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Michel Cymes : «Il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français»

Michel Cymes JewPop

 

Depuis la diffusion du documentaire de Michel Cymes « Hippocrate aux enfers » sur France 2, réalisé par Jean Pierre Devillers et Claire Feinstein, les polémiques se succèdent. Autopsie d’un tabou alsacien : la Shoah en France, à travers une interview que le médecin et auteur du livre éponyme a accordé à Jewpop.

 

Alexandre Gilbert : La polémique autour d’Hippocrate aux enfers commence en 2015 avec la découverte de restes humains, datant du gazage de 86 juifs au camp de Natzweiler-Struthof dans les Vosges, pendant la seconde guerre mondiale, et retrouvés à l’université de Strasbourg par Raphaël Toledano*. Quelle relation entretenez-vous à ce moment là avec lui ?

Michel Cymes : La polémique n’a pas commencé à ce moment là, mais bien avant à la sortie de mon livre. J’entretenais des rapports très cordiaux avec lui car je l’avais eu au téléphone pour préparer mon livre.

 

A.G. : Premier acte. La polémique enfle avec les critiques de Georges Federmann qui vous accuse de ne pas l’avoir consulté pour confirmer ses propos, que vous mentionnez dans votre livre. Comment s’est terminé votre échange à partir de là ?

Michel Cymes : La polémique a pris une mauvaise tournure quand Ferdermann, je pense, à monté le président des universités de Strasbourg de l’époque contre moi, alors que ce dernier n’avait même pas lu mon livre. D’où une conférence de presse dans laquelle on m’a descendu. Un échange très tendu a eu lieu à la librairie Kleber, avec lui et les envoyés de l’université. Je n’ai plus eu de contact avec lui par la suite.

 

A.G. : Deuxième acte. C’est la confirmation, les restes sont enterrés au cimetière de Cronenbourg. Une commission d’investigation sur le sujet est créée avec, parmi elle, Hans Joachim Lang, qui a retrouvé l’identité des 86 martyrs d’August Hirt. Que vous reprochent les historiens à partir de là ?

Michel Cymes : Rien. Les historiens ne me reprochent plus rien,  mais ne tiennent pas à ce que je fasse partie de la commission, je pense…

 

Camp d'extermination Struthof Alsace JewPop

 

A.G. : Troisième acte. Le documentaire diffusé sur France 2 n’est diffusé qu’en deuxième partie de soirée, alors que celui de Claude Lanzmann sur Arte, Les quatre soeurs, est diffusé en prime time. Avez-vous rencontré une résistance des programmateurs ?

Michel Cymes : Aucune. C’est en parfait accord avec France 3 que nous avons préféré diffuser en deuxième partie de soirée. Le mardi en prime, les gens regardent des programmes familiaux avec les enfants. Hippocrate n’aurait pas eu une belle audience. Alors que l’on peut considérer comme un très beau succès un million de téléspectateurs à cette heure-ci, sans compter le replay.

 

A.G. : Quatrième acte. Le Monde et Télérama vous accusent respectivement d’être « exaspérant » et le film d’être « une pénible pantomime ». On pense aux critiques contre Claude Lanzmann sur la « longueur » de Shoah, contre Steven Spielberg sur la « sur-esthétisation » de La Liste de Schindler et contre Roberto Benigni sur la dimension « tragi-comique » de La Vie est belle. Peut-on faire de l’art après Auschwitz, comme s’interrogeait Theodor Adorno ?

Michel Cymes : On peut, la preuve ! La presse a été très élogieuse à part Télérama et le Monde. Ces deux articles étant écrits par des journalistes qui pensaient plus à se faire plaisir qu’à critiquer, ce qui devrait être leur métier. Vu les réactions à ma réponse à Télérama, je pense que le public en demande encore.

 

A.G. : Conclusion. Le sénat polonais vient de voter une loi interdisant l’utilisation du terme de « camp de la mort polonais » assortie d’une peine de prison, approuvée le 7 février par le président Duda. L’ambassadeur polonais en France a même demandé si le camp de Natzwiler-Struthof était qualifiable de « camp de la mort français ». Sommes-nous coupables d’incriminer l’institution universitaire dans son ensemble pour les crimes de la Reichsuniversitat et de parachever la culpabilité du peuple polonais pour les crimes nazis ?

Michel Cymes : On ne réécrit pas l’Histoire en changeant quelques mots dans une phrase. L’Histoire est là. Connue. Il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français. Et que cela plaise ou non aux dirigeants polonais, c’est écrit, non pas dans le marbre , mais dans la brique des chambres à gaz.

 

Entretien réalisé par Alexandre Gilbert pour Jewpop

 

*Raphaël Toledano est médecin à Strasbourg. Il se consacre depuis 2003 à l’étude historique des expériences médicales nazies menées pendant la seconde guerre mondiale en Alsace. En décembre 2010, il a soutenu à Strasbourg sa thèse de doctorat en médecine sur les expérimentations menées au camp de Natzweiler-Struthof par le virologiste Eugen Haagen, dans laquelle il dévoilait pour la première fois le nom des 189 Roms victimes de ces expériences. Il a été récompensé pour son travail par de nombreux prix dont le prix international de la Fondation Auschwitz 2010-2011. Membre du conseil scientifique du Centre européen du résistant-déporté (Musée du Struthof ) depuis 2012, il travaille actuellement à l’élaboration d’un projet d’exposition au Struthof et prépare un ouvrage consacré aux expériences nazies menées au Struthof. Il est coréalisateur avec Emmanuel Heyd du film « Le nom des 86».

 

© photos : DR

Article publié le 7 février 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

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1 Commentaire sur "Michel Cymes : «Il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français»"

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FAUGUET Renée
Invité

Attention Michel vous risquez 3 ans de prison en Pologne pour avoir dit la vérité

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