
Cher Akim Omiri, permettez à un vieux juif qui a oeuvré dans sa vie professionnelle avec Les Inconnus et Dieudonné – entre autres – de vous prédire votre avenir. Sans animosité aucune, juste avec un certain recul et une certaine expérience de la chose.
J’ai regardé à plusieurs reprises votre show La Riposte sur Radio Nova. Une radio que j’aimais beaucoup jadis pour sa programmation musicale, et où Jamel Debbouze a « ouvert des portes » comme vous le dites subtilement, façon de sous-entendre qu’il devint ensuite un « arabe de cour » comme on parlait également des « juifs de cour ».
Telle Sophia Aram, dont vos aimables confrères de La Dernière ont récemment souhaité qu’elle se fasse buter accidentellement #humour. J’avoue, je préférais Nova époque Bizot que Pigasse, où Debbouze et les juifs Wizman et Baer animaient « La Grosse boule ». Ok boomeur. Ok génocidaire (même si je n’ai pas encore mangé d’enfant palestinien ce matin).
Des Inconnus, et de Dieudonné avant que ce dernier ne sombre dans l’humour antisémite – un genre que vous semblez pratiquer désormais « à l’insu de votre plein gré », comme dirait votre nouvel ami Bruno Gaccio – j’ai appris que ce qui dure en matière d’humour, est ce qui rassemble et fédère.
Tout le contraire de ce que vous pratiquez à l’antenne de Nova. « La Riposte » est un genre de Larry (désolé) David sous Tranxène, en mode élasticité idéologique. Un show qui se présente comme anti-élites tout en orbitant tranquillement autour de Mathieu Pigasse et de sa compagne Wassila Medas accusée de « management brutal » par des salariés du groupe avec lequel vous collaborez. Avec ce talent rare : réussir à parler comme un insurgé permanent alors qu’on sent que vous diriez “Bonjour Monsieur” à un actionnaire, même dans un ascenseur vide.
Votre admiration pour le couple Pigasse-Medas est d’un niveau fascinant. Celui d’un dissident qui tutoie ses patrons avec des yeux de labrador reconnaissant. À ce niveau de respect quasi-féodal, ce n’est plus une relation professionnelle, c’est un TED Talk sur “la bienveillance des puissants progressistes”.
Chez vous, j’admire ce paradoxe absolument remarquable : incarner le rebelle anti-système tout en ayant l’énergie d’un alternant qui espère décrocher un CDI chez un milliardaire cool, et se plaindre en même temps de l’hostilité de ceux qui vous blacklistent dans les médias dits « mainstream » et au cinéma, en raison de vos opinions pro-palestiniennes. Qui sont au passage tout à fait respectables.

Je compatis sincèrement pour votre carrière prometteuse sur les écrans annihilée par les entités culturelles et financières sionistes, de même que pour mes amis musiciens Français juifs blacklistés par des producteurs de concerts depuis le 7 octobre. Vous devriez monter un syndicat commun.
Mais surtout, personne ne vous empêche de parler, Akim. Je pense juste qu’à force de fréquenter les égouts algorithmiques et de promouvoir sur vos réseaux sociaux des comptes antisémites et complotistes, vous finissez par sentir un peu la canalisation qui pue.
Finalement, le plus drôle chez vous, c’est ce mélange improbable entre militantisme ultra-sérieux et ego hypersensible d’humoriste, parlant un jour de génocide, le lendemain postant des stories outragées parce que Guillaume Erner sur France Culture a été un tantinet virulent et pertinent avec vous et votre patron.
Cher Akim, vous me faites penser à ces humoristes que seuls les boomeurs comme moi connaissent. Pierre Péchin, qui fit les belles heures d’Europe1 dans les années 70, ou encore René Cousinier (aka « René La Branlette »), que vous apprécierez sûrement également. Vous trouverez sans peine quelques-uns de leurs sketches sur le Net.
Et resterez sans doute, comme eux, un épiphénomène de l’humour, que des nerds déterreront dans quelques décennies en mode « Putain, mais c’était ça qui faisait rire dans les années 2020 ? ».
Alain Granat
