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François Truffaut à la Cinémathèque française

 

Je fais des films pour réaliser mes rêves d’adolescent, pour me faire du bien et, si possible, faire du bien aux autres. François Truffaut

 

Un parc, à Paris, Bercy, en automne sous la pluie. Deux blaireaux qui s’escriment avec un briquet pour allumer quelque chose sous la tempête. B. (moi, quoi, votre serviteur) s’approche de A. d’un air dépité et lui parle d’un ton maussade.

 

– Mec, j’ai le syndrome de la page blanche. Le premier article est venu en une demie-heure, j’avais le sujet, le verbe, la verve, la vibe quoi ! Pour le deuxième, niet, nada, kloum, waloo, waloo garou même. J’ai aucune idée. C’est horrible.

– Mais tu vas m’arrêter cette pucellerie ! C’est quoi le site pour où t’écris ?

– Jewpop.

– Porno ?

– Pfff… Non. Juif.

Mon pote A. (Azzedine pour ne pas le nommer) me fait le regard « communauté-organisée-je-vous-kiffe-mais-parfois-je-comprends-pas » que je lui connais depuis dix ans, quand j’étais le seul nez crochu dans un obscur lycée de Seine-Saint-Denis et qu’il était mon binôme d’école buissonnière (beuh, ciné UGC Rosny, McDo pas casher pour moi, Amsterdam 11.6% d’alcool pas hallal pour lui, et sieste devant films illégalement téléchargés). Depuis, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts, beaucoup de bière dans les chopines, mais on se retrouvait régulièrement au cour Saint-Emilion pour une ballade pastorale au parc de Bercy avec un pet et une despé, un cookie et un caramel macchiato avant d’aller à un autre UGC, plus parisien celui-là.

 

– À propos de juif, t’as toujours ton plan gratos pour les musées ? Y’a le cycle François Truffaut à la Cinémathèque française, juste là, en face, ça pourrait être sympa…

Euréka ! Illumination ! Alléluia ! J’en entends presque le «Messiah» d’Haendel dans mes oreilles tant mon goyfriend m’a sublimement apporté la solution sur un plateau.

– Je vais faire cette rubrique musée sur le François !

– Quel rapport ? Musée, art et… cinoche ? Et je ne vois pas trop l’aspect « feuj » du concept…

– Uno, surtout quand il s’agit de Truffaut, si tu ne vois pas le cinéma comme la forme suprême de l’Art digne des musées, je t’enc…ourage vivement à changer d’opinion. Deuxio, sache que tout a un rapport avec la feujerie. Tiens, regarde, on est encore dans la partie du parc de Bercy qui s’appelle « Jardin Itshak Rabin » et pour en revenir à Truffaut, si les pères assumaient toujours les conséquences de leurs plans-baise un peu plus longtemps que la durée de ces derniers, François Truffaut s’appellerait certainement Lévy, et pas forcément François. Son père biologique était un dentiste juif du nom de Roland Lévy. Qui en ne le reconnaissant pas lui a pourri la vie, mais a peut-être embelli la nôtre en faisant de lui un cinéaste génial torturé plutôt qu’un dentiste anonyme tortureur reprenant le cabinet de papa. Cinéaste majeur, avec Godard et Chabrol, entre autres, de ce que Françoise Giroud, la première, a baptisé « Nouvelle Vague », il est de la fin des années 1950 au début des années 1980 un des fils directeurs du cinéma français, et rayonne bien au-delà.

– Et il a fait quoi de bien fou, le Truffaut ?

– Tiens, un cas d’école : Le Dernier Métro. Le génie de faire jouer Deneuve et Depardieu ensemble au zénith de leur maturité d’artiste. De faire entrer le théâtre dans le cinéma et une histoire, l’Amour, dans l’Histoire, la Guerre. De faire jouer un metteur en scène de théâtre juif à Paris sous l’Occupation par un ancien soldat de la Luftwaffe, Heinz Bennent. Le génie, parfois, ça paye : dix Césars dont les cinq plus convoités, record indépassé.

– Ouais, ça reste franco-franchouillard, tout ça.

 

 

– Malheureux, cesse ton blasphème ! Si un cinéaste a vraiment réussi à tutoyer d’égal à égal le cinéma américain, c’est lui. Pas seulement pour son Oscar pour La Nuit Américaine en 1973. Pas seulement parce que dans le procédé cinématographique il est reconnu comme le meilleur héritier de Hitchcock. Pas seulement parce qu’il a joué dans Rencontre du troisième type de Spielberg. Mais aussi, et surtout, parce qu’il a produit une qualité artistique à la portée de ceux qui regardent et de ceux qui jouent, sublimant aux yeux des premiers les talents naturels des seconds. Soucieux de ses acteurs et du public, il les prend en compte jusque dans ses délires. Avec ce sens du divertissement, de donner à son public un vrai moment de plaisir et, dans mon cas, de bonheur. Je suis le gamin qui fait Les Quatre Cents Coups et je serais mort d’amour comme un vrai canard si comme Bébel j’avais croisé la route de La Sirène du Mississipi en Catherine Deneuve, oui, je suis L’Homme qui aimait les femmes. Je vais même jusqu’à lui pardonner d’avoir été critique de cinéma, métier maudit métier honni ! Parce que sa «rédemption» a été l’une des plus belles pages du Septième Art. Truffaut n’a pas seulement fait partie de la Nouvelle Vague, il a su surfer dessus, bien mieux que cet enfoiré d’antisémite pro-palestinien de Godard.

– Tu pars encore dans tes délires de sioniste fanatique. J’adore, hein, mais, ça fait flipper, non ? Juger un cinéaste sur sa personnalité ou ses opinions politiques, c’est idiot. C’est beaucoup mieux de le juger sur la seule chose qu’on lui demande vraiment : ses films. Allez, entrons dans la cinémathèque, on juste a le temps pour l’expo, avant de voir une séance de Jules et Jim à la mémoire de cette canaille de Stéphane Hessel*.

 

Ben Plus

N. A. : Cher lecteur, si tu penses que j’allais te parler un peu plus de ce qui se trouve dans l’exposition, tu peux te brosser. Et te motiver pour y aller par toi-même.

* Truffaut a adapté pour son film le livre éponyme de Henri-Pierre Roché, inspiré de son histoire et de celle des parents de Stéphane Hessel.

Cycle François Truffaut à la Cinémathèque française – Musée du Cinéma (51 rue de Bercy 75012 Paris, M° Bercy), rétrospective et exposition de Serge Toubiana. Les lundi et du mercredi au dimanche de 12h à 19h (jusqu’à 22h le jeudi et de 10h à 20h le dimanche) jusqu’au 25 janvier 2015.

© photos : DR, Les 400 coups (Jean-Pierre Léaud), François Truffaut et Steven Spielberg sur le tournage de Rencontre du troisième type


Lire l’article de Ben Plus Les engagés volontaires juifs étrangers, une exposition du Mémorial de la Shoah

Article publié le 30 novembre 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop

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