Bye Bye Tony…

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Des bas-fonds du Bronx aux sunlights d’Hollywood, le parcours de Tony Curtis, décédé hier à l’âge de 85 ans, aura été une incroyable success story, celle d’un petit délinquant juif devenu l’une des plus belles « gueules » de l’âge d’or du cinéma américain. Mais « L’homme aux plus de 1000 conquêtes », parmi lesquelles Marylin, qui disait avec son humour ravageur «De toutes mes partenaires féminines, la seule avec qui je n’ai pas couché, c’est Jack Lemmon», fut surtout un étonnant acteur protéiforme, devenu le travesti le plus célèbre de l’histoire du 7ème Art.

Né le 3 juin 1925, Bernard Schwartz est issu d’une famille juive hongroise immigrée à New-York après la première guerre mondiale. Son père, Manny, acteur à Budapest, n’arrivera jamais à perdre son fort accent d’Europe de l’Est, ce qui l’empêchera de percer aux Etats-Unis, et exercera le métier de tailleur. Dire que le jeune Bernard vit une enfance difficile est un doux euphémisme. Dickens n’est pas loin. Helen, sa mère, traumatisée par une vie de petite fille misérable, faisant des ménages dès l’âge de 6 ans, souffre de schizophrénie et le bat sans relâche. La famille ne survit, dans ce quartier populaire du Bronx ravagé par la crise économique, que grâce à la solidarité de la communauté juive hongroise.
Bernard est l’aîné de deux frères. L’un, Robert, souffrant comme sa mère de schizophrénie, est placé en institution psychiatrique, le second, Julius, qui avait trois ans de moins que lui, meurt écrasé par un camion à l’âge de 13 ans. La perte de son petit frère et meilleur ami restera le drame de sa vie. « Je pense à lui tous les jours » avouera-t-il jusqu’au dernier moment. Adolescent, il traîne dans les rues, joue des poings et finit dans un centre de redressement. Il y découvre le théâtre et le cinéma et décide d’en faire son métier.

En 1942, âgé de 16 ans, il rejoint l’US Navy et est affecté sur le croiseur USS Proteus. Il sera blessé dans le Pacifique, lors de la terrible bataille pour la reconquête de l’île de Guam, puis démobilisé après la capitulation japonaise. Ancien combattant, on lui octroie une bourse qui lui permet de s’inscrire dans un cours d’art dramatique à New York. Un agent d’Universal Pictures va le repérer dans une pièce, Golden Boy, et lui fait signer un contrat de sept ans. On est en 1948, Hollywood lui ouvre ses portes, il a 23 ans.

L’antisémitisme, Bernie Schwartz connaît. L’Amérique des années 30 et 40 l’est largement, et il en a souffert dans sa jeunesse. Dès le début de sa carrière, il doit changer de nom car, comme il le racontera dans une interview au journal Le Monde, « Toute ma vie, je me suis fait traiter de sale juif, dans la rue et même sur les plateaux de cinéma… j’ai du mal à comprendre ». Il prend alors le nom de Anthony Curtis, anglicisation du nom hongrois Kertész, puis devient définitivement Tony Curtis.

Après quelques films de série B où sa plastique fait des ravages auprès du public féminin, il obtient son premier grand rôle en 1950 dans « Winchester 73 » d’Anthony Mann, aux côtés de James Stewart. Mais c’est en 1956, avec « Trapèze », en compagnie de Burt Lancaster, que la notoriété de l’acteur grandit. L’un de ses plus beaux rôles suivra un an plus tard, dans « Le Grand Chantage », satire impitoyable du monde de la presse où il interprète un attaché de presse véreux et ambitieux, confronté à un éditorialiste sadique, superbement joué par Burt Lancaster. Film d’une absolue noirceur, « Le Grand Chantage » révèle l’une des facettes les plus intéressantes du jeu ambigu de Tony Curtis.

Suivront d’immenses succès publics, comme la superproduction « Les Vikings », de Richard Fleisher, tourné en 1958 avec sa première épouse Janet Leigh (et mère de sa fille, l’actrice Jamie Lee Curtis) et Kirk Douglas dans le rôle principal. La même année, il est nommé pour l’Oscar du meilleur acteur, pour son rôle dans « La Chaîne » de Stanley Kramer, où il donne la réplique à Sidney Poitier, interprétant un évadé de prison raciste. Puis vient « Spartacus », toujours avec Kirk Douglas, et le mythique « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder, avec Marylin Monroe et Jack Lemmon, considéré par l’American Film Institute (et, à juste titre, par la plupart des cinéphiles) comme la meilleure comédie de tous les temps.

Dépressions, drogue, alcoolisme, divorces à répétition, seront le lot des années suivantes, entrecoupées de films dispensables, hormis celui qu’il considérait comme son préféré, « L’Etrangleur de Boston », de Richard Fleisher. Un rôle de schizophrène. Pour les enfants des 70’s, il restera à jamais Danny Wilde, le comparse de Roger Moore dans la série culte « Amicalement Vôtre ». Un rôle de businessman américain sorti des bas-fonds de New-York, sexy, dragueur et bourré d’humour, qui lui va comme un gant. La fin de sa vie, hormis quelques rares apparitions au cinéma, sera consacrée à la peinture et au dessin. « Je ne suis pas prêt à me ranger comme un vieux monsieur juif, assis sur un banc, appuyé sur une canne. J’ai des tonnes de choses à faire », disait-il à l’âge de 60 ans. Bernard Schwartz, le petit gamin juif du Bronx, a eu une vie bien remplie.

Une série de bandes-annonces inédites et improvisées par Tony Curtis et Roger Moore pour la promo de la série « Amicalement Vôtre », à voir absolument !

Et le passionnant et très drôle livre de Tony Curtis « Certains l’aiment chaud et Marylin » (Le Serpent à Plumes), à commander sur Amazon.com (21, 85€)

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Cécile
Cécile
11 années il y a

Passionnant!

jew
jew
11 années il y a

Merci Cécile 🙂

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