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Cathie Fidler et le jardin « Le présent du passé »

 

« Tu fais d’un sable aride une terre fertile »

(Boileau. Les satires.)

 

 

L’hiver passé, lors d’une séance d’auto-hypnose (oui, je sais, c’est étrange, mais vous n’avez encore rien vu !) avant le coucher, une étrange image m’a envahi : une puce contenant de nouveaux éléments de mon existence était insérée dans mon cerveau. Ses informations commençaient d’irradier ma personnalité, une lutte s’engageant entre mon histoire personnelle et celle de cet élément parasite. Qui gagna ? Le sommeil.

 

Philip K. Dick avec ses romans de mise en abyme ne renierait probablement pas ce préambule paranoïaque – au passage, on a fêté le 25 juin dernier aux États-Unis les 20 ans de la sortie US de Blade Runner, film de Ridley Scott adapté de son roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ».

 

Mais rassurez-vous pour moi – ou rassure-toi chérie, je sais que je ne t’ai jamais raconté cette anecdote, ne t’inquiète pas –, car, outre un génie immortel, l’auteur d’ Ubik (lisez ce chef-d’œuvre, et le monde vous semblera à jamais différent) m’est dissemblable par l’usage effréné qu’il faisait de narcotiques divers et variés pour s’endormir. Qui gagna ? Dick ne vécut pas vieux…

 

Certes, j’avais beau être clean, ce préalable aux bras de Morphée m’envahissait, la puce faisait son effet… Un bon analyste y verrait sans doute le symbole d’une nouveauté que je me devrais d’accepter. C’est sur cette idée vertigineuse que Cathie Fidler a construit son dernier roman « Le présent du passé » (éditions Au Pays Rêvé).

 

D’un style pudique, tout en retenue, Cathie Fidler explore les « cryptes » familiales – étymologiquement, « les endroits cachés » de la famille – dans un court texte qui tient autant du roman policier que du drame intimiste. Thomas, enfant naturel, découvre l’existence d’un demi-frère, et ce ne sont pas moins de cinq générations dont les souvenirs vont être exhumés puis ramenés à la vie. La question de la transmission est donc au centre des interrogations. Transmission d’une mémoire, transmission du secret qui, même inconnu, vibre de son absence dans une crypte.

 

Le terme d’enquête serait d’ailleurs parfaitement adapté pour résumer le roman. Enquête sur le passé, sur celui des proches, sur soi enfin, car vers quel futur se tourner lorsqu’est remonté un élément ignoré qui pourrait tout changer, et nous et nos certitudes en premier lieu ?

 

L’on pourrait parfois reprocher à Cathie Fidler d’être trop psychologisante dans la description de ses personnages, ces derniers pouvant par instant apparaître comme des cas typiques, mais aussitôt qu’elle abandonne la volonté de les encadrer, ils gagnent une humanité qui ne peut qu’accrocher le lecteur : les 160 pages se boivent littéralement.

 

C’est que le texte gagne à mesure en perspective. Au départ focalisé sur un couple, il s’étend à la famille au sens large, et de singulier figé, il finit par devenir pluriel dynamique. Les êtres l’animant suivent un parcours similaire. Cramponnés à leur inertie première, leurs mouvements intérieurs vont révéler leurs ambiguïtés, leurs brisures, qui, joli paradoxe, loin de les détruire, vont les porter.

 

Hier soir, j’étais épuisé, sans doute de lutter contre les informations que voulait m’imposer cette puce imaginaire, je désirais la paix ou, à défaut, me détendre. J’ai lu « Le présent du passé » de Cathie Fidler, et j’ai espéré que la révélation de secrets n’agisse pas comme un parasite qui dévorerait mes souvenirs, mais comme une graine qui les ensemencerait. En reposant le livre, livre que j’avais littéralement bu, j’ai senti.

Une fleur avait comme éclos en moi. Et je me suis endormi…

 

 

Jonathan Aleksandrowicz. 

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[…] D’un style pudique, tout en retenue, Cathie Fidler explore les « cryptes » familiales – étymologiquement, « les endroits cachés » de la famille – dans un court texte qui tient autant du roman policier que du drame intimiste.  […]

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