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« Zakhor », un film sur la transmission de la mémoire juive

Photo représentant un visage de femme juive disparue pendant la Shoah extraite du film Zakhor Jewpop en noir et blanc

Cinéaste, écrivain et juriste en droit international des Droits de l’Homme, Fabienne Rousso-Lenoir a notamment travaillé sur les crimes contre l’humanité. Avec Zakhor, documentaire réalisé en 1995, elle a pour la première fois représenté les victimes de la Shoah dans la plénitude de leur « visage d’homme », selon l’expression du poète Benjamin Fondane. Fixant des instants de vie quotidienne, des moments de tendresse familiale avant la destruction, son brillant montage de photos d’avant-guerre, illustré musicalement par des chansons de Talila, est avant tout dédié aux jeunes générations. Elles trouveront dans ces images une « réintégration » des disparus, en tant que « vivants dans l’Histoire des hommes ».

 

Photo représentant la jacquette du film Zakhor Jewpop

“Que signifient six millions de morts si l’on ne voit pas un seul et unique individu avec son visage, son corps, son âge et son histoire personnelle ?”  (Danilo Kis)

 

Ce film est né d’une question: comment transmettre autre chose des victimes que l’image laissée d’elles par leurs bourreaux ?

Ce n’est ni un film sur le nazisme, ni un film sur la Shoah, mais sur la transmission de la mémoire juive. Le travail de mémoire est double. L’une de ses facettes concerne le crime, les bourreaux, la dénonciation des faits, leur mise au point, le travail historique de vérité sur ce qu’a été l’entreprise nazie de destruction des juifs.

Les images des ghettos, des camps, des cadavres ou des visages derrière les barbelés parlent exclusivement du bourreau. Dans la transmission publique, la marque nazie grève et entache la mémoire juive.

Ce film tend à détacher, dans les deux sens du terme, la mémoire des bourreaux de celle des victimes, à dissocier la mémoire du crime, mémoire de la souffrance qu’il a engendré, et le souvenir des hommes, des femmes et des enfants qui en furent les victimes mais dont la vie ne se résout pas à leur extermination.

Ce n’est pas l’image d’un homme avili, humilié, ni celle d’un cadavre que mes grands-parents auraient voulu que je garde d’eux et que je transmette à mes propres enfants. Ces cadavres ne me disent rien sur ce qu’ils furent, sur leur humanité; ils me parlent seulement de leur souffrance et de l’inhumanité des bourreaux. Nos millions de mort ne furent pas seulement des victimes, ils furent des êtres vivants, avant et indépendamment du nazisme. Chaque victime a une âme, un cœur, un sourire et une histoire. Zakhor est un film d’amour.

Réalisé en 1995, Zakhor est, à ma connaissance, le premier film français réalisé dans cette optique.

 

Fabienne Rousso-Lenoir

 

Fabienne Rousso-Lenoir est également la réalisatrice des films « Du Shtetl à Broadway » et « Cabaret-Berlin, la scène sauvage ».

 

Zakhor a été récompensé par de nombreux prix dans plusieurs festivals, parmi lesquels le Chicago International Film Festival, le Black Maria Film Festival et a reçu le « Prix de la mémoire » 2006 décerné par l’Association « Zakhor pour la mémoire ».

 

Voir le film Zakhor sur Vimeo

 

© photos : DR

Article publié le 4 février 2019, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2019 Jewpop

 

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