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Jewpop meet Sacha Goldberger

 

Cet après-midi, je rencontre Sacha Goldberger.  Sacha Goldberger, qui, comme moi, vient de Bretagne (de l’Est), est ce génial photographe auquel Jewpop a déjà consacré plusieurs sujets. Ses photos sont un savoureux mélange de comics, d’humour et de culture juive d’Europe de l’Est. Autant vous dire, chez Jewpop, on est fans.

 

Outre son immense talent, Sacha est plutôt du genre sexy (une bombe atomique même, le nucléaire iranien à côté, c’est rien !). Et ça ne se présente qu’une fois dans une vie de rencontrer Sacha Golberger ! Le rendez-vous est pris en terrasse au pletzl, rue des Rosiers, au plus près du centre névralgique de ce que fut – avant de laisser place aux shmattes¹ – la yiddishkeit parisienne. J’ai acheté 2 parts de struddle. J’ai relevé mes cheveux, et choisi ma tenue avec minutie. Je peux même vous avouer que le choix vestimentaire m’a pris un temps comparable à celui de la rédaction des questions de ce papier. Mais bref, on est pas là pour parler de moi… Alors rentrons dans le vif du sujet.

 

 

Ella Klein : Bonjour Sacha, je suis enchantée. On se tutoie ?

Sacha Goldberger : J’ai toujours été partisan de l’alternance, nous verrons au gré de vos questions… Enchanté Ella, je suis ravi de vous rencontrer, je te remercie pour le struddel, je m’asseois où ? Vous avez un morceau de cabanos coinc… non, sur l’autre dent.
(Interview réalisée sans trucage)

EK : Jewpop suit ton travail depuis longtemps. On regarde tes photos décalées avec ta grand-mère, Mamika, et on a l’impression que tu fais partie de la famille. On avait envie d’en savoir plus, beaucoup plus…

SG : Je ne sais pas si ce sont mes photos qui sont décalées, ou ma famille. Il m’a fallu quelques années avant de comprendre que ce n’était pas le fox-terrier de ma grand-mère qui conduisait la voiture pour revenir de la campagne quand elle était fatiguée, comme elle me le racontait… Que mon chérrrrrrrrrrrri ne prenait qu’un seul “r”, qu’on n’étendait pas les enfants qui ne faisaient pas leur devoirs sur le sèche-linge, et que tous les Allemands n’étaient pas des nazis.

 

 

EK : Comment ta mère vit-elle le fait que tu ne sois devenu ni médecin ni avocat ?

SG : Ma mère est dans le déni total, j’ai beau lui dire que je suis photographe, depuis dix ans elle pense que je suis chirurgien à mi-temps, et que le reste de la journée je suis avocat d’affaires. Elle persiste à me déposer ses pv sur mon bureau pour que je les fasse sauter par mes amis fonctionnaires, et à me demander de couper le poulet quand il y en a pour dîner (à-peu-près 365 jours par an). Maman, si tu lis cette interview, regarde l’état dans lequel arrive systématiquement le poulet sur la table… Je ne suis ni médecin ni avocat.

EK : Tu as fait une série sur les super-héros, as-tu déjà pensé à faire une série sur les super-shmock² ? Qui voudrais-tu photographier ?

SG : Cela fait longtemps que je pense à faire des autoportraits, c’est un bon thème, on est tous le shmock de quelqu’un d’autre… Marine, Alain, Jean-Marie… Venez, on va faire des super photos !

EK : Précisément, dans cette série, peux-tu expliquer la présence de Hulk ? Penses-tu qu’il puisse y avoir des super-héros non-juifs ? Quel message voulais-tu faire passer ?

SG : Au risque de vous décevoir Ella, il ne s’agit pas de Hulk, mais du Géant Vert. Le mec bosse pour Marvel pendant ses temps libres. Si message il y a : voici la preuve qu’on peut bosser pour une marque de maïs et sauver des gens à ses heures perdues…

 

 

EK : J’ai remarqué que le cornichon était un thème récurrent de tes photos, quel lien fais-tu entre cornichon et judaïsme ?

SG : Le cornichon est un mythe. Je n’en ai pas vu depuis une éternité, ma grand-mère nous sert des packs de 20 limes à ongles à chaque dîner de chabbat. Pour ne pas la vexer, ma mère et moi les mangeons sans broncher… «  Reprrrrend un cornichon mon chérrrri », « Ça va Mamika, merci !», avant d’ajouter «  J’ai les intestins bien limés ». Ça n’est pas si facile de partager ce fardeau d’être ashkénaze descendant d’ashkénaze pure souche (bien que mon père était normand de Normandie)…

 

 

EK : Sacha, je ne voudrais pas causer d’émeute, mais j’ai cru comprendre que tu n’étais pas encore marié. Ta future femme devra-t-elle nécessairement plaire à ta grand-mère ? Est-elle exigeante ?

SG : Ma grand-mère était bien trop exigeante, j’ai dû la licencier… C’est ma femme de ménage qui a récupéré le poste. Je pense que si je lui envoie une jeune femme qui fait le ménage à sa place, parle couramment le portugais et la paie 18 euros de l’heure, elle a de fortes chances de remporter l’affaire.

EK : Alors, justement, parlons-en. En religion – ça peut intéresser nos lectrices célibataires -, tu es plutôt jambon-klezmer ou houmous-shomer ?

SG : On ne répond pas à une question par une question, mais la Pata Negra est-elle considérée comme du jambon ou pas ? Moi je la mettrais plutôt dans la catégorie houmous… Si c’est le cas, je suis plutôt houmous-klezmer. Tant que je ne suis pas obligé de manger un bocal de limes à ongles pour faire plaisir à ma grand-mère…

 

 

EK : Ta série « Meet my mum » parle du poids de la famille. C’est ton côté ashkénaze de te plaindre ?

SG : Elle parle de ce rapport de tendresse et de poids que l’on peut avoir avec sa famille. Ce qui est amusant, c’est que chacun y voit des choses différentes selon son propre rapport aux parents. Le vernissage va se dérouler à la School Gallery le 29 Octobre. Vous y êtes tous invités, évidemment.

EK : À vie, je dis bien à vie, tu préfères devenir photographe de bar-mitvza avec un super matos ou pouvoir photographier ce que tu veux avec un Nokia première génération ?

SG : Réponse C ! Photographe de bar-mitzva avec un Nokia première génération.

 

 

EK : Tu as fait une série sur les juifs new-yorkais, envisages-tu une série sur les juifs de Sarcelles ?

SG : C’était une expérience exceptionnelle, j’ai rencontré des gens tellement incroyables ! C’est une série sur les Loubavitch de Brooklyn du 770 (ndlr : la synagogue du Rabbi de Loubavitch). Nous avions avec Ben Bensimon, mon ami et co-auteur, envie de faire une série sur le judaïsme pour montrer une autre image que celle que nous en avons en France. Nous avons essayé de montrer cet humour, cet esprit, cette joie, et aussi le côté spirituel de cette religion qui nous habite.

EK : Tu as un lien très fort avec Mamika, on se demande comment tu survis avec deux mères juives ?

SG : Vous connaissez l’histoire de la mère juive qui offre une cravate rouge et une cravate bleue à son fils ? Le vendredi suivant, il se fait beau, met un costume, une belle chemise et la cravate bleue pour aller faire chabbat chez sa mère. Il sonne à la porte, sa mère ouvre, et avant même de dire bonjour, lui dit «  Comment ça, tu n’aimes pas la cravate rouge ? ». Eh bien dans mon cas, ma grand-mère est derrière ma mère et rajoute «  Comment ça, tu n’aimes plus la cravate verte ? ». Le comble de cette histoire, c’est que ma grand-mère, qui confond tout, m’a offert un poireau, que j’ai du porter au col de ma chemise pendant des semaines pour lui faire plaisir.

EK : Ta grand-mère, Mamika, a sauvé 11 juifs pendant la guerre. Si tu pouvais sauver 3 personnes (on est moins courageux de nos jours), qui seraient elles ?

SG : En 1,  Ma femme de ménage, sinon qui va m’aider à trouver ma future femme. En 2, ma future femme, sinon que va faire ma femme de ménage ? En 3, le prof de portugais pour que ma future femme comprenne ma femme de ménage.

EK : Si tu avais été sépharade, peut-on dire que ta muse aurait été Mémé Hélène ?

SG : Je pense que même si j’avais été sépharade, ma muse aurait été Frederika Goldberger, ma grand-mère. Elle est universelle ! Quelle force !

EK : Josée Bénazeraf tient la rubrique “Charme” pour Jewpop. Accepterais-tu de shooter quelques Nice Jewish Girls pour le site ?

SG : Si vous n’avez pas peur de les retrouver en tenue de Pata Negra en train de danser sur de la musique klezmer, pourquoi pas…

EK : Merci Sacha. À bientôt j’espère.

SG : Merci Ella. À bientôt.

 

Maintenant vous savez tout, ou presque… (je garde confidentiel son numéro de portable) et pour les autographes, rdv le 29 octobre à la School Gallery. D’ici là, je tiens à la disposition des demoiselles la liste des meilleurs oulpanim de portugais de Paris (le cabanos a compromis mon sort, je cède ma place, que la meilleure gagne !).

 

Ella Klein

 

Retrouvez toutes les chroniques d’Ella Klein sur Jewpop

Le site de Sacha Goldberger

La page facebook de Mamika

Le site de Ben Bensimon

 

¹ «chiffon, loque. Tu appelles ça une robe ? C’est un shmattes

² «une andouille, un nigaud, et n’hésitons pas à l’écrire, un con.»

Traduction yiddish : « Les Joies du Yiddish » de Léo Rosten (Calmann-Lévy)

 

© photos :  Sacha Goldberger

La photo de Mamika figurant en une de l’article a été spécialement réalisée par Sacha Goldberger pour cette parution, avec tous les remerciements de Jewpop !

©  création « étiquette cornichons » : Ben Bensimon

Article publié le  1er octobre 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop

 

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