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The Dictator

 

 

J’attendais la « projo » presse du Dictator comme on attend l’été, mais la première, en mai, fut ratée : aucun sous-titre. Contrairement aux journalistes de la salle qui faisaient semblant de rire pour faire avec leur voisin une battle de bilinguisme, des dialogues, je ne pipai mot. Alors fut organisée pour les humbles une séance de rattrapage en v.o. sous-titrée. 

 

Quand il s’agit de Sacha Baron Cohen, je suis comme la groupie du pianiste :  tout ce qu’il crée me plaît, tout ce qu’il dit enchante ma vie et tout ce qu’il est, je le suis (en moins poilue). Mais en sortant de la projection, je disais à mon amie : «J’ose pas écrire grand-chose sur ce mec, parce qu’il a un public d’intellos-plein de références-hipster-mégacool-qui lisent Critickart.»

Elle me répondit : «Mais tu t’en fous» et je lui re-répondis : «T’as raison, et puis je ne veux pas être bilingue, barbue, en scooter, avec un sac à dos, aimer Tomboy, Sofia Coppola et manger du Quinoa». Alors me revoilà.

 

Après Ali G (de Mark Mylod, 2002), caricature hilarante du milieu du rap, Sacha Baron Cohen a exporté son génie dans le monde entier grâce à Borat (de Larry Charles, 2006) qui lui a fait remporter en 2007 le Golden Globe du meilleur acteur. Puis il est devenu très connu, tout le monde l’a imité dont Michaël Youn qui aurait mieux fait de foutre sa cagoule.

En 2009, il était Brüno l’homo (toujours écrit par lui-même et réalisé par Larry Charles) et Brüno n’a pas beaucoup plu ; les critiques reprochaient à ce film d’être écrit, contrairement à Borat, complètement improvisé. Et d’être trop tout. Mais moi j’ai justement aimé aussi Brüno, qui ose tout.

J’en ai fini de la partie chiante, celle de ta prof d’Histoire qui te bassine avec le Moyen Âge quand t’es dans un musée, alors que t’es en plein chat MSN Messenger depuis ton iPhone.

 

L’Amiral Général Aladeen (Sacha Baron Cohen) dirige Wadiya, riche république pétrolière d’Afrique du Nord. Malheureusement pour lui, les pays occidentaux commencent à s’intéresser de près à cette république :  Aladeen accepte alors de se rendre aux Etats-Unis pour répondre aux questions de l’ONU. Ainsi le dictateur, accompagné de son oncle Tamir et de ses plus proches conseillers, débarque à New York, berceau de la liberté…      

                         

Le génie de Sacha Baron Cohen, c’est de rendre un dictateur raciste, pédophile, antisémite, machiste, inculte, compulsif, hyper sympathique. Comment ? En lui faisant assumer ses valeurs et son système. J’ai toujours appliqué cette même règle et j’ai beau être parfois une odieuse caricature de moi-m’aime, les gens m’aiment car j’assume ce personnage. Avouez qu’il faut assumer une phrase pareille.

 

Vous raconter tout ce qui m’a fait rire dans ce film me prendrait la soirée et me rendrait chiante comme une journaliste d’Excessif. Sachez donc juste que le Dictator est plus drôle que Brüno, bien en dessous de Borat (c’est un vrai film, parfois démagogue et non un exercice de style des plus satyriques) et du niveau d’Ali G.

Sexy, beau, drôle, et homme de ma vie, Sacha Baron Cohen n’a pas oublié de l’être. Mais qu’importe ce classement, voici des éléments :

 

Aladeen est nommé « Leader Suprême » à l’âge de six ans, si bien qu’il a tous les pouvoirs comme celui de remplacer quelques mots comme «positif» ou «négatif» par «Aladeen». Quand on annonce à un mec qu’il est séronégatif, le médecin lui annonce : «Vous êtes Aladeen moins».

 

– Aladeen fait assassiner un mec juste parce que la forme de l’arme nucléaire qu’il a conçue est arrondie, qu’on dirait un grand sex toy.

 

– Quand Aladeen fait la connaissance de son garde du corps à New York, ce dernier lui dit : «Je n’aime pas les arabes. Les juifs, les noirs, les lesbiennes : tout ce qui n’appartient pas aux Etats-Unis, c’est des arabes. ». De l’Amérique, symbole de la liberté.

 

– Aladeen travaille dans une boutique bio et gifle une femme parce qu’elle lui dit : «Vous êtes gentil».

 

– Aladeen tombe amoureux de Zoey, petit garçon à poitrine et à touffe sous les bras, parce que comme lui, elle est dictatrice en son milieu : contre l’injustice (au contraire d’Aladden qui est contre la justice) et que quand elle parle, tout comme lui, elle lève l’index.

 

– Le premier baiser entre Aladeen et la petite bobo a lieu quand tous deux ont chacun une main dans le vagin d’une femme, qu’ils sont en train d’accoucher. J’avais déjà compris cette scène lors de la première projection sans sous-titre. Du grand burlesque, l’humour touffe dont je raffole.

 

– A l’ONU, il y a un chinois «homosexuel pour le pouvoir» qui suce des célébrités dans les toilettes pour 20 000 dollars, dont Edouard Norton en personne.

 

– La bobo refusant les avances d’Aladeen, elle lui apprend à se masturber et c’est pour lui une révélation : «Dieu a inventé le vagin et l’homme y rêve la nuit. Maintenant que ma main a inventé un vagin, c’est pour toute la vie».

 

L’humour de Sacha Baron Cohen, c’est l’humour des Nuls sous ecsta (absurde), de Desproges qui aurait été sympa, de Ionesco s’il avait fait des one man show, des Marx Brothers : extraverti et totalement éclaté. Et de Moi-Je. Avec mes élèves, l’autre jour : l’un d’entre-eux marchait sur un papier et je lui disais que c’était mal.

Lui : Pas grave, c’est du papier.

Moi : Non Maxime, c’est pas du papier, c’est ton père.

 

En gros le genre d’humour que peu comprennent, l’humour toujours au bord de la mort : le cynisme. C’est  pour  ça que je disais à mon amie que Sacha Baron Cohen plaisait aux hypes-intellos ; ces derniers ayant toujours fait semblant de tout comprendre.

 

Je n’ai pas envie de vous raconter mal un film si bien écrit et si drôle car raconter la blague d’un autre, ça fait ingénieur en mal d’intégration dans un dîner en ville et qu’il y a d’autres critiques pour vous gâcher le plaisir.

 

Mais personne ne sera déçu par ce film : il y a de la touffe, de la pouffe, un pénis, des dictateurs, des bobos, un chinois, de l’arabe, du yiddish, de la branlette, du léchage de poils, de l’amour, une main dans l’anus, un chinois : il y a tout.

 

Et tout le monde en prend pour son grade : les arabes, les féministes, les lesbiennes, les roumains, les noirs, les bobos, les américains, Megan Fox et les juifs pas trop.

 

Quant à la bande originale, composée par Erran Baron Cohen, frère de Sacha, elle doit beaucoup à la coolitude du film : des grands classiques du rap (comme l’étonnante adaptation de Smoke Weed Everyday de Snoop Dog feat. Dr Dre) et du rock (comme « Everybody hurts » de REM) réécrits en arabe. Sublime.

 

Sortie le 20 juin au cinéma. Qui y retourne avec moi?

 

Mélanie Klein

 

Retrouvez les chroniques de Mélanie Klein sur son blog Mon Cinéma

 

Découvrez un extrait de la bo de The Dictator : « Aladeen Motherfuckers »

 

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