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Avec son nouveau seul-en-scène « Y’a de la joie ! », Michaël Hirsch m’a fait pleurer de rire.

5 minutes de lecture

Michaël Hirsch est un Oyvni, un comédien humoriste, un humeuriste chez qui l’identité juive n’est ni un gimmick ni un prétexte, mais un logiciel interne. Ça tourne en arrière-plan. Ça structure la pensée. Et ça produit, sur scène, un humour à la fois cérébral, délicieusement excessif et comique, profondément ashkénaze et unique. « Y’a de la joie ! », son nouveau seul-en-scène, est une pure merveille.

« Y’a de la joie ! » se nourrit de la quête du comédien pour le bonheur, l’auteur du spectacle se considérant – a priori – peu doué pour en profiter, origine juive allemande oblige.

Michaël Hirsch pense et lit beaucoup. Cioran est là, convoqué pour rappeler que le pessimisme peut être une forme d’élégance intellectuelle – et que désespérer avec style reste une compétence rare. À l’autre bout du spectre, Flaubert (dont on apprend qu’il est le créateur de l’expression « joie de vivre », labellisée internationalement ! ), surgit comme modèle obsessionnel : la quête du mot juste, de la phrase parfaite, l’idéal inaccessible.

Entre les deux, Hirsch se débat, oscillant entre la tentation du renoncement lucide et celle de l’exigence absolue, toujours avec joie, tel un Moïse contemporain mâtiné de Jacob (rapport aux échelles habilement imaginées comme décor par son malicieux metteur en scène, Mikaël Chirinian). Vous allez penser assister, après ces quelques lignes et références littéraires et bibliques, à une master class soporifique, je ne donnerai pas de noms…

Détrompez-vous, le public du Théâtre de L’Oeuvre se bidonne durant 1h15 !

Le spectacle touche juste, tant dans son humour juif contemporain, débarrassé de tout folklore mais chargé d’héritage, que dans son universalité. Il y est question de culpabilité (évidemment), d’angoisse (naturellement), de joie (vraiment ?), et de cette foutue injonction au bonheur que l’on veut absolument nous imposer. Hirsch observe cette mécanique avec une ironie tendre : comment être heureux quand on a grandi avec l’idée que le bonheur est, au mieux, transitoire ? Et surtout, quand la bande son de la route des vacances avec les parents était Léonard Cohen #Tranxène #Suicide.

Et quand Michaël Hirsch imite Fabrice Luchini en psy rêvé, ce n’est pas qu’un exercice de virtuosité.C’est une déclaration d’amour au texte, à la langue française comme terrain de jeu et de combat. Le débit s’emballe, la pensée digresse, la littérature devient physique. Même chose lorsqu’il s’empare du personnage d’ Édouard Baer, figure tutélaire du dilettantisme cultivé, de l’improvisation maîtrisée et du chaos dandy. Hirsch ne caricature pas : il dialogue, comme avec des grands frères que l’on admire autant qu’on les soupçonne de ne jamais avoir vraiment grandi.

La paternité du comédien vient ajouter une couche supplémentaire à ce joyeux millefeuille.

Devenir père, c’est soudain se demander ce qu’on transmet vraiment : des valeurs ? une culture ? une bibliothèque mentale déjà trop lourde ? Michaël Hirsch parle de cet héritage avec lucidité et une infinie tendresse. Être père, c’est vouloir protéger un enfant du monde tout en continuant à citer Cioran dans sa tête (« Ne nous suicidons pas tout de suite, il y a encore quelqu’un à décevoir »). Autrement dit : un paradoxe parfaitement assumé. Surtout quand l’enfant se prénomme Joy. Oy va voy !

Son magnifique seul-en-scène ressemble à une bonne discussion après un dîner trop long : on a ri, on a pensé, on s’est contredit, et on repart avec plus de questions que de réponses. C’est précisément ça, la joie.

Alain Granat

Y’a de la joie de Michaël Hirsch

Théâtre de L’Oeuvre

Tous les mardis à 21h jusqu’au 31 mars 2026

55 rue de clichy
75009 PARIS

Réservations : 01 44 53 88 88 ou https://billetterie.seetickets.fr/michael-hirsch-y-a-de-la-joie-theatre-contemporain-css5-theatredeloeuvre-pg51-ei1069553.html

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