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La bar mitzvah de Bentsi

 

Un jour, Joli-Coeur est tombé sur les photos de la bar mitzvah de Bentsi, le chien d’une vague amie virtuelle qui publiait régulièrement ses chroniques personnelles sur Internet.

 

 

Nous n’avions pas été invités mais manifestement, il avait eu droit à une fête qui s’inscrivait dans la plus pure tradition des communions juives. Bentsion a même mis les Tefilin… Sa maîtresse, jeune designer branchée de Tel-Aviv, qui quelque part était restée attachée à la culture juive et son folklore, lui avait confectionné ces phylactères en similicuir, adaptables en harnais « pour des ballades élégantes et spirituelles », précisait-elle dans un commentaire. Des bonbons multicolores furent ensuite lancés sur le bar mitzvah à grand renfort de youyous. Après quoi, les invités lui ont chaleureusement serré la patte et ébouriffé la fourrure, qui pour l’occasion, avait été toilettée et parfumée. Tandis qu’une rétrospective de l’enfance de Bentsi était diffusée sur le grand écran plasma, celui-ci eut droit à mille caresses et grattages entre les oreilles, câlins auxquels il se soumit avec volupté.

 

 

Bentsi était surpris par cet excès d’attention mais sa satisfaction était manifeste. Et alors qu’il dégustait un brownie fondant, il fut soulevé dans les airs sur son couffin par ses maîtres, ce qu’il semblait cette fois moyennement apprécier ; et lorsqu’il fut enfin à terre, on l’entraîna dans une hora endiablée, danse à laquelle il se prêta sans grand enthousiasme, entre deux bisslis et quelques bambas. Ses amis se livrèrent ensuite à des jeux et des parades pour le moins saugrenues, allant jusqu’à se rouler sur le sol avec lui et courir à quatre pattes sous la table. Bentsion n’était plus un enfant, et ces tentatives pour le distraire des gaufrettes échouèrent. Enfin, après avoir longuement reniflé et dégusté, pour certains, tous ses cadeaux, le communiant souffla ses bougies, plantées dans une pièce montée de charcuterie de tofu fin et de merguez de seitan – sous la stricte surveillance du beth din Vegan Friendly d’Omri Paz shlitah, qui était là ce soir, tout comme le rabbin des bêtes, Assa Keissar, un érudit qui avait prononcé le sermon lors de la cérémonie religieuse. Enfin, avant de partir, les invités notèrent un message personnel sur la grande affiche souvenir de cette soirée qui faisait de Bentsion un chien majeur et vacciné (le vétérinaire était d’ailleurs lui aussi de la fête, ce qui au début lui avait fait craindre le pire).

 

 

Voilà donc pourquoi, alors qu’il avait déjà 17 ans, il a fallu organiser la bar mitzvah de Joli-Coeur. Il n’en démordait pas. Il méritait bien, un jour dans sa vie, de recevoir toute notre attention, de sentir qu’il était un membre à part entière de la famille, voire de la communauté ; enfin il méritait lui aussi des pâtés mignons, une pièce montée et un nouveau collier. Et aussi, il était temps d’assumer pleinement son judaïsme. Il n’y avait vraiment aucune raison de refuser sa bar mitzvah à un être qui avait grandi dans une famille juive, avait été nourri à la daf et au couscous tous les shabbat, aux croquettes sans hametz à Pessah, et de beignets à la confiture pour Hanoukka. D’ailleurs, selon une tradition, il était bon de célébrer une seconde bar mitzvah si l’on parvenait à l’âge de 83 ans – un nouvelle maturité, à en croire nos Sages, et qui devait bien correspondre aux 17 ans canins de Joli-Coeur. Son identité juive étant indéniable, il eut gain de cause : Joli-Coeur lui aussi fêterait donc sa bar mitzvah ; mais ça, c’est une autre parasha.

 

 

Sara Doberman

© photos : DR

Article publié le 4 juin 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop

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