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L’interview Jewpop de Michel Kichka,
pour son nouveau roman graphique « Falafel sauce piquante »

Falafel sauce piquante Michel Kichka Jewpop

À l’occasion de la sortie de son nouveau – et très réussi – roman graphique « Falafel sauce piquante » (Dargaud), Michel Kichka répond aux questions de Jewpop.

Falafel sauce piquante Dargaud Michel Kichka Jewpop

 

Les Israéliens connaissent bien Michel Kichka pour son travail de dessinateur de presse, reconnu internationalement. Les amateurs francophones de BD l’ont découvert avec son premier et très émouvant roman graphique « Deuxième génération », dédié à son père rescapé de la Shoah. On attendait avec impatience un nouvel opus de l’auteur, qui livre avec « Falafel sauce piquante » un remarquable portrait d’Israël et de ses habitants, des années 70 à nos jours, vu à travers son histoire personnelle. Un portrait à la fois piquant et tendre, empli d’amour et parfois de désillusion, dans lequel se retrouveront tous ceux qui ont eu la chance de découvrir Israël lors des années précédant l’assassinat d’Yitzhak Rabin.

 

Kichka Falafel sauce piquante

 

Car il y a bien un avant et un après dans cette société israélienne que Michel Kichka narre avec acuité, sensibilité et humour. De son alyah de sa ville natale de Seraing en 1974 à ses études à la prestigieuse école d’art Bezalel de Jérusalem, où il transmet aujourd’hui son savoir comme enseignant à la jeune génération de dessinateurs israéliens, en passant par son engagement au sein de l’association Cartooning for Peace, initiée par Plantu, qui regroupe des dessinateurs de presse du monde entier dont des Palestiniens qu’évoque avec émotion l’auteur – parmi lesquels son ami Baha, disparu en 2015 – Michel Kichka aborde avec « Falafel sauce piquante » la petite et grande histoire d’Israël. On y trouve matière à mieux comprendre sa société, tiraillée entre guerre constante et désir de paix, les enjeux lorsque l’on fonde une famille dont les enfants partent à la guerre… mais on sourit évidemment – parfois jaune – car l’immense talent de Michel Kichka, qui se revendique « laïc, juif à 100%, non croyant et tolérant », consiste à ne donner aucune leçon et à brosser un tableau lucide de son pays, empli d’empathie, malgré tout. « La seule arme que j’ai, c’est mon dessin », déclare-t-il. L’arme de Michel Kichka, c’est du très gros calibre.

 

L’interview Jewpop de Michel Kichka

 

Michel Kichka Jewpop

 

Jewpop : Michel Kichka, comment conserve-t-on sa part de « belgitude » après des années d’alyah ?

Michel Kichka : Ma belgitude a fait son alyah avec moi et m’accompagne jusqu’à ce jour. Je l’ai dans la peau ! Pour moi, l’alyah n’est pas un rejet de la diaspora, c’est une fusion.

 

Jewpop : Quelles réflexions vous inspirent l’alyah francophone de ces dernières années ?

M.K. : J’entends beaucoup de Français faire leur alyah et quittant la France en claquant la porte, fuyant l’antisémitisme, inquiets de la montée de l’Islam en France. Il y en a d’autres qui font leur alyah mais sont sur la ligne Tel Aviv-Paris où ils ont leur business. Et d’autres qui ont un pied à terre là-bas et un ici. Gad Elmaleh les appellent « intermittents de l’alyah”. Et puis il y a ceux qui sont mus par un sentiment religieux fort, le plus souvent associé à l’idéologie droite nationaliste. Beaucoup rencontrent des difficultés à se faire au pays, à maîtriser l’hébreu, vivant souvent en cercle francophone fermé, suivant les médias français plutôt que les israéliens. Aujourd’hui, on ne fait pas son alyah telle que je l’ai faite il y a 44 ans. Par idéal, par amour, pour réaliser un rêve, pour participer à la construction de ce pays. Mais chaque alyah est légitime, c’est la Loi du Retour.

 

Jewpop : Votre confrère Plantu, à l’origine de Cartooning for Peace dont vous êtes membre, est l’un des dessinateurs de presse les plus décrié au sein de la communauté juive française. Comment réagissez-vous aux attaques sur (ses) vos dessins ?

M.K. : La communauté juive française d’aujourd’hui est non seulement très communautarisée dans le sens négatif du terme, mais elle est aussi beaucoup plus traditionaliste et de droite quant à la politique d’Israël. Qu’elle décrie souvent des dessins de Plantu sur Israël ne me surprend pas. Plantu n’est pas le seul dont les dessins sont décriés. Critiquer la politique d’Israël est tout à fait légitime. Je le fais tous les jours, de même que la plupart de mes collègues israéliens. Et il est de mon devoir de défendre la liberté d’expression

Falafel sauce piquante Kichka Jewpop

Jewpop :  Votre roman graphique se clôt malgré tout sur une note d’espoir. Croyez-vous encore à une paix possible entre Israéliens et Palestiniens, ou êtes-vous définitivement persuadé d’être un « spécimen à conserver au formol », comme la plupart des israéliens de gauche partisans de la paix ?

M.K. : Je crois à une paix possible, mais elle sera pour les générations à venir. Rien de positif ne se fera dans ce sens avec Bibi, Mahmoud Abbas et le leadership  actuel du Hamas.Quand je me compare à un « spécimen à conserver dans le formol », une espèce en voie de disparition, j’ironise sur moi-même. Quand je dis que les gouvernements israéliens en place depuis l’assassinat de Rabbin essayent de délégitimer la gauche partisane de la Paix, je n’ironise pas. Je mentionne un fait. C’est à mon sens un très grand danger pour notre société.

 

Jewpop :  Selon vous, quel est le plus grand danger pour Israël dans le futur ? La confrontation entre laïcs et ultra-religieux, ou la confrontation entre Israéliens et Palestiniens ?

M.K. : Je me reconnais dans Israël comme état laïc où il y a séparation entre la religion et l’État. Tel que le pays a été créé. Un fossé d’incompréhension séparera toujours laïcs et ultra-religieux. Là n’est pas le problème. Le véritable problème émane des israéliens de la droite nationaliste religieuse, qui sont messianiques et se considèrent comme les nouveaux et les seuls véritables sionistes. Ce sont eux qui déchirent le pays et mènent Netanyahou par le bout du nez. Ils sont pour l’annexion des territoires, la non-reconnaissance de droits des Palestiniens, ne proposent qu’une vision d’avenir apocalyptique de guerre à outrance, sans compromis, sans solution. Ygal Amir, l’assassin de Rabbin, est le produit de cette droite.

 

Falafel sauce piquante Kichka Jewpop

 

Jewpop :  L’accent belge en hébreu, ça existe une fois ?

M.K. :  L’Israélien ne fait pas la distinction entre l’accent belge et l’accent français en hébreu. Cet accent me colle encore au palais, mais assez modérément. Il a son charme, pourquoi vouloir le perdre ? Chacun ici a l’accent de sa famille d’origine. Même après deux ou trois générations ! Ceci dit, j’ai un très bon hébreu et me sens Israélien à 100% !

 

Propos recueillis par Alain Granat

 

Commander Falafel sauce piquante (Dargaud, 21, 90€) de Michel Kichka sur le site Leslibraires.fr

 

© visuels : Michel Kichka / Dargaud / DR, photo de Michel Kichka copyright Eli Kichka

Article publié le 25 octobre 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

 

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