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Les raisons pour lesquelles la séfarade qui a épousé un ashkénaze force le respect

 

 

Il y a un peu plus de 12 semaines, je faisais mes premiers pas sur ce site en vous parlant des raisons pour lesquelles la séfarade veut absolument épouser un ashkénaze. A ce petit jeu, seule une de mes copines a réussi : Elisabeth Benguigui. Et comme les grands athlètes, même une décennie après leurs records, Babeth, elle force le respect.

 

Elle a réussi a surmonter le traumatisme de leur rencontre : C’était une journée normale. Un dimanche de juillet en 1999. A 8h30, en sortant de sa chambre, elle avait croisé sa mère qui faisait frire une cinquantaine de boulettes dans la cuisine. Deux heures plus tard, elle croisait son regard pendant la cérémonie du souvenir dans le hall du Mémorial de la Shoah où elle tenait l’accueil. Telle une apparition, des cheveux blonds et des yeux bleus à faire courir sa mère au Consistoire pour vérifier l’ascendance de ce viking du nom de Jérôme Rozenblum. Il se tenait là à moins d’un mètre d’elle, regardant les rayonnages où les livres de Serge Klarsfeld le disputaient à d’autres livres de Serge Klarsfeld. En se passant la main dans les cheveux, il avait posé les yeux sur elle. Un moment de pure grâce au ralenti, comme dans les films, brutalement rompu quand il a prononcé ces mots qui sonnaient comme une condamnation à mort : « Y a un restaurant à côté, ca sent l’huile non ? ».

 

Pour l’avoir, elle a mis le paquet : Ok, sur la ligne de départ, Elisabeth cumulait les handicaps. Et pour franchir la ligne d’arrivée la première, elle a mis le paquet. Le jour où elle l’a rencontré, Elisabeth avait les cheveux crépus, un fort embonpoint et des parents djerbiens. En un an, elle a défrisé ses cheveux, lu tout Zweig et troqué le parfum ISIO 4 pour Chanel N°5 en quittant le toit familial. Et surtout, elle a perdu 25 kilos passant du régime « une semaine Kinder / Une semaine Burger + Damhoute » au sacro-saint régime Dukan « une semaine protéines / une semaine protéines + légumes ».

 

Elle a survécu à la rencontre des deux familles : Après la joie de la demande, elle a dû se résoudre à la très risquée « rencontre entre les deux fratries ». Les Rozenblum et les Benguigui  se sont rencontrés en lieu neutre, « le bar de l’hôtel Lutétia », avait proposé Madame Rozenblum.  A l’occasion de cette réunion aussi chaleureuse que la signature des accords de Montoire, Babeth avait assisté à un match par KO. Jérôme avait débuté : « Mes parents et moi avons beaucoup réfléchi, nous sommes d’accord pour le henné bien que ça ne soit pas dans nos coutumes. Néanmoins, je refuse catégoriquement de rentrer dans la salle sur un chameau. Si vous ne voulez pas transiger sur le chameau, je me verrai dans l’obligation de me marier à Copernic ».

 

Elle est devenue plus ashkénaze que son mari : Après avoir décroché la timbale, là où n’importe quelle fille aurait relâché la pression, tel un gagnant du loto dilapidant sa fortune avant de se suicider, Elizabeth a continué de bosser d’arrache-pied pour entretenir sa mue. Devançant les éventuelles réserves de sa belle-famille, elle a potassé toutes les dates de convois vers les camps de la mort, dévoré tous les témoignages de survivants, assisté à toutes les commémorations, refusé de faire une proposition sur ce très bel appartement qui réunissait pourtant tous ses critères, sous le prétexte que ses fenêtres donnaient sur la rue Lauriston (où se situait pendant la guerre l’ancien siège de la Gestapo).

 

Douze ans après avoir dit « oui », la séfarade qui a épousé l’ashkénaze est donc bel et bien une héroïne, une femme assez exceptionnelle à la limite de l’aberration. On la regarde avec un mélange d’admiration et de circonspection, comme quand Jeannie Longo passe la ligne d’arrivée. Ouais c’est clair, ça sent le dopage.

 

The SefWoman

Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

 

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