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La alyah moi jamais !

 

 

 

Vendredi 17h, l’alarme de ma boîte mail retentit, me sortant du demi-sommeil où je me demandais  de quoi j’allais bien pouvoir vous parler dans ma rubrique de mardi. Coincé entre un mail de soldes Ann Tuil (putain cette paire de boots ! A ranger dans les dossiers prioritaires) et la Paracha de la semaine (putain de mailing du Consistoire ! A foutre direct dans la corbeille), un mail de David.

« Salut ma louloute (vestige de notre relation amoureuse décédée en 2000 et ranimée régulièrement le temps d’un été  depuis nos divorces respectifs), sorti du taf, suis à la Playa, fait 26 degrés. Qui dit mieux ? Allez putain, viens faire ton alyah » accompagné bien sûr de la fameuse photo que tu fais allongé face à la mer. Vous avez remarqué à quel point les nouveaux immigrants sont prosélytes comme des témoins de Jéhova qui auraient arrêté de fumer ? Un autre jour, j’aurais laissé pisser, mais là, je ne sais pas pourquoi, j’ai répondu :

« Salut mon loulou,

Contente que tu te la coules douce alors que moi je me tâte pour savoir du haut de ma tour à la Défense si je vais rentrer en RER ou en métro. La plage, c’est une bonne activité de fin de journée surtout pour toi qui a sacrifié 25% de ton salaire pour rejoindre la Terre sainte, les loisirs ça doit être limité. Prends-pas ton air offusqué, le plus dur arrive, j’espère que ton maillot parachute Oxbow acheté à Eilat est bien accroché. JE NE FERAIS PAS MON ALYAH. Tiens-le toi pour dit.

Attends, te méprends pas, j’aime beaucoup Israël. C’est juste que je me vois pas y vivre. Tu te souviens ma copine Yaëlle ? Tu te l’es tapée 3 ans en sous-marin, tu l’as jamais présentée à ta mère. Ben Israël, c’est pareil. Si Israël était un mec, je l’inviterais au resto et je lui dirais : « Non mais sérieux, je te trouve top, t’es super, t’es beau, tu sens bon le sable chaud, mais ça colle pas. Non ça n’a rien à voir avec le fait que tu ne sois pas super aimable et avouons que quand tu t’énerves, tu ne fais pas semblant. Mais attends, je sais que tu es dans ton bon droit.  Non je te jure, vaut mieux qu’on en reste là. Je ne vais pas te rendre heureux. C’est vrai que quand je suis avec toi, je me sens protégée, mais tu me coûtes une blinde. Mais si tu veux on peut se revoir de temps en temps. On s’appelle cet été, ouais c’est bien ».

David, c’est pas parce que t’es passé des lignes de coke dans les toilettes de Castel aux lignes de aleph, beth, guimel à l’Oulpan, que tout le monde doit faire pareil. Sinon, t’achèterais tes costumes chez Célio et à ce que je sache, c’est loin d’être le cas. Et puis la mode, parlons-en. Qui c’est qui revient deux fois par an juste pour les soldes à Paris ? Le jour où tu t’habilleras en total look Castro, tu pourras me donner des leçons. Et puis moi, je m’en fous de bouffer des shwarma et me balader en tongs toute l’année.

Et puis si je pars vivre là- bas, j’aurais plus le bonheur de vivre des moments comme lundi dernier. 21h, je suis à la maison en train de finir ma loose à coup de Papy Brossard. Le téléphone sonne.

A l’autre bout du fil, avec un ton hyper sérieux, une fille me dit : « Allo, Madame…, Erev Tov, je vous appelle de Bnei Brak en Israël. Notre association récolte des fonds pour les familles nécéssiteuses.

Moi : Bien.
Elle : Vous êtes pas de la famille de…
Moi : Si, c’est mon grand frère
Elle : Ah mais j’ai passé toute ma jeunesse avec lui. Il était darka ton frère. Ce que j’ai pu me marrer avec ton frère.
Moi : ouais marrer, c’est ça. J’imagine.
Elle : Sabrina Elfassi. Tu te souviens de moi ? Qu’est-ce qu’il devient ?
Moi : Marié 4 enfants. Il bosse dans… (merde mais dans quoi bosse mon frère)… Euh, l’informatique.
Elle : Baroukh Hachem. Moi j’ai fait Téchouva. Je suis partie en Israël. J’ai rencontré mon mazal. On a 6 enfants Baroukh Hachem, bientôt 7 si D. veut. Je travaille pour l’association. Alors tu peux donner combien ? Parce que si c’est plus de 1 000 €, tu vas recevoir une magnifique lithographie de Baba Salé avec une Beraha dessus qui va donner la Parnassa à ton mari.
Moi : Je suis divorcée. Pourquoi la Beraha pour la parnassa, ça ne marche pas pour les filles ?
Elle : Dans ce cas je t’envoie la bouteille d’eau bénite. Tu bois une gorgée, tu fais le vœu de fonder un nouveau foyer juif et Bezrath Hachem ça va aller.
Moi : … Et on a un reçu Cerfa ?
Elle : (reprenant son ton hyper sérieux) : Non. On ne peut pas. Mais tu sais c’est la tsédaka. C’est une obligation. Tu fais comme tu veux c’est entre toi et D., moi la vérité je t’aide à faire une mistva. Je te rappelle demain Kol Touv.

Alors voilà mon loulou. Pour la dernière fois, arrête de m’envoyer ces mails sinon je balance à ta vieille maman que si tu es parti vivre à Tel-Aviv, c’est parce que tu es gay. Et compte sur moi pour lui expliquer que ça ne signifie pas que tu es joyeux.

Bon sinon, trêve de plaisanterie, la meuf de Bnéi Brak que mon frère a dépucelée à Deauville avec en musique d’ambiance « Bella Vita » de David et Jonathan, je lui ai filé ton portable israélien. Je lui ai dit que t’avais fait ton alyah après avoir reçu ton ISF.

Je t’embrasse fort. »

The SefWoman

Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

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