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« Le Journal d’Helga », une enfant raconte et dessine la Shoah

 

 

Parmi les 15 000 enfants juifs tchèques déportés à Terezín, moins d’une centaine ont survécu. Helga Weiss, née à Prague, avait 12 ans lorsqu’elle écrivit et dessina son journal dans la forteresse transformée par les nazis en camp de concentration. Elle sera déportée de Terezín à Auschwitz en octobre 1944, puis dans les camps de Freiberg et Mauthausen, avant de retrouver sa ville natale en mai 1945.  Avec le Journal d’Anne Frank, celui de Helga Weiss, âgée aujourd’hui de 84 ans, et publié en français par les éditions Belfond, constitue l’un des rares témoignages d’une enfant dans l’horreur de la Shoah.

 

 

«Six millions de juifs ont péri pendant la seconde guerre mondiale. Ce chiffre cache autant d’histoires, autant de destinées humaines… Mon journal est le reflet de l’une d’entre elle», explique Helga Weissová dans l’avant-propos de son journal. Témoignage d’une enfant tchécoslovaque entre 1938 et 1945, écrit dans des cahiers d’écolière, puis sur des feuilles volantes, illustré d’une centaine de croquis, il raconte jour après jour l’occupation à Prague, les premières lois anti-juives, le camp de Terezín, puis Auschwitz, Freiberg et Mauthausen, où elle fut déportée. Ces cahiers furent miraculeusement sauvé par son oncle Josef, qui tenait à Terezín le registre des effectifs et à qui elle le confiera avant d’être déportée à Auschwitz. Après la guerre, il retourne à Terezín et le retrouve dans le mur du baraquement où il l’a caché. Helga relira ses notes, qu’elle complètera en racontant ce qu’elle a vu dans les camps d’extermination. Il sera ensuite, selon les mots de son auteur, «enterré, presque oublié », avant qu’elle ne le retrouve au fond d’un tiroir et décide de le publier.

 

 

Helga Weiss fut déportée avec ses parents vers le camp de Terezín le 4 décembre 1941. Elle se souvient qu’un officier allemand leur avait « promis qu’ils iraient dans un endroit sûr, où ils ne seraient pas persécutés ». 45 000 juifs praguois furent déportés en train vers la ville-forteresse, située à 3h de route de la capitale tchèque. À leur arrivée, les hommes furent immédiatement séparés des femmes, les enfants de leurs parents. Helga, qui avait alors 12 ans, fut dirigée vers une pièce avec une trentaine d’enfants de son âge. Elle réussit à voir ses parents environ une heure par jour, et raconte avoir fait un « pacte » avec son père : que chacun pense à l’autre chaque soir à 19h. Peu après son arrivée dans le camp, elle lui donna un dessin d’un bonhomme de neige. Son père lui dit alors « dessine ce que tu vois ». C’est ce qu’elle fit jusqu’au moment de sa déportation vers Auschwitz en octobre 1944.

 

 

Les seules images que l’on connaisse de Terezín sont visibles dans un film de propagande nazie, réalisé à l’occasion d’une visite de la Croix-Rouge danoise lors de l’été 44, et figurant l’endroit comme une “ville modèle” pour les Juifs. Helga explique que “les Allemands voulaient montrer qu’il s’agissait d’un endroit normal. Un bâtiment avait été rénové pour tenir lieu d’école, avec un panneau vacances pour expliquer l’absence d’élèves et d’enseignants. D’autres panneaux indiquaient des parcs et bains publics… nous n’avions pas la permission de sortir pour rencontrer les membres de la Croix-Rouge, les nazis choisirent un groupe d’enfants, leurs donnèrent des paniers avec des légumes, ils devaient se promener et chanter devant les envoyés danois. C’était une supercherie montée de toutes pièces.”

 

 

Dans ses dessins, c’est la réalité que dépeint Helga. Et parce que les nazis interdisaient toutes photographies du camp, ces croquis sont devenus un témoignage unique. Le journaliste anglais Nicolas Shakespeare, interviewant Helga Weiss pour The Telegraph, fait part de son trouble lors de son entretien avec l’auteur, imaginant ce qu’aurait été une telle conversation avec Anne Frank (née la même année qu’Helga) si elle avait survécu. Helga Weiss reviendra à Prague avec sa mère, retrouvant l’appartement où elle est née, d’où elle a été raflée, et où elle vit toujours. Son père est mort à Auschwitz, sans doute gazé lors de son arrivée.

 

 

Lors de son entretien pour The Telegraph, elle raconte sa vie d’après-guerre, son mariage avec un musicien de l’Orchestre symphonique de la radio tchèque, Jirí Hosek, de religion catholique, sa décision de devenir peintre, sa vie sous le régime communiste, « effroyable » pour les juifs tchèques. Sur son piano, quelques photos : son père, et une jeune femme violoncelliste, sa petite-fille, qui vient de l’appeler pour lui annoncer que son arrière-petite-fille, âgée de 6 mois, a fait sa première dent, raconte le journaliste. Helga lui confie alors qu’elle est “heureuse”, qu’avoir eu la chance de donner naissance à des enfants “tient du miracle”, qu’elle est arrière-grand-mère.

 

Helga explique aussi pourquoi elle a complété l’écriture de son journal, après sa libération, en écrivant au présent, et pourquoi elle en parle toujours au présent. Sa mémoire, son témoignage précieux, ce qu’elle a vu avec ses yeux d’enfants et a souhaité transmettre aux générations futures, ne la quitte jamais. Comme son père, avec lequel elle est “toujours en contact. Souvent, je lui demande ce qu’il dirait, ce qu’il ferait en telle circonstance, et je me souviens de ses mots, de tout ce qu’il m’a appris.”

 

Alain Granat

 

 

 

Le journal d’Helga, Helga Weissová, traduit par Erika Abrams (Belfond – 256 pages – 22 euros).

 

 

Découvrir et feuilleter quelques pages du Journal d’Helga

Helga WEISSOVA - Le Journal d'Helga aux éditions Belfond

 

Voir une interview vidéo d’Helga Weissová

 

 

© photos : Helga Weissová

Article publié le 28 avril 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop

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