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Lou Reed (1942-2013)

 

Lou Reed, vu par la rédaction de Jewpop. 

 

Perfect Day Je ne me souviens plus quand j’ai entendu cette chanson de Lou Reed pour la première fois, car elle était avec « Angie » des Rolling Stones l’une de celles que me chantait ma mère avant de dormir… En revanche, la première et dernière fois de ma vie que j’ai vu Lou Reed, je m’en souviens très bien. C’était à une conférence de presse l’année dernière pour la promo de « Rhymes Rimes », son bouquin de photo, 377 pages qui ne rimaient pas à grand-chose. Il envoyait chier les journalistes comme d’hab’. Un jour, à l’un de mes confrères qui lui demandait s’il était juif, il a répondu « oui je le suis, seuls les meilleurs le sont, non ? ». Je déteste les mecs cyniques et suffisants que je ne peux même pas traiter de cons. Je les détestent encore plus quand c’est Lou Reed et qu’il se fout de ma gueule en se permettant de mourir.

Jackie Schwartz

 

 

Ma mère et Lou.

Mes quinze ans. Palais des Sports de Paris, Lou Reed en concert. Moi, petite oranaise de bonne famille qui n’a pas le droit de sortir le soir, seule, et encore moins là, je meurs, je fugue, je me tue si je rate ça. Je ne me souviens pas du comment, ni du pourquoi, je ne vois pas la scène et je n’ai même pas envie de l’inventer, je vois juste qu’au final ma maman vient avec moi, qu’elle m’accompagne, si belle, si chic au Palais des Sports, du début à la fin. Je me souviens que nous avons pris le métro toutes les deux, que j’étais heureuse, que j’avais un duffle coat et les cheveux bouclés, et que ma mère était bien droite pendant tout le concert. Je me souviens qu’il y a eu une bagarre à la sortie, et qu’un des deux gars qui se battait à failli tomber sur elle, sur les marches. Je me souviens qu’à la fin du concert, on chantait « hohohoho » pour qu’il revienne, qu’on allumait des briquets, qu’il n’y avait pas d’écran de portables et que lorsque la lumière se rallumait, cela voulait dire qu’il ne reviendrait plus.

Je me souviens, dans ma chambre bleu marine, de la pochette de cet album mythique, « Transformer » avec sur la photo bicolore, la tête de singe de Lou Reed (depuis je trouve qu’il ressemble a Oncle Fétide dans la Famille Adams). Je me souviens que je n’aimais pas quand l’intro de « Vicious »arrivait après « Walk on the Wild Side » ou « Perfect Day ». Ça m’irritait, ce son nerveux, rock, trouble et garage. Je devais me lever et remettre inlassablement les autres chansons tristes.

Je ne me souviens pas qu’il était juif, à l’époque tout le monde s’en fichait, ni même qu’il s’habillait en nazi et que ça embêtait un peu ses parents à lui, je sais juste que Walk on the Wild Side est la chanson qui a bercé nos adolescences tourmentées.

Je me souviens enfin l’avoir revu, bien des années plus tard, au Palais des Congrès. L’avoir trouvé pontifiant, clean et moins rock. « Berlin », l’opéra en carré V.I.P, moi plus adulte, plus bourgeoise, assise sur un fauteuil rouge et gras, regardant la chorale d’enfants sur scène. Moi je ne l’étais plus, mais ma mère hier soir m’a envoyé un sms genre concernée, et je le suis redevenue.

Valérie Abécassis

 

 

Qu’il est triste d’apprendre la disparition de Lou Reed. Un électrochoc (un de plus…). Sans Lou, c’est un peu du New-York d’antan qui disparaît. Une autre époque, celle de la Big Apple sale,  inquiétante mais aussi terriblement arty. Lou Reed, chantre de la tentation de l’inconnu, de l’évasion jusqu’à la déviance, n’est plus. Un symbole. Le fol itinéraire d’un gamin juif de Brooklyn vivant contre la morale, adepte des paradis artificiels devenu rock star planétaire. Lou Reed, son phrasé caractéristique et sa poésie américaine, énième réinterprétation des lumières juives (et de leurs ombres) infusant la culture globale. Gone but not forgotten, son œuvre appartient désormais à l’Histoire et traversera les âges.

Laurent-David Samama

 

De ces journées où, sitôt arrivé chez toi, tu balances tes clés, laisse tomber tes fringues avec pour seule envie de rester prostré dans ton lit à contempler la chambre emplie d’obscurité. « Just a perfect day », te disait Lou Reed, et ton estomac rance calmait un instant tes colères croupies. Et même quand la journée avait été lumineuse, que tu te sentais baigné de pluie, béni par le ciel, « Just a perfect day » t’empêchait de devenir l’optimiste canin à la queue remuant au rythme de l’espoir retrouvé. Qu’on te greffe la foi, qu’on te greffe un foie, mieux vaut de méfier du bonheur. La mauvaise vie, tu connais, ça inspire, c’est du flair à héro. Il va falloir être heureux, le soundtrack de l’angoisse vient de caner.

Jonathan Aleksandrowicz

 

 

Lou Reed m’a toujours filé la banane. Un type capable d’enregistrer Metal Machine Music, disque de guitares bruitistes et de bruits blancs par souci d’avant-gardisme et plus probablement, selon la légende, juste pour emmerder son label RCA et pouvoir rompre son contrat d’artiste, force mon admiration. Un type capable de répondre “Je le prends comme une insulte” au chroniqueur du magazine Rolling Stone qui écrit “Berlin sera le Sergent Pepper des seventies”, force mon admiration. Un type qui compose une chanson aussi parfaite que « Walk on the wild side » sur des histoires de putes, en concluant son morceau par un chorus du saxophoniste baryton Ronnie Ross, force mon admiration. Un type qui se produit au Théâtre des Champs-Elysées en concert privé pour le fonds d’investissement Carmignac, au moment où les bourses s’effondrent, force mon admiration. C’était en janvier 2008, une amie m’avait invité à cet événement surréaliste, précédé d’un somptueux buffet où le Chablis premier cru coulait à flot et les canapés aux truffes s’avalaient à un rythme effréné. Lou Reed avait démarré son concert sur… Sweet Jane, devant un parterre de financiers bedonnants accompagnés de leurs épouses en robes longues. C’est la dernière fois que j’ai vu Lou Reed en concert. Et bien sûr, il a forcé mon admiration, là aussi.

Alain Granat

 

 

Hier soir, je reçois un mail de mon rédac-chef, genre il est 23h et monsieur n’a rien d’autre à foutre que nous demander de pondre un texte pour Jewpop – si possible pleurnichard et élégiaque – à propos de Lou Reed, qui vient d’aller planter ses choux à Saint Cucufa comme disait Boris Vian. Et tout ça pour demain matin. Bon, je vais vous avouer un truc, quand j’ai lu « Lou Reed », j’ai tout de suite commencé à chantonner « A little bit of Monica, in my liiiiife… ». Ça m’a un peu ému d’apprendre quil avait cassé sa pipe, il avait l’air sympa et j’aimais bien sa petite moustache à la Errol Flynn. Mais bon, si Sephora n’a plus le droit d’ouvrir le dimanche, je vois pas pourquoi moi je ferai des heures sups. Sorry Lou, mais fallait pas mourir le jour du seigneur.

Sharon Boutboul

 

© photos : Andy Warhol, DR

Article publié le 28 octobre 2013, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2013 Jewpop

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