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La philosophie juive comme guide de vie. Episode 1, Spinoza

 


« – J’ai une réponse, j’ai une réponse ! – Qui a la question ? ».

Maïmonide, Spinoza, Mendelssohn, Buber, Rosenzweig, Wittgenstein, Levinas, Ouaknin… Quiconque a déjà eu la chance de passer une soirée au Clara, dans la chaleur humide d’un été tel-avivien, avec un mojito entre les mains, sait combien les juifs sont des philosophes nés. Après tout, c’est bien connu, l’intelligence de la discrétion et le sens de l’étude sont copyrightés dans nos gènes. Alors oui d’accord, parfois, un débat sur le prix du mètre carré dans la tour Starck ou sur la rivalité Banana Beach versus Frishman remplace une conversation à propos de l’éthique helléniste ou l’ontologie de l’Autre. Mais qu’importe la métaphysique, pourvu que sous la kippa, le cerveau soit aussi rempli qu’une boîte de nuit. Et si la philosophie juive est une manière de comprendre l’existence, au fait ça donne quoi dans la vraie vie ?

 

 

Episode 1 – Spinoza : God in da place (1632-1675)

 

Il faut admettre que commencer une chronique sur la philosophie juive par un type qui s’est fait exclure de sa communauté pour hérésie, c’est moyen. En même temps, c’est peut-être la preuve que dès 1656, la haine de soi, la contradiction et le paradoxe, étaient déjà sérieusement à la mode dans nos contrées.

 

En 1677, alors que Baruch est déjà mort, sort L’Ethique, qui deviendra son best-seller. Avec autant de modestie que Kanye West en crise kardashinienne, il a pour projet de mettre en place une philosophie pratique permettant à l’homme, en toute tranquillité, d’accéder à la liberté et à la béatitude. Eh ouais, rien que ça. En précurseur du développement personnel version luxe, Spinoza s’interroge : comment combattre les passions qui nous possèdent et nous opposent aux autres ? Quels sont les joies et les désirs qui affirment pleinement notre puissance ? De quelle façon l’homme peut sortir de sa passivité et accéder à une réelle activité ? Mais Spino n’est pas un gourou ordinaire, et bien qu’il soit séfarade, il est aussi tourmenté qu’un ashké en crise de culpabilité devant un élevage de poulets qu’il trouve un peu trop concentrationnaire. Il ne va donc pas nous la jouer simple, car pour répondre à ses questions, et saisir l’homme, c’est-à-dire, sa nécessaire servitude et la possibilité de son salut, il se dit que c’est par D.ieu qu’il faut commencer puisqu’il est la cause de toute chose.

 

 

Au fur et à l’usure des chapitres qui défilent un peu moins vite qu’un épisode d’Une Nounou d’enfer et surtout, sans rires enregistrés, on comprend que le Dieu de Spinoza est un être absolument infini, et que la Nature qui nous entoure ne doit pas être pensée comme une création mais comme Dieu lui-même : Deus sive natura comme on dit pour être chic dans un dîner. En gros, les forêts, les paysages, l’Iphone 5C, les kippot Nike, les Louboutins, tout ça, Made in France ou pas, c’est produit par Dieu. Pas la peine de s’en prendre à la contrefaçon chinoise, que ce soit Pekin ou le Sentier, c’est kif-kif puisque le grossiste est le même. Et comme l’homme est lui aussi une partie de la Nature a.k.a Dieu qui a tout prédéterminé, il n’a pas franchement de libre-arbitre, ce qui explique sa grande passivité autant que ses aprem à glander sur le canapé. Mais pas de panique, malgré cette tendance à la loose, Spino se veut rassurant et explique que l’homme est aussi caractérisé par le conatus, une sorte de pulsion d’auto-conservation, qu’on appelle aussi «Désir». Le désir, l’appétit, la volonté, l’impulsion, sont universels, ils constituent notre essence même, nous animent, et encore mieux, nous permettent de persévérer dans notre être. Moralité, la prochaine fois que vous allez chez Sephora dépenser 312 euros en crème Chanel ou La Prairie, dites-vous que c’est votre conatus spinoziste qui s’exprime à travers votre American Express. Et qui peut encore dire que la pensée juive est la pensée de la culpabilité ? Merci qui ? Merci Spinoza !

 

Marie R.

 

A lire :

L’Ethique, Spinoza, Folio.

Le problème Spinoza, Yalom, Galaade Editions.

 

 

© photos : DR

Article publié le 4 décembre 2013. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2013 Jewpop

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