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L’interview Jewpop de David, leader des Cigarillos en el Shtruddle

 

Pour fêter la sortie de leur second album Somos los Cigarillos (label IEMJ), les Cigarillos en el Shtruddle étaient en concert lundi 3 avril 2017 au New Morning à Paris. Leur leader, David, s’est plié à l’exercice de l’interview Jewpop, arrosée au Mojito !

 

Alors que le genre Jewish Latin music était trusté depuis des décennies par des artistes américains cultes tels le pianiste Irving Fields ou encore Juan Calle, rois du Yiddish mambo, la relève est désormais assurée par un groupe français, les Cigarillos en el Shtruddle. Un combo mené de main de maître par David El Shatràn, pianiste leader de cette formation et fondateur de l’association Jewsalsa, qui reprend le flambeau avec inventivité, sincérité et énergie. Son deuxième album Somos los Cigarillos, une vraie réussite, crée des ponts entre salsa, cumbia, klezmer et liturgie juive, qui semblent en l’écoutant naturels et sans aucuns artifices.

 

 

Jewpop : David, tu es chercheur en intelligence artificielle, as fondé il y a plus de 8 ans l’association Jewsalsa, que tu animes dans le monde entier, tu viens de sortir ton 2ème album, tu te produis régulièrement en concert avec ton groupe, tu es papa de 2 très jeunes enfants et quand tu nous envoie des messages, c’est en général entre 2 et 4h du matin. Toute la rédaction de Jewpop, plutôt feignasse de nature, voudrait savoir à quoi tu carbures pour mener de front tout ça ?

 

David : Le silence nocturne est la plus belle des musiques. Il y a des gens qui dorment la nuit… Moi je préfère écouter le silence. C’est une mélodie enivrante, et c’est une source inépuisable d’inspiration. Puis, j’ai une femme qui croit en moi, et ça booste ! J’ai aussi deux petites créatures qui me montrent chaque jour la nouvelle fonction qu’ils viennent de développer, par exemple le petit gars de 8 mois vient d’apprendre à faire du Moonwalk en un jour, ce qui correspond grosso modo à apprendre à danser la salsa en une semaine au lieu de deux ans… Pour l’anecdote, je n’ai jamais bu de café de ma vie, mais je dois, je pense, sécréter certaines substances naturellement…

 

 

 

Jewpop : Ton nouvel album a eu récemment les honneurs de Télérama ! Ta mère est fière de toi, ou bien elle aurait quand même préféré voir ta photo dans Actualités Juives ?

 

David : Ma mère veut que je passe sur TSF JAZZ ! Pour l’instant, on vient d’être programmés pour 3 concerts cet été à Tempo Latino, le plus gros festival de Salsa en France, donc ça progresse, mais il y a encore du chemin à parcourir pour faire kiffer ma mère ! Comme la dernière fois qu’on a parlé d’elle dans une interview, je me suis fait disputer par mes deux sœurs qui m’ont dit : « Encore ? Et nous ? Tu ne parles jamais de nous ! », je profite de l’occasion pour citer Jessica et Melissa.

 

Jewpop : Avec Jewsalsa, tu es parti à Cuba pour rencontrer et soutenir la communauté juive de La Havane. Comment as-tu perçu la vie des juifs cubains sous le régime castriste ?

 

David : Pour Pourim 2013, on a organisé plusieurs événements permettant de collecter de l’argent et des produits de première nécessité en France, avant de s’envoler pour la Havane à 12 « Jewsalseros ». Les juifs cubains que j’ai rencontrés étaient tous fiers de voir Fidel Castro venir chaque année fêter Hanoukka avec eux, et, comme la plupart des cubains avec qui nous avons échangé, lui étaient reconnaissants d’avoir permis aux habitants de l’île d’accéder aux soins de santé, aux études, et pour certains d’avoir de quoi se nourrir décemment. Ce qui, bien sûr, n’excuse en rien la situation des prisonniers opposants au régime, ni l’absence de pluralisme politique.

 

Cuba, c’est aussi un orchestre de 10 musiciens d’un niveau incroyable dans chaque café, ce sont des enfants de 5 ans que tu rencontres en dormant chez l’habitant, qui communiquent et vibrent grâce à la danse ! Là-bas, tu réalises et ressens le pouvoir fédérateur de la danse et de la musique plus que jamais. Tu viens pour aider des gens dans un état apparent de pauvreté, mais tu t’aperçois qu’ils sont beaucoup plus heureux que toi, et ce sont eux finalement qui vont t’apporter énormément. Avec le recul, j’analyse à quel point ce que j’ai vu à Cuba a influé sur la façon dont j’ai fait évoluer la communauté Jewsalsa. J’ai pris conscience de ne pas être qu’une « porte d’entrée » sur le judaïsme, mais d’être véritablement une communauté. Son âme est née à Cuba.

 

 

 

Jewpop : Les juifs ont un rapport très étroit avec les musiques latines, en particulier aux USA. Tu expliques ça comment (à part qu’ils sont partout !) ? Envie de pécho des bomba latina ?

 

David : Au-delà des proximités géographiques à New York, qui ont fait que parfois les deux cultures se côtoyaient, notamment à Brooklyn entre Juifs et Portoricains, ou dans la « Ceinture du bortsch » dans les monts Catskill [ndlr : le Deauville des juifs new-yorkais], où la musique latine s’est développée avec de nombreux danseurs juifs, j’ai pu fréquenter les deux cercles indépendamment sur Paris et ailleurs, et il y a des coutumes communes frappantes :

 

– La première, c’est la ponctualité. On parle de « l’heure cubaine », de « l’heure juive ». Je suis plutôt du genre à être en retard, et dans les 2 milieux on ne m’engueule pas trop, même sans me connaître ! Je dirais que les cubains sont encore plus à la bourre que les juifs toutefois…

 

– La Yiddish Mama vs. La Mama Cubana. Dans les deux cultures, les chefs ne sont pas les hommes.

 

– Un processus étymologique similaire. Regarde l’histoire du klezmer, regarde l’histoire de la salsa : ce sont les mêmes ! Une appellation qui vulgarise une philosophie centenaire afin qu’elle perce, se commercialise, et passe à la postérité. En danse c’est pareil : c’est un gars, Eddie Torres, qui codifie les danses salsa pour qu’elles puissent se transmettre et perdurer, tout comme les juifs qui ont aux USA créé et codifié des danses du Shtetl dans les années 80, suivant la dynamique du renouveau des danses folkloriques.

 

– Musicalement, il y a énormément de ponts : le passage incontournable par l’improvisation, la complexité des structures rythmiques… Dans mon premier album, j’ai travaillé sur la similarité entre la clave salsa et la rythmique klezmer « bulgar », dans ce second album, j’ai travaillé sur l’amour commun pour la transe ; le Nigun d’un côté, la dualité coro/pregon ou encore les tambours bata de l’autre.

 

 

 

 

 

Jewpop :  Ton top 5 des musiciens latinos ?

 

David : 1/ Le chanteur Hector Lavoe. J’aurais rêvé l’entendre chanter la liturgie du jour de Kippour, il aurait fait un hazan de ouf ! « El cantante » est au-dessus de tous.

 

2/ Un autre chanteur, Mayito Rivera. De Los Van Van à divers autres projets, « El poeta de la rumba », son flow, sa voix transcendante !

 

3/ Le pianiste et chef d’orchestre Larry Harlow, surnommé par ses pairs El Judio Maravilloso [ndlr : « Le juif merveilleux »] ! Pour tout ce qu’il représente. Le mélange des cultures, l’affirmation de son identité tout en respectant celle de l’autre. Le mec case des allusions à la Tikva dans ses grosses impros salsa !

 

4/ Le percussioniste Ray Barretto, parce que quand j’ai écouté son « Frère Jacques » interprété juste avec des percussions (oui, des congas qui jouent une mélodie !), ça a été une révélation.

 

5/ Le pianiste Franklin Lozada, un Vénézuélien qui vit à Paris, mon maître salsa sur Paname, qui m’a initié à cette musique alors que je tentais de résister en me focalisant sur la danse… Je cite Franklin, car il n’y a pas que les stars, mais tout un tas de musiciens de génie à Cuba et partout dans le monde qui font cette musique et perpétuent ces cultures au quotidien. Franklin joue pour Africando, les Gipsy Kings, dirige et transmet sa passion au travers d’ateliers sur Paris.

 

 

 

Jewpop :  Les ashkénazes sont-ils de bons danseurs de salsa ? Réponds sincèrement !

 

David : Bien danser, c’est penser bien danser. Et plus tu bois, plus tu penses bien danser. Donc un ashkénaze qui ne boit pas n’est pas un bon danseur. Et comme les ashkés abstèmes se font plutôt rares, alors oui, ce sont d’excellents danseurs ! (petite statistique au passage : lundi dernier, j’ai interrogé mes élèves au cours de salsa, et 55% étaient ashkénazes).

Plus sérieusement, la salsa est une drogue. Certains vont trouver du plaisir à apprendre une nouvelle discipline, comme ils apprendraient une science, d’autres vont aimer enfin réussir à comprendre leur corps, d’autres vont vaincre leur timidité en s’apercevant que l’Autre le considère, mais tous se verront pris au piège de la salsa : c’est un vecteur de lien social. Quand on pense « communauté », on s’aperçoit que la salsa est un des plus puissants outils fédérateurs qui puissent exister. Et en particulier pour celui qui n’aime pas danser. Une technique d’approche ashkénaze bien connue des clubs salsa parisiens est la technique dites du « Mojito Casino ». Ça part du principe qu’un bon danseur est un danseur qui ne crée pas de déception à sa partenaire. Et à l’instar de cette mamie qui attend au casino qu’une machine à sous perdante se libère, cet ashkénaze laisse les autres transpirer, il ne danse quasiment jamais, et il attend sa target au bar avec un bon mojito. Le résultat est parfois plus efficace que celui qui passe 3 années à améliorer son style…

 

 

 

 

Jewpop :  Tes projets, à part essayer de dormir quelques heures ? 

 

 

David : Les 10 ans de JewSalsa approchent, c’est pour 2018 ! Nous projetons, entre autres, de réaliser une tournée aux USA (janvier 2018), de retourner à Cuba (Pourim 2018), et toujours les événements que nous organisons régulièrement dans toute la France et à Paris, notamment pour Paris Plages. Enfin, ne pas attendre 3 ans pour enregistrer le 3ème album des Cigarillos ! Je vais proposer à différents auteurs d’écrire des textes, dans plusieurs langues dont l’espagnol, le français et le yiddish. J’ai réussi une fusion au niveau de la musique, j’aimerais la tenter au niveau des textes. Il y a eu un mouvement de salsa engagée (« Willie » Colón, notamment), j’aimerais tenter une « Jewsalsa engagée », où nos valeurs seraient retranscrites dans les textes de nos chansons. D’ailleurs ça dirait à Jewpop de nous en écrire un ?

 

 

Jewpop : On va y réfléchir ! Et on a déjà une suggestion pour le titre : « Oy como va ! ».

 

 

Entretien réalisé par Alain Granat, prises de notes Valériane de Chardonnay.

 

 

Écouter des extraits de l’album Somos los Cigarillos

 

Commander l’album Somos los Cigarillos

 

Réserver vos billets pour le concert du 3 avril au New Morning des Cigarillos en el Shtruddle

 

© photos : Illan photos / DR

Article publié le 29 mars 2017. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2017 Jewpop

 

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