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L’arche de Noé doit-elle être casher ?

Arche Noé Two of every kind Jewpop

 

L’arche de Noé ou toute forme de club (l’Europe, Israël, la schul du coin,…) doit-elle être ouverte à tous ou réservée à certains dans une logique de casher out, de pureté, d’entre-soi et de protection. Une préoccupation bien actuelle traitée avec talent dans un court métrage d’animation projeté à l’ouverture du Festival du cinéma israélien de Paris.

 

Couple oiseaux Arche Noé Jewpop

 

C’est l’une des particularités du judaïsme que d’interroger et de réinterpréter ses textes fondateurs à la lumière du monde et des questions d’aujourd’hui. C’est à cet exercice salvateur et constitutif que nous invite avec talent le court métrage d’Efrat Chen Weiss, Naor Zana et Netta Bar « Two of every kind », dont le titre en français se traduirait en « Deux de chaque espèce ». Ceux qui n’auront pas saisi la référence au déluge et à l’arche de Noé sont invités à chercher dans la Torah pour réviser la paracha liée à cet épisode. Pour les autres, nous les incitons à trouver un moyen de voir ce film pour l’instant confidentiel, à moins qu’il ne devienne accessible sur le web.

 

Comme chacun le sait et l’expérimente depuis plusieurs mois à Paris, il peut pleuvoir beaucoup au point d’avoir le sentiment que les eaux vont nous submerger. Dans des temps autres, par la volonté divine et en raison de fautes humaines, ce fut également le cas mais heureusement, Noé fut là avec son arche. Ceux qui ont assisté à l’ouverture du Festival du cinéma israélien de Paris auront eu la chance d’y voir projeté un dessin animé de neuf minutes pour revisiter cet épisode en format Redux et décalé, afin de les aider à patienter jusqu’au retour du soleil. Ce film témoigne qu’on peut dire beaucoup en peu de temps, et que l’animation a sa place dans le cinéma israélien, comme l’a déjà prouvé « Valse avec Bashir ».

 

Tortue Two of every kind Jewpop

 

“Entre l’humour juif et l’humour homosexuel « flamboyant », il y a matière à faire rire en adressant des questions importantes”

 

Lorsque le dessin animé débute avec une publicité pour se rendre à Ararat en voyage touristique et que l’on aperçoit deux cochons sirotant leur Coca, ainsi que deux moutons/brebis au look hassidique, en train de faire la queue pour monter à bord, on sait que l’impertinence sera au rendez vous. Il se confirme rapidement que l’on ne sera pas déçu. Deux pigeons ou tourterelles (désolé de mes connaissances ornithologiques limitées) homosexuelles qui ne sont pas des colombes, ont décidé d’être du voyage mais voilà, forment-ils un couple au sens biblique ? C’est en tout cas la question que leur adresse la tortue préposée à examiner la situation de chacun de ceux qui souhaitent embarquer. Nous n’allons pas dévoiler le pilpoul qui s’ensuit et qui montre qu’entre l’humour juif et l’humour homosexuel « flamboyant », il y a matière à faire rire tout en adressant des questions importantes : « Pourquoi est il parfois si difficile de rentrer dans certains endroits ? » tandis que d’autres affirment à raison qu’ils ne voudraient surtout pas faire partie d’un club prêt à les accepter.

 

Two of every kind Jewpop

 

On pourrait imaginer que cette vaste question soit évoquée par référence aux réfugiés qui tentent de traverser la méditerranée ou à ceux qui frappent aux portes d’Israël dans le Sinaï et c’est peut-être le cas. Néanmoins, dans notre situation, c’est plutôt la difficile relation des homosexuels à la religion ou à la société qui est mise en scène. Rassurons-nous, le déluge commençant, nos héros parviendront à monter dans l’Arche. Au bout d’une traversée qui passe trop vite pour nous spectateurs, ils contempleront le mont Ararat sous un arc en ciel radieux (pléonasme or not pléonasme, that is the question ?) en nous régalant de réflexions assaisonnées et tordantes.

 

Nous ne pouvons que souhaiter longue vie et réussite à ces deux volatiles et aux auteurs qui les ont imaginés. Nous brûlons en effet d’impatience à l’idée de voir se développer plus amplement sous un tel regard acéré, ce qu’aura été la vie à bord au cours de ce long voyage sur les flots. Nous espérons donc qu’à l’instar des courts métrages de Pixar qui servent souvent de terrain d’essai, ce court film d’animation se transformera un jour en un long métrage. Et que vogue le navire…

 

Caïn Kahane

 

Visuels © : « Two of every kind » / DR

Article publié le 19 mars 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

 

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1 Commentaire sur "L’arche de Noé doit-elle être casher ?"

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Lisa
Invité

Votre article donne très envie de voir ce dessin animé ! Malheureusement pas pu aller à la projection, hâte de le regarder, merci !

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