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Mais qui est donc Abby Stein ?

Abby Stein photo Benyamin Reich

 

Who the fuck is Abby Stein ? J’aurais aimé que mon article s’intitule comme ça – parce que toi, lecteur régulier, tu auras compris que Catherine est une c*nnasse qui se prend pour une américaine mais aussi parce qu’en français, comme toujours, ça sonne moins bien ! #FrançaisShaming #NosValeursOntDuTalent. Mais une femme qui se respecte se doit de tenir sa langue – paraît-il – et doit donc éviter de jurer. Aujourd’hui je ne parlerai pas drag, mais d’activisme trans et religieux. Il est donc temps de nous concentrer sur nos schmattes(1) et de parler de ceux et celles qui font bouger les choses.

 

Les lectures d’un jeune homo juif en pleine réflexion et dont la construction peut sembler bancale conduisent parfois vers des sujets improbables, dont celui que nous aborderons aujourd’hui. Découverte via le site du quotidien Haaretz, Abby Stein me hante depuis des mois par son jeune âge, sa force de caractère et la paire de c*uilles(2) qu’il lui aura fallu pour mener à bien son combat. On ne jouera pas les miss détectives, ou Colombette(3), mais nous conterons l’histoire incroyable de cette femme qui va repousser les limites de ton ouverture d’esprit et défriser la choucroute capillaire de ta tante Aïsemberg(4).

 

Abby Stein enfant

 

Mais qui est donc Abby Stein ? À l’origine, Abby Stein est Yisroel Stein, un jeune homme qui franchit les étapes déjà toutes tracées pour lui : circoncision, talmud torah, bar-mitsvah, école rabbinique, yeshiva et tout le reste en très peu de temps – c’est ainsi qu’il se marie à 18 ans, devient père à 19 et rabbin en 2011 à l’âge de 20 ans. Il faut dire que le jeune juif de Brooklyn vient d’une famille très religieuse ashkénaze(5). Je dirais même hassid ! Dans une interview, il explique notamment que le Baal Shem Tov(6) est l’un de ses ancêtres directs et que la religion était tout ce qui existait pour lui jusqu’à… la découverte(7).

 

En 2012, révélation : il réalise que cette vie réglée à la perfection par d’autres ne lui convient pas. Un an plus tard, il se déclare athée, coupe les liens qu’il a avec la pratique religieuse, divorce puis entreprend de s’inscrire à l’université en 2015. C’est au même moment qu’il fait son coming-out. Non pas en tant qu’homme homosexuel mais en tant que femme transsexuelle ! Sa famille, qui avait jusque-là accepté son choix de se détourner de la religion, décide de rompre les dernières relations qu’ils entretenaient. Son père lui aurait ainsi dit : « tu sais que cela signifie que je ne vais plus jamais pouvoir te parler ». Bien sûr, elle est également confrontée à la colère et la haine de la communauté juive, pour laquelle un tel acte est une abomination, mais les soutiens en ligne qu’elle reçoit l’aident à poursuivre.

 

Abby Stein

Abby Stein photographiée par Gillian Laub dans sa chambre avec une photo de son fils de 6 ans au-dessus de son lit

 

En 2016, bien que s’affirmant athée et contre toute attente, elle célèbre son genre et change de nom dans une synagogue new-yorkaise. Son lourd passé emprisonné dans un carcan religieux a laissé des traces et il était important pour elle de le faire ainsi, non pas par croyance en Dieu, mais pour la symbolique et le message que cela apportait : « je voulais prouver à ceux qui disent qu’être trans ne peut être accepté dans la communauté juive qu’ils ont tort. Non seulement, j’ai trouvé une communauté qui m’accepte comme je suis, mais qui en plus me soutient. Il n’y a pas que des synagogues où l’on ne peut pas, il y aussi des synagogues où l’on peut ». Abby Stein est née !

 

Abby Stein

Abby Stein photographiée par Benyamin Reich, portant le shtreimel et le talith

 

Depuis deux ans, Abby Stein est devenue un modèle, une icône, une activiste pour de nombreuses personnes, qu’elles soient juives et/ou transsexuelles. Elle est ainsi la fondatrice d’un groupe de soutien en ligne pour les personnes LGBTQ+ de la communauté juive, et espère pouvoir rendre la pareille à la société. Aujourd’hui, âgée de 26 ans, Abby est journaliste et universitaire en études de genre, elle a été interviewée et citée dans de nombreux médias. En 2016, un site israélien la nommait comme faisant partie des « 9 militant.e.s juif.ve.s appartenant aux deux communautés à connaître » et elle était également le sujet d’un des épisodes de la série documentaire Dark Net. Son histoire a attiré l’attention d’une grande partie des communautés juive et transsexuelle, qui ne se rencontrent que trop peu souvent.

 

Une double transition, pour celui qui est passé d’homme marié à 18 ans avec un enfant au sein d’une communauté fermée, à femme libre dans un monde où de nombreux combats sont encore à mener.

 

Catherine Pine O’Noir

 

 

Écouter le podcast des « histoires de l’oncle Sélim » de Sélim Nassib, consacré à Abby Stein (radio Nova)

 

(1)Du yiddish שמאַטע– lui-même du polonais szmata, qui signifie « affaires » ou « trucs ». Souvent prononcé par une grand-mère ashkénaze dans sa cuisine : « non mais oh mêle-toi de tes schmattes et ramène le gefilte fish sur la table pour ta mère (sa fille).

(2)Faut croire que je n’aurai pas réussi à tenir ma langue longtemps, en même temps peu de mots peuvent remplacer l’appareil masculin dans ce genre de situation.

(3)Version féminine du célèbre enquêteur, qui porte également le trench – mais seulement pour couvrir sa lingerie La Perla ® achetée à Deauville.

(4)Étant mi-sépharade mi-ashkénaze, ou ratsi-ratsi comme le dit mon grand-père en yiddish, les références de cet article seront uniquement typées pays de l’Est, histoire de rééquilibrer le schmilblick dans la famille Pine O’Noir.

(5)Ah tiens, lui aussi !

(6)Le judaïsme hassidique est un mouvement de renouveau religieux, fondé au XVIIIe siècle en Europe de l’Est par le Ba’al Shem Tov. Le hassidisme est devenu un phénomène central de l’histoire juive moderne et l’une des caractéristiques religieuses et sociales des juifs d’Europe orientale. Par rapport aux autres formes que peut prendre le judaïsme, celle-ci insiste sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse. Elle est aujourd’hui l’une des deux forces majeures de l’orthodoxie juive et reste parfois très controversée.

(7)Internet, la télévision ou tout forme de liens avec le « monde extérieur » n’est pas autorisé dans les communautés ultra-religieuses. Les jeunes sont éduquées par leur parents, l’école religieuse, les yeshivot, sans se confronter à ce qui peut les entourer.

Lire toutes les chroniques de Catherine Pine O’Noir sur Jewpop

Photos © : une : Benyamin Reich / Gillian Laub / Daily Mail / DR

Article publié le 18 juillet 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

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