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Portraits d’Israéliens : la belle-mère

Belle mère israélienne Jewpop

 

Si je prends le risque d’écrire ces mots, c’est parce que j’estime nécessaire d’avertir mes chères sœurs et amies de ce qui pourrait leur arriver si jamais elles commençaient à fréquenter un bel israélien sans penser au lendemain. Et si elles continuent après ça, qu’elles ne disent pas qu’on ne les avait pas prévenues, non mais ! Je voudrais vous faire part d’un personnage délicieux, celui de la belle-mère israélienne. Avant toutes choses, il faut que je précise que plus que jamais, toute ressemblance avec une personne réelle ne serait que la preuve de ma maîtrise de l’art de la fiction, je ne tiens pas à me faire excommunier à coup de torchons par une belle-mère en colère.

 

Belle-mère

 

La belle-mère israélienne est dotée de pouvoirs magiques. Elle a la capacité surnaturelle de te faire sentir sa présence, même quand elle n’est pas là. Tu as rencontré son fils depuis même pas deux semaines, que tu es déjà invitée à un repas de shabbat, et après deux refus (de trop) tu sens bien qu’elle commence à s’impatienter et qu’elle souffre de ne pas pouvoir mettre un visage sur la cause de son malheur. Tu le sens, c’est dans l’air… et aussi dans le Whatsapp de son fils – et nous avons sélectionné un extrait représentatif, que nous présentons ici comme preuve de ce que nous avançons : le jeudi à 13h05 « dis alors, elle vient quand ? » 13h06 « nou, alors ? » 13h07 « qu’est-ce que je t’ai fait mon fils pour que tu répondes pas ? » 13h08 « tu veux pas nous présenter, tu as honte de moi, c’est ça ? ».

 

Son malheur, rappelons-le, est que depuis qu’il t’a rencontrée, son fils a moins souvent l’occasion de passer par la maison récupérer des tours de Tupperware de poivrons farcis, boulettes de viande, poissons en sauces, et autres mets faits avec tout l’amour d’une mère et, trahison suprême, il a déjà raté un repas de shabbat à la maison, ce qui cause de l’angoisse à sa moman, qui l’imagine déjà revenir en pleine crise d’hypoglycémie, voire souffrant de malnutrition.

 

Belle mère israélienne Jewpop

 

Les belles-mères israéliennes vont accueillir leur kala (belles-filles) à bras ouverts : elles ouvrent leurs bras bien grand pour prendre de l’élan et pour pouvoir mieux les refermer sur elles et les étouffer. Elles développeront des tactiques avancées pour devenir leur meilleure amie, afin de contrôler ce qui se passe chez elles et vérifier que leur fiston est bien traité. Elles commenceront par confier les histoires rigolotes et un peu trop personnelles de leurs fils, partageront les photos d’eux quand ils sont nés, à leur bar mitzva, le jour de leur entrée à l’armée mais aussi, et apparemment tout aussi important, des photos de leur fils au mariage de la cousine Rivkah, au re-mariage de l’oncle Itzik, à la brit du petit cousin Yoni, à la fête de remise des diplômes du cousin du troisième degré, à la mimouna de la voisine Rosa en 1993, etc, et c’est là qu’on se rend compte du sale quart d’heure qu’on pourra faire passer à sa propre belle-fille, si l’envie nous prend, en lui montrant non plus les dizaines mais les milliers de photos que l’on fera surement de nos propres enfants, numérique oblige.

 

On s’habitue rapidement à entendre les commentaires de la belle-mère israélienne en regardant les photos : « Mon fils aurait pu se marier avec Gal Gadot », « Regarde-moi ça déjà comme il était beau à cet âge-là », « t’en connais beaucoup toi des comme ça ?, « tu vois mon fils-là, c’est moi qui l’ai fait », commentaires avec lesquels la belle-fille se devra d’exprimer son accord total, on est pas en démocratie ici, en opinant du chef et souriant béatement.

 

Belle-mère Jewpop

 

En te montrant ses photos, rite de passage dans la tribu, elle te fait subtilement passer un message important : ses commandements deviendront aussi sacrés que les 10 autres, reçus à l’occasion d’une excursion dans le Sinaï, et qui tout à coup te paraissent moins difficiles à suivre, comme un genre d’entraînement destiné à te préparer à ce qui suit : 

 

I – Je suis l’éternelle, ta belle-mère, qui a fait sortir ton mari de son sein

II – Tu n’auras pas d’autre famille que moi, tu nous adoreras nous, et participera à tous nos événements familiaux sans invoquer d’excuse bidon, car je suis une belle-mère jalouse

III – Souviens-toi du jour du shabbat : Pendant six jours tu travailleras et le septième jour, tu viendras chez nous

IV – Honore ton beau-père et ta belle-mère

V – Tu ne commettras pas l’impair de ne pas finir ton assiette

VI – De la tehina dans tous les plats, tu mangeras

VII – À chaque événement familial, toute la famille jusqu’au 12eme degré tu inviteras

 

Et d’autres menaces du genre, qui te calmeraient tout de suite le plus agité des zigomars. Et si tu pensais avoir la liberté de faire d’autres plans à shabbat, par exemple, ou que tu n’aimes pas la tehina dans tous les plats, ou encore que tu considères que c’est pas la peine d’inviter toute la troupe à la maison pour un oui pour un non, c’est ton problème, et tu peux garder ton opinion décadente pour toi.

 

Table shabbat Jewpop

Un dîner en petit comité chez ta belle-mère israélienne

 

En outre, s’il y a une caractéristique commune à toutes les belles-mères israéliennes, c’est bien leur houtspa (culot en hébreu). Rien ne les arrête, et à en croire des témoignages rassemblés pour l’occasion, la belle-mère sera capable entre autres d’inscrire le cycle menstruel de leur belle-fille dans leur application iPhone, de leur dire bonjour en leur touchant le ventre et en faisant une prière dessus, ou même de prendre un billet d’avion pour rejoindre leur fils pendant sa lune de miel, et j’en passe et des meilleures.

 

S’il se trouve que vous vous mariez avec le fils de la susdite, observez bien la photo de la houpa (dais traditionnellement utilisé lors de la cérémonie juive du mariage). Généralement, la belle-mère a une expression inimitable, une sorte de rictus, on n’arrive pas à savoir si elle pleure de joie ou sourit pour masquer son désespoir, ou les deux. La photo peut servir d’attraction pour les fins de soirées, les invités regardent avec intérêt et curiosité son visage imperturbable, qui vous fixe comme la Joconde. Le mariage, d’ailleurs, est une étape difficile à passer pour les belles-mères, qui doivent accepter que leur poussin aille manger des poivrons farcis ailleurs de manière définitive. Un des témoins rassemblés pour cette étude, qui préfère rester anonyme, m’a rapporté que depuis le mariage, sa relation avec sa belle-mère s’est un peu tendue et celle-ci essaye de l’atteindre émotionnellement. La preuve, au repas de shabbat dernier, notre témoin avait dit lors d’une discussion édifiante sur les goûts et les couleurs, que le seul aliment qu’elle ne pouvait vraiment pas manger était le chou de Bruxelles. Sa belle-mère a pris note, parce que devinez ce qu’on lui a servi cette semaine au dîner ?

 

Gabrielle Danieli

 

Lire les chroniques de Gabrielle Danieli sur Jewpop
© illustrations : Rachel Lbw Bch / DR

Le compte Instagram de Rachel Lbw Bch

© photos : DR
Article publié le 25 juin 2018. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2018 Jewpop

 

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