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La philosophie juive comme guide de vie. Episode 2, Maïmonide

 


«J’ai une réponse, j’ai une réponse ! – Qui a la question ?».

Maïmonide, Spinoza, Mendelssohn, Buber, Rosenzweig, Wittgenstein, Levinas, Ouaknin… Quiconque a déjà eu la chance de passer une soirée au Clara, dans la chaleur humide d’un été tel-avivien, avec un mojito entre les mains, sait combien les juifs sont des philosophes nés. Après tout, c’est bien connu, l’intelligence de la discrétion et le sens de l’étude sont copyrightés dans nos gènes. Alors oui d’accord, parfois, un débat sur le prix du mètre carré dans la tour Starck ou sur la rivalité Banana Beach versus Frishman remplace une conversation à propos de l’éthique helléniste ou l’ontologie de l’Autre. Mais qu’importe la métaphysique, pourvu que sous la kippa, le cerveau soit aussi rempli qu’une boîte de nuit. Et si la philosophie juive est une manière de comprendre l’existence, au fait ça donne quoi dans la vraie vie ?

 

 

Episode 2 – Maïmonide : Aristote version casher (1138-1204)

 

Naître en 1138 à Cordoue dans l’Espagne musulmane du Moyen-Âge, c’était déjà un décor de choix pour construire une narration tissée de rebondissements, de départs, de tensions, et autres cliffhanger inspirés. Mais c’était sans compter l’intervention de maman Maïmonide,  qui décida d’appeler son dernier né Moïse, montrant une fois de plus que les mères juives sont aussi subtiles qu’un scénariste en quête d’audience.

 

Tous les ingrédients d’une série historico-sensationnelle étaient donc réunis dès les premiers jours de l’enfant chéri. Avec un nom pareil, il n’avait pas intérêt à se louper et il fallait fissa qu’il assume la référence : après tout, à chacun sa croix. Mais en ces temps anciens,  faire plaisir à sa mère, c’était un peu plus compliqué qu’arrêter de jouer à GTA V pendant le dîner, c’est alors que, dès l’âge de treize ans, notre petit Moïse,  se mit à lire le grand Aristote et commença à s’instruire en sciences juives et profanes. Devenu rabbin lors son exil égyptien, intellectuel imprégné de culture judéo-arabe, et médecin du vizir musulman Saladin, c’est à travers ses exégèses version luxe, qu’il commença à construire sa réputation, tout en continuant à prodiguer des conseils diététiques, faisant de lui une version hybride, et forcément idéale, entre un Finkielkraut sans dérapages et un Dukan sans l’appât du gain. Mais comme tout coach bienveillant et impliqué,  sa vraie target était de faire en sorte que ses disciples soient un peu plus focus sur leur destin et évitent de sombrer dans une errance à la Miley Cirus façon âge moyen.

 

 

 

Pour sortir du nervous breakdown un de ses adeptes favoris, partagé entre son goût pour la philo et sa volonté de respecter la religion juive, Maïmo se mit en 1190 à rédiger son œuvre majeure, Le Guide des égarés, avec comme ambition lumineuse de « montrer le chemin à ceux qui ne l’ont pas trouvé ». Manuel de survie en milieu féodal, GPS divin, l’idée était de montrer qu’on peut étudier Aristote sans pour autant trahir la tradition juive, et lire la Bible d’une façon open-minded en s’éloignant un peu du sens littéral pour préférer celui de l’allégorie. Le coeur du projet était de proposer une philo cool et pratique, le tout validé par la casherout. Car qu’il s’agisse de valeurs juives ou philosophiques, ce qui compte, dans tous les cas, c’est l’auto-discipline et l’amour de la réflexion. Avoir le corps relaxé et sain, l’esprit ouvert et détendu, est la meilleure façon de prier. Pour le prouver, Moïse 2.0 organisa des dossiers thématiques aussi passionnants et existentiels que les encadrés du ELLE Info Hebdo le vendredi matin : Dieu a-t-il un corps ? Les miracles sont-ils possibles ? L’univers a-t-il vraiment été créé ? Sa méthode dénuée de préjugés, lui valut le respect de tout son crew pour les siècles à venir, de Spinoza à Mendelssohn, sans compter celui des représentants des autres religions, à commencer par le célèbre Thomas d’Aquin qui l’appelait affectueusement « L’Aigle de la synagogue » montrant qu’à cette époque au moins, les aigles et les juifs faisaient encore bon ménage.

 

Mais pour nous, un mec qui pensait en grec, écrivait de la philo en arabe et s’adressait à Dieu en hébreu,  le tout sans se paumer, c’est surtout le meilleur renfort argumentatif qu’on ait trouvé afin de convaincre notre mère, que zapper shabbat pour mater un film des Frères Coen après s’être plongée dans un bain moussant aux plantes, ce n’est pas de la flemme, mais juste une façon maïmonienne de prier. Moïse, mon héros, a finalement, été sacrément bien nommé !

 

Marie R.

Lire l’épisode 1 de La philosophie juive comme guide de vie, Spinoza

© photos : DR

Article publié le 20 décembre 2013. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2013 Jewpop

 

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