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Petit manuel de survie à Yom Kippour

 

Après deux jours d’empiffrage en règle et à J-2 du jeûne, je ressens cette étrange douleur. Elle est lancinante, sourde. Après l’effet Kiss Cool, voici l’effet Kippour. T’as l’angoisse avant, pendant et juste après tu te dis « c’est reparti dans un an ». Forcée pour cette journée de cohabiter avec ma mère et mes belles-sœurs (qui se détestent autant qu’elles se ressemblent),  je suis – rends-toi compte – obligée de demander l’asile politique à la synagogue, un geste aussi naturel que si Paris Hilton décidait d’aller s’installer en Arabie Saoudite. Bref, cette journée est pour moi un cauchemar. Pour y survivre, j’ai édicté 4 règles qui pourront  – peut-être –  te servir.

 

 

Sur l’argent, tu ne lésineras pas. Oui, moi aussi, quand j’ai découvert les tarifs de la place de kippour, j’ai eu envie de dire au préposé aux inscriptions : « Ah non y a méprise, là vous m’avez donné la grille des prix pour le prochain concert de Céline Dion à Vegas. Moi je veux juste une place à Kippour ». En remplissant le chèque, tu as le droit de pester « 150€ minimum, mais putain c’est plus une rangée de chaises devant la téba c’est  le 1er rang des défilés. A ce prix j’espère que je serai à coté de Kim Kardashian et Kanye West ». Alors oui, tu peux très bien arriver à 18h et décider de t’installer sur la chaise vide où est collée l’étiquette « M. Abitbol ». Faudra juste trouver une réponse adéquate quand Dolores Abitbol, 68 ans, viendra revendiquer son bien en t’intimant l’ordre de rester assise, « Non, non, restez là, je vais appeler mon fils, c’est lui qui gère les réservations des places ».

 

 

Sous le talith, avec ton frère tu ne t’engueuleras pas. Ayé, vous avez réussi à vous faufiler du côté des hommes pour la birkat des Cohanim, (tu sais le moment où tes frères et ton père ouvrent leurs châles de prières pour couvrir les têtes de toute la fratrie), la plupart du temps sous les huées des femmes très pratiquantes qui t’expliquent que « la méhista – séparation entre les hommes et les femmes –  ce n’est pas fait pour les chiens ». Première règle, tu ne réponds pas aux regards acrimonieux de celles qui te rappellent qu’à la synagogue, tu es comme Kate Moss dans un magasin Kiabi. Une touriste complètement paumée. Deuxième règle, quand ton frère s’engueule avec sa femme Betty qui le dépasse d’une tête avec ses escarpins Louboutin vernis, tu évites de renchérir « mais je croyais qu’on n’avait pas le droit de mettre des chaussures en cuir ? ». Pour finir, quand ton neveu Ruben se vante pour la 267è fois de la journée d’avoir jeûné jusqu’à 14h, retiens-toi de lui faire remarquer qu’à 15 ans et demi, il serait temps qu’il s’y mette vraiment.

 

 

Tes neveux et nièces tu ignoreras. Oui, les (sales) gosses qui passent et repassent dans l’allée suscitant des « oh » d’exaspération, qui parlent super fort avec des phrases complètement anachroniques du genre « maman, Salomé veut pas filer la DS ! », qui n’arrêtent pas de demander dans combien d’heures ça finit, sont bien de TA famille. Mais bon, ça, tu n’es absolument pas obligée de le faire savoir. Une seule solution, plonger le nez dans un livre de prières dont tu ne comprends pas un traître mot, et détourner la tête quand tu les vois débarquer la bouche pleine de Bambas fourrés au chocolat. Si vraiment ils insistent pour créer le contact, coince-les dans les toilettes et menace-les : « le premier qui m’appelle  ‘Tata’, je le défonce avec les Louboutin vernis de sa mère, mais je ne vise personne en particulier. Si vous ne voulez pas que je répète à Mamie que cet été vous avez bouffé des brochettes de gambas le jour de Ticha Beav, tenez-vous à carreaux ! »

 

 

Pour casser, la maison tu attendras. Bon on ne va pas se mentir, 25 heures sans grailler, ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable, mais ce n’est pas non plus le bout du monde. Et pourtant on a beau se le dire, chaque année, dès la fin de la Néhila, c’est toujours la même histoire. Tout le monde sort les gâteaux, les bouteilles de sirop d’orgeat ou de citronnade préparées la veille. On se jette sur la bouffe comme un immigrant tunisien qui débarque sur l’île de Lampedusa. Résultat, quand tu débarques chez ta mère, où se mêle l’odeur du café chaud et des borègues à la viande, t’as juste envie de gerber et de rentrer chez toi. Blanc comme un linge, titubant jusqu’à l’armoire à pharmacie pour trouver du doliprane, tu as à peine le temps d’entendre ta mère dire « Mais tu t’es encore bourrée de gâteaux, c’est toujours la même histoire… » avant de perdre connaissance en te jurant « C’est décidé, l’année prochaine, Kippour j’arrête ».

The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

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 Article publié le 27 septembre 2012. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
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