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J’ai rencontré l’homme qui veut rendre sa pureté au klezmer

Avrum Burstein a créé la Jerusalem Klezmer Association il y a 7 ans afin de sauver et de transmettre la musique klezmer. Il donne chaque semaine des concerts dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem.

 

Ce soir-là, nous ne sommes que quelques-uns à ne pas être des habitués de ce petit sous-sol, qui fait à la fois office de bureau et de salle de concert. Une bouteille de vin à l’effigie du leader du groupe trône sur la table et l’imposante bibliothèque, exclusivement composée de livres en yiddish, qui contraste avec les 33 tours et autres objets hétéroclites éparpillés un peu partout. « Cette pièce est un havre de paix pour ceux qui veulent venir jouer de la musique. Nous accueillons tout le monde et voulons ouvrir la communauté ultra-orthodoxe grâce à la musique. » C’est comme ça qu’Avrum Burstein, leader et fondateur de la Jerusalem Klezmer Association, introduit son groupe ce samedi à 22h au 52 de la rue Yirmiyahu, au cœur d’un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem.

 

Avrum, toujours sur scène, continue : « La musique klezmer est un style de musique, comme le rock, le jazz… » Soudain, les lumières s’éteignent, une bougie est allumée, avant de démarrer le concert ; c’est l’heure de la Havdalah qui marque la fin du shabbat. L’ambiance est surréaliste, l’ombre de Avrum est projetée sur les murs par la bougie qu’il tient dans la main. Les musiciens jouent une musique lente. L’ensemble des personnes présentes, membres du groupe et habitués, commencent à réciter la prière en chantant. Avrum tasse de la menthe dans un petit récipient et la fait sentir à chacun. Il éteint ensuite la bougie avec le vin qu’il vient de bénir. Il sert un verre à tout le monde et de la nourriture est mise sur la table. La soirée peut commencer.

 

 

Morceau après morceau le procédé est le même. Avrum raconte une histoire du ghetto, en anglais, puis la chante en yiddish accompagné de son orchestre. D’abord c’est un homme malheureux qui se réfugie dans l’alcool, ensuite il vante la supériorité du gefilte fish1 sur le reste de la gastronomie mondiale. Puis viennent les danses. Avrum nous présente Yonathan, le danseur rencontré un peu plus tôt dans la soirée. Mais le danseur est aussi acteur, il mime les scènes chantées et endosse le rôle de différents personnages. Toute particulièrement marquante sera la scène de la résurrection d’un jeune alcoolique, où Yonathan utilisera ses peyot traditionnelles comme stéthoscope. La soirée se termine et s’organise un concert plus informel avec ceux qui désirent rester.

 

Le vendredi après-midi suivant, me voilà de retour pour une rencontre en tête à tête avec le chanteur. “Il n’y a personne au Mikveh (bain rituel) à cette heure-ci, je vais en profiter pour y aller. Le kugel est dans le four. Excuse-moi, j’en ai pour 15 min, je reviens. » Il faut dire que je savais à quoi m’attendre en allant interviewer le leader Haredi, qui essaye de démocratiser la musique klezmer afin « d’élever les âmes ». Après un petit moment, Avrum revient, cheveux et peyot encore humides. « J’ai fait une révolution, et celle-ci commence à porter ses fruits » me dit-il en préparant la table pour le concert du lendemain, shabbat oblige. Il s’assoit enfin et commence à parler. Avrum Burstein est un personnage étonnant, « toujours à la frontière entre deux mondes » comme il aime à le dire. D’une famille paternelle ultra-orthodoxe, dont le grand-père a laissé « plus de 1000 descendants », sa famille maternelle, bien plus libérale, est aussi celle du producteur  américain Barry Mendel. Il se définit lui-même comme « un mixte entre Hollywood et Mea Sharim. »

 

Celui qui a fêté ses 46 ans s’est donné pour mission de ramener à la vie la « vraie musique d’Europe de l’Est ». C’est ainsi qu’il y a 7 ans il créé le Klezmer Tish2. Il y forme les jeunes musiciens à jouer à l’oreille et par cœur, « sinon ce n’est pas de la musique mais de la technique. » Son discours est marqué par la recherche de pureté. Il ne se contente pas de sauver la musique, mais veut aussi préserver la danse traditionnelle, partie intégrante de la culture klezmer.

 

 

La dimension spirituelle, quant à elle, est indissociable de la musique d’Avrum : « le klezmer permettra d’atteindre la rédemption de l’espèce humaine. Nous n’y arriverons pas avec des discussions, si l’un dit oui, l’autre dira non. Ce n’est qu’avec la musique, qui parle directement à l’âme, que l’on pourra atteindre la rédemption. » C’est pour cela qu’il veut faire de Jérusalem, « capitale de la nation juive depuis plus de 3000 ans », « la capitale du klezmer ». Il rêve de voir un jour, entre la Knesset3 et la Cour Suprême, se dresser un bâtiment dédié au klezmer. Seulement, il déplore le manque d’intérêt du peuple Juif pour cette musique : « Le klezmer est la musique de l’Holocauste, de l’exil. Le gouvernement ne nous soutient pas dans notre démarche. » C’est aussi pour cette raison qu’il ouvre ses concerts à tous. Terminant son café, il conclut la conversation : « Les Juifs ne veulent pas que je leur apporte la Torah, alors je la donne à tous ceux qui veulent bien la recevoir. »

 

Yoram Melloul

 

La chaîne YouTube d’Avrum Burstein

1 Recette traditionnelle ashkénaze.

2 Le Tish est le moment où les hassidim s’assoient autour de la table avec le rabbin pour l’écouter parler ou pour chanter des airs religieux.

3 Assemblée nationale israélienne, située à Jérusalem.

 

© photos : Yoram Melloul, photo de une : au premier plan Yonathan, le danseur du groupe. Avrum Burstein est à l’accordéon. Ensemble ils réalisent une danse traditionnelle, la danse de la bouteille.

 

Article publié le 3 novembre 2017. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2017  Jewpop

 

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