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Marceline Loridan-Ivens, disparition d’une womentsch

Marceline Loridan Ivens photo Raphael Levy

 

 

Le beau visage de Marceline Loridan-Ivens figure dans l’émouvant et superbe livre « 2251 » (Somogy, Editions d’art), recueil de portraits en noir et blanc réalisés par Raphaël Levy. 2251, c’est le nombre de survivants revenus des camps nazis parmi les plus de 76 000 juifs déportés de France.

 

Marceline Loridan Ivens photo Raphael Levy

 

Marceline Loridan-Ivens fut arrêtée par la milice avec son père Szlama Rozenberg, résistant. Déportée à Birkenau, dans le même convoi que Simone Veil, le 13 avril 1944, elle survit à la marche de la mort qui la conduit à Bergen-Belsen en novembre 1944, puis est libérée à Theresienstadt le 8 mai 1945.

 

Invitée du « Grand entretien » de François Busnel sur France Inter, ce dernier dressait son portrait en préambule de l’émission :

 

Marceline Rozenberg, fille d’émigrés juifs polonais, a quinze ans quand elle arrive au camp de Birkenau – le camp d’extermination du complexe d’Auschwitz. Elle en sort dix-huit mois plus tard, à la fois affamée de vie et blessée à mort. Elle épouse un beau garçon au nom bien français, le quitte, hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s’engage pour l’avortement, prend risque sur risque… Rencontre le grand cinéaste Joris Ivens : une histoire d’amour et de cinéma commence. La voilà au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle… Si les camps de la mort ont empêché Marceline de suivre des études, elle a su apprendre de la vie les leçons essentielles, et en a tiré une oeuvre cinématographique pleine d’audace et de poésie. Actrice pour Jean Rouch, coréalisatrice avec Joris Ivens, réalisatrice de La Petite Prairie aux bouleaux, elle a l’estime indéfectible de la critique et des cinéphiles. Petite, rousse et frisée, Marceline Loridan a tout du lutin – feu follet, trublion, cancre… Même dans le camp de Birkenau, elle fait des pieds de nez au Diable, vole une marmite de soupe, raconte des histoires drôles, se fait des amies « pour la vie » dont Simone Veil. Pas vraiment révolutionnaire, plutôt chahuteuse et dérangeante, Marceline n’a jamais cessé de flirter avec la mort. Son rire a parfois les accents du désespoir ; elle s’amuse du bal zazou qui a précédé son départ pour Auschwitz, évoque le suicide de son frère, hanté par la Shoah au point de se prendre pour un SS, rend hommage à Joris Ivens, l’homme de sa vie dont le corps était “beau comme un vieux chêne”… Dans le récit de vie de Marceline, on ne trouve jamais de regrets, mais une infinie lucidité et une autodérision aussi salutaire que savoureuse. »

 

Ce récit, elle l’a écrit. « Ma vie balagan » (Editions Robert Laffont) est le portrait d’une womentsch. Dans la websérie « Juif ? » produite et réalisée par Esti, que Jewpop a diffusé en 2012, elle déclarait avoir « payé pour être juive et ne le regrette pas », ajoutant « c’est ce qui m’a donné la conscience du monde ». Marceline Loridan-Ivens portait à son bras le matricule 78750, qui, selon sa volonté, sera gravé sur sa tombe.

 

Jewpop

 

 

© photo : Raphael Levy / Somogy, Éditions d’art / DR

Article publié le 20 septembre 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

 

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1 Commentaire sur "Marceline Loridan-Ivens, disparition d’une womentsch"

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Estilasorciere
Invité

Sa réponse est si personnelle mais aussi si UNIVERSELLE….

Estilasorciere
Invité

Sa réponse est si personnelle mais aussi si UNIVERSELLE….

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