ll faut reconnaître un talent indéniable à Allan Brunon, conseiller municipal LFI de Grenoble et crétin emblématique du parti : transformer une DJ en symbole de l’antisémitisme passionné du mouvement mélenchoniste.
Barbara Butch ? Jusqu’à récemment, c’était l’icône parfaite. DJ. Féministe. Lesbienne. Queer. Grosse. Antiraciste. Vilipendée par l’extrême droite depuis sa performance remarquée à la cérémonie des JO. Une femme qui cochait tellement de cases qu’elle aurait pu servir de notice explicative à un séminaire sur l’intersectionnalité.
Puis elle a découvert une règle que personne ne lui avait expliquée. Dans certains milieux militants, on peut être toutes les minorités du monde. Sauf la mauvaise.
On connaissait les fatwas. On découvre désormais les playlists sous surveillance. Barbara Butch devait mixer à Grenoble. Finalement, c’est Allan Brunon qui a fait le DJ. Un track de mobilisation, une boucle de communiqués, un remix de slogans, et le concert s’arrête avant la fin. Performance réussie.
Barbara Butch, pourtant, avait essayé de rentrer dans les clous.
La tribune qu’elle avait signée pour la loi Yadan n’avait rien d’un manifeste va-t-en-guerre. Elle a signé un texte, critiquable, qui disait en substance deux choses à la fois : qu’on ne devrait pas appeler à la destruction de l’ État d’Israël, et qu’on devrait pouvoir légitimement critiquer son gouvernement et contester sa politique. Puis elle a publiquement regretté cette signature. Elle a expliqué. Nuancé. Reculé. Regretté. Bref, elle a fait ce que les réseaux sociaux exigent toujours : l’autocritique publique, en mode maoïste.
Et puis elle a sans doute cru que cela suffirait. Mais non. Parce que dans certaines liturgies militantes, la repentance n’est pas un chemin vers le pardon. C’est seulement l’aveu que le procès avait raison. Et c’est là que l’histoire cesse d’être celle de Barbara Butch. Elle devient celle de LFI.
C’est peut-être cela, la vraie révolution culturelle. Hier, on brûlait les livres Aujourd’hui, on empêche les DJ. Le progrès existe. Il est simplement moins mélomane.
Être juive n’est – a priori – pas un problème. Être une Juive qui refuse de se soumettre au catéchisme géopolitique du moment, en revanche… Bienvenue en enfer.
Car enfin, qu’a donc fait Barbara Butch pour subir le courroux d’Allan Brunon et des militants LFI grenoblois ? A-t-elle appelé à bombarder Gaza ? Non. A-t-elle tenu des propos racistes ? Non. Son crime est beaucoup plus grave.

Et pendant qu’elle se justifiait, Allan Brunon, que je ne résiste pas à surnommer Aloïs Brunner V.2, tant sa photo en compagnie de son Malinois est révélatrice de ses fantasmes de fasciste au petit pied, organisait la mobilisation.
Officiellement, il s’agissait d’un boycott pacifique. Dans les faits, le concert s’interrompt sous les huées, les insultes et les jets de projectiles, en mode Kristallnacht. Puis vint le communiqué de satisfaction. On connaissait les critiques musicales. Voici la critique par évacuation de scène. Mais le plus fascinant est la hiérarchie des indignations.
On aurait aimé entendre Manuel Bompard dire une phrase très simple : « Nous ne sommes pas d’accord avec Barbara Butch politiquement, mais personne ne devrait empêcher un spectacle. » C’était pourtant facile. Une phrase. Seize mots. Au lieu de cela, la direction de LFI donne le sentiment que, lorsque la cible est la bonne, l’empêchement devient une modalité acceptable du débat démocratique.
Empêcher une artiste de jouer ? Ce n’est pas une atteinte à la liberté d’expression. C’est un acte militant. Faire pression sur une programmation culturelle ? C’est de la démocratie. Créer un climat où une artiste juive devient impossible à programmer ? C’est, paraît-il, du soutien au peuple palestinien. Kafka aurait demandé une réécriture.
Car enfin, quel était exactement le danger ? Barbara Butch n’allait pas mixer des F-35. Elle allait passer de la house. Mais dans cette drôle d’époque, un morceau de disco peut devenir plus menaçant qu’un discours extrémiste, à condition que la DJ soit juive et insuffisamment conforme. On est passé de « Dancefloor » à « Tribunal populaire ». Et l’on découvre qu’en 2026, certains militants LFI considèrent que des platines Pioneer sont des armes de destruction massive.
ll faut reconnaître un talent certain, malgré ses lacunes intellectuelles, à Allan Brunon. Transformer une DJ en menace pour le peuple palestinien. Il y a des élus qui inaugurent des écoles. Lui inaugure des boycotts de playlists. À l’entendre, Barbara Butch représentait un danger tel qu’il fallait mobiliser les troupes. Non contre un marchand d’armes, comme Dassault ou Thales qui selon lui seraient les principaux fournisseurs d’armes des narco-traficants grenoblois (cf. son interview remarquée sur RMC). Ni contre un criminel de guerre. Contre une femme qui allait diffuser de la house devant quelques centaines de personnes.
Allan Brunon semble avoir oublié une vieille règle républicaine : un élu ne choisit pas seulement ses mots ; il choisit aussi le climat qu’il crée. Et lorsque ce climat conduit une artiste à quitter une scène sous les insultes, il est difficile de s’auto-congratuler comme si l’on venait de sauver la patrie en mode SA aviné.
Le plus ironique est que ceux qui dénoncent chaque semaine les censures de l’extrême droite revendiquent désormais comme une victoire politique l’interruption d’un spectacle. À force de combattre les interdits, certains ont fini par y prendre goût.
Allan Brunon, lui, peut savourer sa victoire. Il aura démontré qu’en 2026, il est parfois plus facile d’empêcher une DJ de mixer que de convaincre des électeurs. On appelle cela un rapport de force. D’autres appellent cela un précédent. Car aujourd’hui, c’est Barbara Butch. Demain, ce sera qui ?
Dans les années 1970, l’extrême gauche criait : « Élections, piège à cons ! » En 2026, une partie de cette même famille politique semble avoir trouvé un nouveau slogan : « Concerts, piège à Juifs. » C’est moins révolutionnaire. Mais beaucoup plus inquiétant.
Au fond, Barbara Butch aura découvert ce que beaucoup de Français juifs savent déjà. On vous explique que ce n’est jamais parce que vous êtes juif. C’est parce que vous avez signé une tribune. Ou parce que vous en avez regretté la signature. Ou parce que vous n’avez pas regretté assez vite. Ou parce que vous avez joué au mauvais endroit. Ou parce que vous avez accepté de jouer. Ou parce que vous êtes devenue un symbole.
Bref, ce n’est jamais parce que vous êtes juif. C’est simplement que, du côté de LFI, cela finit toujours par beaucoup y ressembler.
