fou ce gosse !».

 

Il faut dire qu’en réalité, les boulettes n’ont rien de ragoûtantes pour un gamin de 5 ans à qui on a expliqué que c’était meilleur de faire des boulettes avec la viande hachée, plutôt qu’un steak ! «Mais goûte au moins !». Et voilà ce qui a précipité ma chute : avoir goûté aux boulettes de ma grand-mère. «Ah tu vois que tu les aimes mes boulettes, viens, je te donne un p’tit billet » (être payé 20 francs pour manger des boulettes, quoi de plus beau ?).

 

Mais c’est là que le cercle vicieux s’enclenche : « allo, Patricia ? C’est moi, le p’tit a adoré mes boulettes, tu devrais lui faire…». Et shabbat d’après, ça n’a pas raté… Boulettes à volonté. La boulette est une addiction très peu reconnue par les médecins contemporains… A part peut être par le docteur Ohayon, qui tente de faire reconnaître l’addiction car lui-même ne sait plus comment s’en sortir, vu que sa femme lui en injecte en intraveineuse depuis 30 ans. J’étais devenu un drogué de la boulette, un batcha sans boulettes, c’était comme une punition.

 

Quelques années plus tard et donc quelques kilos en plus, la sécurité de l’aéroport de Nice me demande d’ouvrir mon sac. Ils sont tombés sur un gros poisson les champions : 2 kilos de boulette en petites coupures dans des sachets individuels…Va expliquer au type qui te regarde comme si tu étais le mollah Omar qu’«en fait, c’est des boulettes, j’en rapporte chez moi à Paris». 2 kilos de boulettes, ça interpelle même le chef de la sécurité, qui ordonne d’ouvrir une boulette au hasard pour voir si rien ne s’y cache à l’intérieur. De mémoire de douanier, on n’avait jamais vu ça. En 10 minutes, je deviens l’attraction majeure de l’aéroport, des mecs du terminal 2 arrivent en renfort pour voir la curiosité. Même les hôtesses de Royal Air Maroc qui passaient la sécurité derrière moi, pensaient que c’était un mythe. Sur le coup, je me suis dit qu’il fallait que je pense à proposer cette anecdote au Petit Robert pour illustrer la définition du mot « honte ».

 

Depuis cet événement tragique, les boulettes de ma mère ne s’importent désormais plus que par la SNCF, c’est donc tout naturellement que ma sœur Mélissa m’en a ramené dernièrement.  «Maman, elle a dit tu les mets direct au congél’ et tu les sors petit à petit… » .

 

– Mel, pourquoi tu prends l’accent de mamie là ?

– Désolée, ça me fait cet effet quand je parle de boulette !

Mais 3 jours plus tard le congélo à déraillé, les boulettes on décongelé.

– Allo maman, je peux les recongeler ?

– Jamais ! Tu veux mourir ou quoi ? On fait jamais ça, tu m’écoutes ? Tu les manges, tu m’entends, tu les manges tout de suite !

 

Écouler tout seul 2 kilos de boulettes en 3 jours, c’est un peu comme tenter l’Everest alors que t’as encore du mal à monter les 5 étages de chez toi quand l’ascenseur est en panne. Au début,  je les mangeais comme telles avec un accompagnement, puis je les ai faites frire dans des feuilles de brique, pour rester dans la tradition… Jusqu’au sacrilège suprême : en faire de la bolognaise. Comment en étais-je arrivé là ? Faire une bolognaise avec les meilleures boulettes du monde !

 

Aujourd’hui, je me rends à l’évidence : j’ai fait ce que l’on peut aisément appeler… Une overdose de boulettes.  Je ne peux plus voir une boulette, ni même sa sœur tunisienne (si, tu la connais, celle avec plus de pomme de terre que de viande à l’intérieur) et encore moins le klops sans saveur des shtetls (je vais me faire des copains sur ce coup). Mais malgré tout, me voici désintoxiqué. Enfin presque. Il me reste plus qu’à faire un pot au feu avec la dafina.

 

Jonathan Demayo

Article publié le 18 décembre 2012, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop

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