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Nul, en sport, tu seras

 

 

Inutile de tourner autour du pot d’harissa mais les juifs sont nuls en sport. Indéniablement et irrémédiablement. C’est une triste réalité mais c’est ainsi. A les voir courir dans un stade, on a comme l’impression que ce sont leurs jambes qui ont été circoncises. Conséquence naturelle, le nombre de sportifs juifs émérites, à même de figurer dans l’album d’or des plus grands sportifs nés une kippa à la tête, se comptent sur les doigts d’un chandelier à sept branches.

 

Tout bien considéré, le plus grand effort physique que le juif consent à accomplir consiste à porter la Torah le jour de la bar mitzva de son fils. Et encore. Bien souvent, lors de cet exercice toujours délicat à effectuer, sous le poids redoutable des centaines de rouleaux de textes sacrés, il se met à vaciller, à tanguer, à valdinguer avant de se prendre les pieds dans son talith et de s’effondrer de tout son long sur la première paracha venue, sous le regard furieux et attristé du rabbin. Évidemment, la coupable toute désignée à ce genre de dysfonctionnement biblique est à rechercher du côté de la mère juive. Qui d’autre ?

 

En effet, sitôt qu’un enfant ayant eu le malheur d’être né sous une bonne étoile de David, émerveillé par les exploits répétés de son sportif préféré, émettrait le souhait, de devenir, par exemple, lorsqu’il sera grand, footballeur, la réaction de la mère juive ne se fait guère attendre. Elle adopte un peu près la même attitude que si sa progéniture songeait à se fiancer avec la fille adoptive de l’abbé Pierre, à se convertir au tantrisme ou à s’exiler au Qatar. A savoir l’arme de destruction massive, celle qui ne sert que dans les situations d’urgence absolue, j’ai nommé la culpabilité.

 

Mon fils, si tu crois que j’ai souffert comme jamais femme n’a souffert, depuis la nuit des temps, depuis que le monde est monde, pour te donner la vie, dans le seul but qu’un jour ce même fils m’annonce, comme ça, de but en blanc, les yeux dans les yeux, que sa seule ambition dans son existence va consister à passer le plus clair de son temps à taper dans une balle, je peux te dire que non seulement, il n’en sera rien, mais qu’à partir de ce jour, si jamais je te surprends en train de traîner autour d’un stade ou si je te vois jouer avec une balle, un ballon, un cochonnet, moi ta propre mère qui a sacrifié toute sa vie, toute sa vie tu m’entends bien mon fils, pour qu’un jour tu deviennes enfin un homme respectable et respecté, je te déshérite dans la minute, et plus jamais, tu m’entends, plus jamais, moi vivante, tu ne seras autorisé à franchir le seuil de cette maison. Tu as compris ? Maintenant file dans ta chambre, va étudier, et la prochaine fois qu’il te vient l’idée de prononcer devant moi de telles paroles, tu vois cette fenêtre, tu la vois, et bien la prochaine fois que tu viens me trouver en me disant que tu veux devenir foutraleur, tu vois je n’arrive même pas à prononcer le mot, et bien cette fenêtre, je l’ouvre grand et tu sais quoi ? Je me jette directement dans le vide, comme ça, d’un coup, et une seconde après, je me brise net sur le trottoir, tellement éparpillée en mille morceaux que c’est pas un cercueil qu’il me faudra pour m’enterrer mais toute une colonie de cercueils, dis-moi mon fils, c’est vraiment ça que tu souhaites qui arrive à ta pauvre mère  ?

Non maman.

 

Le sport n’a jamais compté dans les familles juives. On ne voit jamais dans les photos d’archives relatant la vie dans les shtetls des bandes de garçons défroqués courir comme des dératés autour d’un ballon, pratiquer le tennis en bermuda écossais, ou s’essayer au golf (certes pour ce dernier j’admets qu’il ne figurait généralement pas au menu des activités proposées, contrairement au lancer à cloche-pied de carpes farcies). Généralement, dans toute famille juive qui se respecte, on considère les activités sportives comme au mieux inutiles, au pire nuisibles. Voire dangereuses. Chacun sait que les piscines municipales sont aussi infestées de microbes que les eaux de la Mer Morte, notamment côté jordanien, que les terrains de football sont aussi bien entretenus que les balcons des maisons délabrées de Tel-Aviv, et que les gymnases sont remplis d’appareils aux formes bizarroïdes qui ne sont pas sans rappeler la chambre des tortures qu’affectionnaient les zélés zélotes du Troisième Reich en manque de sensations fortes.

 

C’est ainsi qu’on n’hésitera pas à excuser son petit dernier d’avoir manqué le cours d’éducation physique, en écrivant une lettre circonstanciée au proviseur de l’établissement où son chérubin étudie, pour lui expliquer que, vu la santé extrêmement précaire de Simon, ses problèmes respiratoires, son asthme chronique, son rhume du cerveau, sa tendinite du menton, ses problèmes d’articulation à l’auriculaire gauche, la myopie de ses oreilles, ses pieds plats, son nez crochu, il serait préférable, à tout point de vue, qu’il soit dispensé à tout jamais des séances de gymnastique qui, soit dit en passant, représentent une perte de temps non négligeable. Ci-joint, veuillez trouver une attestation du docteur Benhamou du Consistoire Central.

 

Et c’est ainsi que pendant que ses petits camarades seront occupés à améliorer leurs jeux de jambes ou affiner leur technique au lancer du poids, le petit Simon, dans le confort douillet de la bibliothèque familiale, prendra des leçons particulières de mathématique ou de physique afin de peaufiner son apprentissage des tables de multiplication, tout aussi utiles dans sa futur carrière d’expert comptable que l’étude toute aussi indispensable des Tables de la loi, dont pourtant le onzième commandement, je le tiens de source sûre, aurait dû être, si Moïse n’avait pas eu, au moment précis de les recevoir, une envie pressante et oppressante au niveau de sa fragile vessie, du sport, toute la journée, tu feras  !

 

Laurent Sagalovitsch

 

Nouvelle extraite de L’Abécédaire incomplet de l’humour juif (éditions Folies d’encre), publiée avec l’aimable autorisation de son auteur et de l’éditeur.

 

Laurent Sagalovitsch est écrivain. Il vit à Vancouver et aime le foot. Surtout le Saint-Etienne de sa jeunesse. Dernier roman paru: «Un juif en cavale» (éditions Actes Sud).

 

Le blog de Laurent Sagalovitsch

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