Un été aux abris, retour sur 50 jours de guerre

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Dôme de fer contre missiles Grad, tunnels offensifs contre raids aériens, incursions terroristes du Hamas contre unités d’élite de Tsahal, et trêves rompues versus ballet diplomatique au Caire. Au final, quel bilan peut-on dresser de l’été 2014, où, triste remake du la guerre au Liban en 2006, c’est encore un mois d’août qui a été baigné dans le sang, la terreur et les larmes. Une autorité palestinienne amorphe, une direction militaire du Hamas décapitée mais qui pavoise encore, et des citoyens israéliens qui cherchent désespérément dans les silences de Bibi Netanyahou le répit d’une vie « normale » et un second souffle qui tarde à venir. Retour sur cinquante jours tragiques, où l’issue finale n’est qu’une inquiétude plus illimitée, que la trêve enfin acceptée par les deux parties au conflit.
 
L’opération « bordure protectrice » lancée le 8 juillet scelle la quatrième fois en huit ans où l’État d’Israël doit intervenir militairement dans la bande de Gaza. Comment une bande de terre étroite d’une dizaine de kilomètres sur une longueur de quarante parvient systématiquement à menacer et assaillir un pays prospère, aux technologies et aux services de renseignements de pointe ? C’est toute la stratégie du chaos et la discipline forcée d’organisations terroristes qui, bien qu’isolées, n’ont d’autre alternative que d’entretenir leur existence politique par une terreur orchestrée dans la région via un financement iranien sans limite. De leur exil doré permanent, le triumvirat du Hamas mené par Khaled Mechaal, Ismail Haniyeh et Moussa Abou Marzouk, promet systématiquement à leur « voisin sioniste » l’ouverture des « portes de l’enfer » et, régulièrement, démontre l’emploi d’armements et des opérations militaires de plus en plus sophistiqués. La surenchère est in fine savamment alimentée par une cacophonie inouïe sur le terrain, née de la distorsion des ailes politique et militaire du Hamas, et des initiatives autonomes de la branche armée du Jihad islamique palestinien. Contexte hautement tendu, où chaque tir de roquette est autant une volonté d’effrayer l’État israélien, que d’intimider les organisations concurrentes et plaire à l’Iran. Lorsque chacune d’entre-elle cherche désespérément à établir son autorité, à défaut d’un califat, c’est une nouvelle guerre qui commence.
 
Il faut libérer Gaza du Hamas, c’est dans un premier temps le mot d’ordre tacite des chancelleries occidentales devant les répliques aussi inévitables que légitimes de l’État hébreu. L’Egypte se plait à rêver d’une éradication du Hamas, enfant terrible des Frères Musulmans défaits, pendant que les États-Unis brillent par leur absence et qu’une Europe lassée entame ses congés d’été, confiante en une issue rapide de ce conflit qu’elle sait désespérément intermittent, ad vitam aeternam. Mais l’escalade est alors précipitée par des missiles à la portée de plus en plus longue, des volontés terroristes assumées d’enlever des civils, et des tunnels plus impressionnants que prévus. Netanyahou doit rassurer sa population, débrider son état-major et encore durcir le ton par des raids et ripostes de plus en plus ciblés. Les forces terrestres de Tsahal entrent par le Nord et les rampes de missiles se multiplient dans les zones densément peuplées. Les condamnations diplomatiques seront désormais systématiquement dirigées contre l’État juif. Puis, ce seront les armées qui s’embourbent et les civils qui fuient, déplacés et terrorisés, devenant les cibles mouvantes et mouvantes d’un média mainstream qui reprend la main pour attiser les tensions, sur fond de manifestations haineuses antisémites, et agiter le spectre de massacres et crises humanitaires avec tous les excès et tartufferies dont le monde occidental est si friand.
 
50 jours, 69 morts Israéliens et plus de 2.100 Palestiniens, la dernière guerre israélo-palestinienne a été encore gagnée et toujours perdue. Des milliers de roquettes et Dieu bénit autant les terrains vagues que l’incroyable « dôme de fer ». Mais que reste-t-il de ce conflit ? Des tunnels éradiqués, mais des mouvements terroristes qui continuent de scander leur victoire. La nation israélienne s’est encore soudée derrière son armée et sa jeunesse au front, pendant que le judaïsme européen était attaqué et alors que la bande de Gaza n’est toujours pas démilitarisée… La survie d’Israël a été âprement défendue pendant que la Syrie continue de s’embraser, une instauration du Califat en ordre désorganisé en Libye, mais en marche forcée par les groupes sunnites ultra-radicaux en Irak. La trêve est encore en vigueur mais l’essentiel de cette crise est encore renvoyé à des négociations ultérieures. Il ne reste que 38% des Israéliens à se dire satisfaits de l’action du Premier ministre israélien, contre 82% au début de la guerre. Aussi longtemps que le Hamas contrôle Gaza, il est impossible de garantir la sécurité d’Israël et aucun accord ne peut être réellement satisfaisant. En Orient, les vents politiques tournent si lentement qu’un prochain cycle de violence est donc inévitable.
 
Jérémie Boulay
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© photos : DR

Article publié le 1er septembre 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop
 

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