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Gabriel Wolff, calligraphe et tatoueur hébraïque

Gabriel Wolff portrait Anna Lev Jewpop

Originaire de Berlin, Gabriel Wolff conjugue les paradoxes à merveille. Portrait du calligraphe-tatoueur-hébraïque, qui a répondu aux questions de Jewpop.

 

Jewpop : Peux-tu te présenter rapidement ?

Gabriel Wolff : Je m’appelle Gabriel, j’ai 36 ans, je suis musicien et calligraphe. Une fois, j’ai eu un chat.

 

J. : Comment es-tu tombé dans l’art de la calligraphie ?

G.W. : Jai grandi à Munich. Vers l’âge de cinq ans, ma mère m’a emmené voir une exposition sur le nazisme. Il s’est soudainement passé quelque chose de totalement inattendu et un grand moment de solitude pour une mère face à la réaction surprenante de son fils : je suis tombé en fascination devant les posters de propagande nazie et me suis exclamé devant tout le monde « oh, c’est si joli ! »… Ce malaise ! [Rires] Après cet épisode, ma mère m’a acheté un petit kit de calligraphie. Depuis lors, je n’ai cessé d’avoir des taches d’encre sur les doigts car je n’ai jamais plus arrêté de dessiner !

 

Gabriel Wolff Anna Lev Jewpop

 

J. : Comment est-ce devenu ton métier ?

G.W. : J’ai suivi des études en école Montessori. La partie créative et libre de l’éducation que j’y ai reçu m’a forgé un profil très artistique. La calligraphie a été d’abord un loisir, très présent, certes, mais ce n’était pas ma vocation première. J’ai d’abord étudié la musique au conservatoire, à un niveau professionnel pour devenir violoniste. Quand j’avais vingt ans, j’habitais Jérusalem et j’ai créé un site web qui rassemblait mes travaux artistiques. De fil en aiguille, des gens m’ont contacté pour me commander des créations. Le site web a connu un réel succès et jai commencé à gagner de l’argent avec mes travaux. J’ai suivi la vague, j’ai moins joué de violon et j’ai plus dessiné.

 

J. : Dans la calligraphie hébraïque, le design est « cristallisé ». Comment tes tu approprié ces lettres vouées à ne jamais changer ?

G.W. : Il n’y a pas vraiment « d’histoire de la calligraphie hébraïque », enfin si, l’art des Sofrei’Stam (Scribes hébraïques) est bel et bien existant. Cependant, cet art est basé sur un travail de copie. Quand je vivais à Jérusalem, je m’y suis essayé. Je m’ennuyais profondément ! Ce travail ne laissait aucune place à la liberté de création. C’était toutefois une étape nécessaire à la compréhension des lettres. Réfléchir et imaginer l’œuvre d’écriture de la Torah effectuée il y a environ deux mille ans permet de s’approprier ses codes graphiques, de les comprendre et les cerner. Le secret se dévoile et on peut « jouer » avec ces lettrages comme avec des briques de Lego ! Tu les assembles et désassembles pour faire de nouvelles choses. Les combinaisons deviennent alors infinies !

 

Gabriel Wolff atelier Jewpop

 

J. : Tes lettrages s’entremêlent dans une composition graphique. Tu cherches d’abord à faire passer un message ou une émotion visuelle ?

G.W. : L’un ne va pas sans l’autre. Il n’y a pas « le message versus le visuel ». Le plus important est d’embarquer les lettres dans une création « sauvage » mais toujours lisible, pour finir dans un ensemble artistique.

 

J. : Comment se déroule ton processus créatif ?

G.W. : La seule chose improvisée est l’idée soudaine d’un concept. Vient ensuite la phase de réflexion sur le développement du message, de l’idée. C’est toute une philosophie et une considération : comment exprimer ce que je veux dire ?
La conceptualisation peut prendre beaucoup de temps. Il s’agit de dessiner encore et encore les lettres, le mot, la phrase, pour lui donner corps. L’idée est toujours large et je finis par les infimes détails. Le processus est très intense.

 

Gabriel Wolff calligraphie Jewpop

 

J. : Un projet où tu t’es dit « ça passe ou ça casse » ?

G.W. : Oh, oui ! Je suis actuellement sur un travail qui n’est pas à vendre, par exemple. Un portrait d’Hitler totalement réalisé à partir d’un jeu clair-obscur de calligraphie hébraïque. C’est un projet qui me trottait dans l’esprit depuis un bout de temps. Ce tableau, c’est sûr, ne sera pas populaire dans ma collection, [Rires] ! Je n’offre pas aux gens forcément ce quils attendent. Je vais te dire, il faut être honnête avec soi-même : fais ce que tu veux ! Les gens ne t’aimeront peut-être pas, mais ils te respecteront.

 

Le passage au tatouage

 

J. : Tu es passé de la calligraphie au tatouage. Quest-ce qui ta mené d’un art à un autre ?

G.W. : Quand j’habitais à Jérusalem, il y avait une toute petite scène de tatoueurs. J’ai connu l’un d’entre eux et j’ai pénétré leur monde alors que moi-même, je n’arborai aucun tatouage à cette époque. Et il s’est passé quelque chose d’incroyable, il y a eu du mouvement : un réel souhait axé sur du tatouage inspiré du judaïsme. La démarche était nouvelle et une forte demande émergeait. Un mouvement s’est créé et le désir de « s’encrer son identité juive » a pris une réelle ampleur. Je m’y suis plongé et je suis devenu tatoueur.

 

J. : Dans le monde du tatouage, comment gères-tu ta mère juive ?

G.W. : [Éclat de rire] Sa priorité est toute autre : tant que j’ai des enfants juifs

 

Gabriel Wolff tatto Jewpop

 

J. : Le tatouage est immanquablement très lié à l’histoire de la Shoah. Certains descendants de survivants se tatouent le numéro de matricule de leurs grands-parents. Est-ce une façon de continuer à porter la cicatrice de la Shoah, selon toi ?

G.W. : Je n’aime vraiment pas ce concept. Les anciennes générations disparaissent, oui, nous avons le devoir du souvenir, mais aussi d’avancer. Exister en tant que juif, c’est construire notre identité de façon perpétuelle. La Shoah fait partie de notre histoire mais notre futur devrait être notre préoccupation.

 

J. : On considère parfois le tatouage comme un « art déviant ». Te sens-tu comme un artiste décalé ?

G.W. : Le tatouage est désormais un art à part entière et je ne suis pas un artiste punk underground berlinois ! [Rires] ! Il y a un tout petit peu de vrai quand même dans cela, car dans la culture juive, c’est une façon de repousser ses limites et de se challenger.

 

Gabriel Wolff tatoo Jewpop

 

Le métier

J. : Te sens-tu libre dans ton métier ?

G.W. : Tout ce qui a trait à la liberté est d’une grande complexité ! J’ai un ami philosophe avec qui nous débattons fréquemment sur ce sujet, justement. Il y a toujours des contraintes. La contrainte technique du papier, des bords de la feuille, de la couleur, de l’encre… Chaque personne possède son « cadre ». Même le choix de la liberté est limité par la culture et l’influence de celle-ci. En réalité, je pense que ce sont justement ces limites qui nous poussent à la pure créativité. En tant qu’artiste, j’essaie toujours d’en sortir.

 

J. : Te verrais-tu enseigner ?

G.W. : Je n’ai aucune patience ! Non ! [Rires] !

 

Gabriel Wolf calligraphie Jewpop

 

J. : Si tu n’étais pas calligraphe-tatoueur, quel métier exercerais-tu ?

G.W. : Un travail dans un bureau me tuerait ! Je serais sûrement épanoui dans le monde de la musique, ma vocation première.

 

Questionnaire Jewpop

 

J. : Si tu étais un plat, lequel serais-tu ?

G.W. : Un falafel !

 

J. : Tu t’appelle Gabriel Wolff, est ce que tu te considères plutôt comme un loup ou comme un ange ?

G.W. : Je suis plutôt un ange, mais un ange cool comme Gabriel de la bible, avec une épée et tout !

 

Gabriel Wolff Anna Lev jewpop

 

J. : Si tu étais une chanson, laquelle serais-tu ?

G.W. : Un tango ! Une histoire complète de trois minutes qui parle de désespoir et d’émotions. Bref, une musique intense !

 

J. : Si tu étais un personnage de fiction, qui serais-tu ?

G.W. : Je serais Satan dans « Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov. Il est odieux, j’adore !

 

J. : … Et Dieu créa la femme. Et toi, tu aurais créé quoi ?

G.W. : J’aurais fait la femme AVANT l’homme, ouaip !

 

Entretien réalisé par Diana Michelis

 

Le site de Gabriel Wolff

Le compte Instagram de Gabriel Wolff

Le site Hebrew Tattoos

Le compte Instagram Hebrew Tattoos

 

© photos : Anna Lev / DR

Article publié le 18 décembre 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

 

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