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Irving Fields (1915-2016), roi du yiddish mambo

 

Irving Fields est sans doute le seul musicien à avoir vendu plus de 2 millions d’albums de mélodies yiddish. Réarrangées à la sauce cubaine, ses versions de My Yiddishe Mama et autres standards juifs ont fait danser l’Amérique des fifties, au son de ce “yiddish mambo” dont il fût le précurseur. Il est mort dans son sommeil le 20 août 2016 à l’âge de 101 ans. Retour sur la carrière de cet extraordinaire pianiste, pionnier de la fusion latino-juive.

 

Irving Fields (Yitzhak Schwartz) est né le 4 août 1915 dans le quartier du Lower East Side à Manhattan. Benjamin d’une fratrie de 6 enfants (ses frères et soeurs vécurent tous nonagénaires), ses parents étaient originaires de Biélorussie, et son père, Max, un charpentier, chantait dans des chorales. L’enfant débute le piano à l’âge de 8 ans et chante dans la chorale du célèbre hazan (chantre) Yossele Rosenblatt. Adolescent, il monte son premier groupe pour jouer dans des soirées et se prend de passion pour les musiques latines, après avoir été engagé comme pianiste sur des bateaux de croisière à destination de La Havane et de San Juan.

 

 

 

C’est avec “Miami Beach Rhumba”, qu’il compose en 1946 sur des paroles de Albert Gamse – l’histoire d’un voyageur quittant La Havane pour la Jewish Riviera – qu’il devient une célébrité, la chanson étant reprise l’année suivante par le chef d’orchestre catalan et cubain d’adoption Xavier Cugat. Elle sera par la suite enregistrée par Tito Puente, deviendra un incontournable des bar mitzvas américaines des fifties et des sixties, pour finir par figurer 50 ans plus tard dans la bande originale du film de Woody Allen Harry dans tous ses états.

 

 

Irving-Fields-Bagels-Bongos-JewPop

 

 

Miami Beach Rhumba contenait déjà les germes de ce qui allait faire le succès d’Irving Fields, un mélange de virtuosité pianistique sur des rythmiques cubaines et d’influences mélodiques issues des shtetl, dans un style lounge dont était friand le public américain d’alors. Le label Decca ne s’y trompe pas lorsqu’il produit en 1959 l’album du trio d’Irving Fields “Bagels and Bongos”, où cha-cha-cha et mambos métamorphosent les standards yiddish. Le disque se vendra à plus de 2 millions d’exemplaires. Sentant le bon filon, le pianiste développera sa recette, passant allègrement du bagel à la pizza avec des mélodies italiennes  (“Pizzas and Bongos”), puis hawaïennes (“Bikinis and Bongos”) et françaises (“Champagne and Bongos”). En 2007, l’un des ses grands fans, John Zorn, le produira sur son prestigieux label Tzadik, expliquant dans les notes de pochette de l’album (“My Yiddishe Mama’s Favorites”, avec Greg Cohen à la contrebasse et Roberto Rodriguez aux percussions) combien Fields l’avait influencé dans la création de son concept de Radical Jewish Culture.

 

 

Irving Fields révélait il y a un mois au Daily News ses secrets de longévité :  faire l’amour au moins 4 fois par semaine, boire un martini par jour, et faire de la musique. Ajoutant avec son humour légendaire “Chaque matin, quand je me réveille, je lis mon journal. Et si mon nom ne figure pas dans la rubrique nécrologique, je me rendort.”
Lou Levy
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© photos : DR

Article publié le 23 août 2016. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop

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