Léna Situations : quand l’amitié passe en partenariat non renouvelé

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Il y a des amitiés qui résistent à tout : aux vacances en bande, aux soirées jusqu’à 4 du mat’, aux photos compromettantes, aux ruptures amoureuses et même aux emprunts d’argent jamais remboursés.

Et puis il y a l’amitié 2026.

Une amitié qui doit respecter la charte éditoriale, les valeurs de la communauté et, surtout, ne pas faire baisser l’engagement.

Bienvenue dans le monde merveilleux de Léna Situations, où même ses « vlogs d’août » ont fini par prendre des airs de conseil d’administration chez Grasset.

Tout allait pourtant très bien jusqu’ici.

L’Île de Ré. Le soleil. Les copains. Les rires. Les glaces. Et Gisèle Journo, l’amie de quinze ans. Bref, une relation entre copines suffisamment solide pour survivre à tout.

Sauf à Rima Hassan.

Pour ceux qui auraient passé le mois d’août à faire quelque chose d’aussi nul et has-been que lire des livres : Gisèle Journo, cofondatrice de l’agence Gisèle Paris, qui gère les carrières de nombreux influenceurs et amie de longue date de Léna Situations, s’est retrouvée au cœur d’une polémique fleurant bon l’antisémitisme et le cyber-harcèlement.

Le 13 août, Rima Hassan publie un message, visant Gisèle Journo en lui reprochant d’avoir relayé deux contenus glorifiant l’armée israélienne (dont l’un dédié à l’un de ses amis mort au combat sous l’uniforme de Tsahal) et appelant au boycott de son agence.

Et là, chez Léna, quelque chose se passe.

Un like.

Le Like.

Pas un communiqué. Pas une tribune. Pas même un vocal de trois minutes commençant par « Coucou ma Gisèle, je suis désolée mais là, on a une situation… »

Non.

Un petit cœur.

Puis, c’est magique, progressivement, Gisèle disparaît.

Des photos.

Des vidéos.

Des souvenirs.

À l’insu de son plein gré, Léna, princesse des réseaux, a découvert grâce à Rima Hassan que sa BBF était génocidaire, 3 années après le 7 octobre.

Le petit monde des influenceurs, a priori peu porté sur la dialectique stalinienne, a visiblement parfaitement intégré l’effacement des « sociaux-traîtres ».

Car il faut bien comprendre que Léna Situations n’est pas seulement une jeune femme qui filme ses vacances.

Léna Situations est un business florissant.

Avec plus de 5 millions d’abonnés sur Instagram, les marques accourent. Un spectacle à l’Accor Arena empli en une heure, sa captation revendue à France 2 pour un montant de 1, 4 millions d’euros… À ce stade, on n’est plus dans le « Coucou les amis, aujourd’hui je vous emmène avec moi ».

On est dans :

« Bonjour, bienvenue dans le groupe Léna Situations. Pour toute demande concernant votre ancienne amie, merci de taper 3. »

Il faut dire que remplir Bercy en une heure, c’est quand même impressionnant.

Chez les Juifs, on connaît bien ce phénomène : il suffit d’annoncer un tchoulent ou une daf après l’office de Shabbat du samedi matin.

Mais là, même pas besoin de buffet.

Et puis il y a le spectacle.

Un spectacle d’influenceuse, filmé puis vendu à France 2.

Avant, pour passer à la télévision, il fallait savoir (éventuellement) chanter, danser, jouer la comédie ou au moins être ministre.

Aujourd’hui, il suffit apparemment d’avoir une communauté suffisamment importante pour que Delphine Ernotte valide :

« Vous savez quoi ? On achète ! »

C’est finalement la logique ultime de l’influence :

tu commences par filmer ton petit-déjeuner et tu finis par monétiser ton amitié.

Et c’est peut-être là que cette histoire devient délicieusement 2026.

Parce que Léna ne peut plus seulement être Léna.

Elle est une marque.

Une audience.

Un spectacle.

Une entreprise.

Un produit culturel.

Alors forcément, quand une amie devient soudainement un problème de réputation, la question n’est plus seulement :

« Est-ce que je suis toujours son amie ? »

C’est aussi :

« Est-ce que cette amitié est compatible avec mon business model ? »

Nous voilà donc arrivés à une nouvelle forme de rupture.

Avant :

« Je ne veux plus te voir. »

Aujourd’hui :

« Je ne veux plus que tu apparaisses dans mon contenu. »

Le judaïsme avait inventé la mémoire collective.

Léna et ses amis viennent d’inventer son contraire : l’amnésie sélective en story.

Le judaïsme a créé le concept de bal tash’hit, ne pas gaspiller.

Léna et ses amis ont inventé l’inverse :

ne rien conserver qui puisse devenir compromettant.

Même pas une photo de vacances.

Surtout pas une photo de vacances.

Et quelque part, en France, une mère juive regarde tout ça et soupire :

« Je vous l’avais dit. Les réseaux sociaux, c’est pas bon pour nous. »

Puis elle demande :

« Mais Bercy, c’était combien déjà, les places ? »

Parce qu’il y a des choses qui ne changent jamais.

Alain Granat

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