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L’Ego mon jeu préféré, ou La vérité si je veux

 

L’Ego, mon jeu préféré, co-écrit par Audrey Nataf et Johanne Toledano, expose une galerie de personnages délirants, entre famille séfarade survoltée et «experts» en thérapies diverses, dans un « seule-en-scène » qui fait exploser – de rire, mais pas que – le talent d’actrice de Johanne Toledano.


 

Brosser sur scène le portrait d’une tribu séfarade est un exercice de style risqué, qui peut vite tourner à la lourde caricature. L’écriture subtile et pleine d’empathie d’Audrey Nataf et Johanne Toledano contourne l’obstacle avec intelligence et sensibilité, d’autant plus le sujet de L’Ego… est ailleurs. Comme «la vérité», pour paraphraser le slogan de la série culte des années 90 X-Files.

Sur la scène du Théâtre de Dix Heures, on découvre Olivia, jolie trentenaire dont la vie va basculer lors d’une soirée de mariage à la suite d’une chute sur la piste de danse. S’ensuit une inévitable remise en question, recherche de sa vérité et d’un « mieux-être », au travers d’une série de personnages dignes d’une comedia dell’arte judéo-arabe, flanquée de thérapeutes semblant tout droit sortis de l’esprit d’un Woody Allen ou d’un Philippe Clair sous psychotropes. Jewpop a voulu en savoir plus sur la genèse de cet hilarant, burlesque et profond « seul en scène ». Rencontre avec Audrey Nataf et Johanne Toledano, un pétillant duo qui cache bien son jeu.

 

 

Jewpop : Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Audrey Nataf : Il y a dix ans, j’étais en stage à New York dans une agence de pub, je cherchais une colocataire. Johanne était juriste pour une ONG, on s’est rencontrées comme ça, finalement sans cohabiter, mais en se retrouvant dans le même block.

Johanne Toledano : On a eu ensuite des vies professionnelles accomplies, je suis devenue directrice juridique d’une célèbre marque d’optique américaine, Audrey travaillait dans une agence de pub parisienne… Nous sommes restées très proches et surtout, avions toutes deux le même désir, vivre nos vraies passions, via l’écriture, le théâtre, la danse… plutôt que se « regarder vivre » au travers de ce que nos familles considéraient comme de « vrais métiers ».

A.N. : J’ai pris des cours de théâtre en 2006, fait de l’assistanat de mise en scène auprès de Bruno Abraham-Kremer, et tout naturellement, j’ai fait appel à Johanne, qui alliait ses talents d’actrice à ceux d’auteur et réalisatrice de courts-métrages, et débutait au cinéma.

 

 

Jewpop : Êtes-vous très attachées à votre histoire judéo-arabe ? Quels liens entretenez-vous avec vos familles ?

J.T. : J’ai vécu au Maroc jusqu’à l’âge de 18 ans. Je fais partie de la première génération de ma lignée à avoir émigré à Paris, et j’ai eu la chance de pouvoir y venir régulièrement auparavant, notamment pour faire des stages de danse, l’une de mes passions.

A.N. : Ce qui est drôle dans nos rapports, c’est qu’issue du même univers que Johanne, mais d’une famille algéro-tunisienne arrivée plus tôt en France, je vivais un vrai choc générationnel et culturel avec elle, on avait des références totalement différentes !

J.T. : C’est un phénomène qui a été très bien décrit par Gad Elmaleh. Comme lui, mon enfance est associée à Goldorak doublé en arabe, je ne manquais pas un épisode d’ Amour, gloire et beauté… en total décalage avec ce qu’avait vécue Audrey. Mais ce qui, bien sûr, nous a aussi rapproché, c’est un univers familial commun, cet héritage partagé par toutes les familles séfarades.

A.N. : Nous avons toutes deux eu la chance d’avoir des « parents parfaits », qui ne se sont jamais opposés à nos envies, à la condition d’avoir un « vrai métier ». Dès lors, et c’est l’une des questions centrales de notre spectacle, qui se pose à beaucoup d’entre-nous, comment couper les liens avec ces familles d’une rare gentillesse, sans les trahir ? Comment lutter contre l’amour de ses parents pour vivre sa passion ?

J.T. : C’est une question universelle, on aurait pu situer la pièce au sein d’une famille asiatique, africaine, mais voilà… On connaît si bien toutes les deux le monde judéo-arabe, alors on s’est régalées avec ces personnages si familiers.

A.N. : Et puis Johanne me faisait tellement marrer lors de soirées, elle a une telle nature comique, que la voir incarner les personnages de L’Ego était une évidence.

 

 

Jewpop : Vous semblez extrêmement au fait du monde des thérapies, en particulier de celles qui font appel à des «techniques» qui frisent le ridicule pour un esprit cartésien, et que vous mettez en scène dans L’Ego avec un sens parfait de la dérision. On pense notamment à cette « dégageuse d’armes » qui « soigne » Olivia en lui retirant des lances, flèches et autres instruments contondants qui l’auraient meurtrie lors de vies antérieures…Vous êtes de grosses consommatrices de ce genre de thérapies ?

A.N. & J.T. : (de concert) On a un carnet d’adresses rempli de « dégageuses d’armes », de spécialistes du channeling et autres utilisateurs de cristaux, on est des spécialistes ! Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez-pas, on teste (presque) tout !

J.T. : Moi j’ai été empalée 3 fois, j’ai aussi reçu 5 balles dans la tête !

A.N. : Moi, j’ai eu droit à 18 flèches dans le ventre ! Et j’ai été pendue au moins 6 fois…

 

Jewpop : C’est impressionnant, parce qu’en vous regardant, ça a l’air d’aller plutôt bien ! Ça vous a vraiment été bénéfique, ces séances qui font hurler de rire quand on les voit retranscrites sur scène ?

A.N. & J.T. : Franchement oui, on se sentait beaucoup mieux après, vraiment libérées d’un poids. L’important, et c’est aussi le message du spectacle, c’est de prendre le temps de travailler sur soi, quel que soit le mode thérapeutique… analyse, méditation, expansion de conscience, retraite en ashram… Raphaël Almosni, qui a co-signé à la mise en scène en faisant notamment la direction d’acteur sur L’Ego, travaille beaucoup sur les techniques du clown. On a énormément appris grâce à lui et à ses stages. Être clown, c’est aussi travailler sur l’angoisse de ne pas faire rire. Une angoisse qui nous a évidemment prise lors de la phase d’écriture. On n’a absolument pas cherché à écrire sur le mode stand-up, à chercher systématiquement LA vanne. Au bout d’un moment, on se disait même « tant pis si les gens ne rient pas ! ».

Audrey et Johanne peuvent être rassurées, les rires fusent comme des flèches pendant L’Ego, mon jeu préféré, et l’on quitte leur petit monde avec aussi une irrépressible envie de réfléchir au sens de sa vie. Quant à leur avenir, nous sommes certains que le duo Nataf et Toledano ira loin. Même si on connaît 2 réalisateurs qui risquent de faire un peu la gueule si elles viennent empiéter sur leurs plates-bandes cinématographiques. Nakache et Toledano vs. Nataf et Toledano, ça risque de faire un sacré bordel !

 

Alain Granat

 

L’Ego, mon jeu préféré, au Théâtre Les feux de la rampe (34 rue Richer 75009 Paris)

Infos et réservations au 01 42 46 26 19

Les mardis à 20h

 

© photos : DR

Article publié le 12 novembre 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2017 Jewpop

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