Trêve sur Tel-Aviv

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Depuis la bombe du bus, un truc triste s’est abattu sur la ville, même si la dinguerie a repris. Circulation, consommation, construction, agitation, partys et bizarreries. Des Koldbergs, couple d’ultra-religieux orthodoxes, façon Rabbi Jacob qui ont décidé d’enseigner le yoga parce que le yoga peut aussi être casher, à Al Quaws, le groupe queer palestinien qui organise sa soirée titrée HIV Awareness Party et dont l’invitation en arabe offre plutôt qu’un drink un test de dépistage, les collisions les plus folles sont possibles, et le spectre est large. Mais il y a quelque chose de profondément triste qui a surgi, un truc diffus qui va de la meurtrissure à la résignation, lourd, sourd, qui touche tous les milieux, tous les bords et anime toutes les discussions.
 
Après la bombe et surtout après les roquettes qui ont continué de tomber sur le sud du pays post trêve, le silence s’est posé sur la Bulle, le réel lui a sauté en pleine figure. Ça continue, ça va continuer, cela ne s’arrêtera jamais, malgré la bonne conscience morale, le militantisme actif ou la lucidité politique. A la fête du Anabel’s l’un des tout nouveaux bars du boulevard Rothschild, là ou le jeudi toute la jeunesse hype sort, boit, oublie, Omer le patron, si gracieux, si gay, si optimiste était, lui comme les autres malgré l’alcool et la musique, suspendu à ses convictions passées. Que faire de plus ? Comment faire avec ce voisin qui ne veut pas de nous ? Quel voisin, celui de Ramallah ou de Gaza ? Est-il le même ? Où sont les frontières de cette Palestine qu’il veut libérer ? Paris c’est génial, parce que là-bas il y a la stagnation. Dans sa bouche, le mot sonne comme un macaron gourmand sous fond de beats.
 
Le Muezzin sonne sur Jaffa, dans une petite pièce sommaire mais carrelée de marbre, une vieille femme barbue épile au sucre. Tradition arabe, dit-on en France, il a fallu des mois pour en trouver une ici. Est-elle chrétienne ou musulmane ? On ose poser la question, allongée sur un matelas un peu douteux, épiant son mari et son copain obèses, oisifs en plein après-midi derrière la porte. Ils fument clopes sur clopes manifestement, affalés sur un canapé, avec pour seule occupation la fin d’un épisode de Dynasty en arabe. On croit discerner pendant le flash le mot Hamas. Sont-ils contents ? Fiers ? Perdus ? Amers ? Se sentent-ils israéliens, eux qui ont des papiers et des droits ?
 
En sept jours, l’image d’Israël dans le monde a pris un autre visage. Cet Israël qui traduit tout en arabe et en anglais, qui  a des députés israéliens arabes à la Knesset, une presse israélienne arabe, une gauche israélienne, qui a vu son président finir en prison par la décision d’un juge israélien arabe… Demain, un écrivain, un danseur de la Batsheva Company, un exportateur de logiciels, de tomates ou de chaussures israélien va arriver quelque part. A Rome ? Israël assassin. A Paris ? Israël assassin. En Belgique ? Israël assassin.  Le Hamas a gagné a-t’on entendu. L’expression, vue d’ici, a fait plus que pleurer, elle est honteusement absurde. Le monde libre a perdu, israéliens juifs, musulmans et chrétiens. Ramallah n’est pas Gaza. A gauche un pays en marche, à droite un peuple opprimé par des barbares avec lesquels rien n’est possible.
 
Il y a une boîte SM à Tel-Aviv, et il y la blague, ce type juif qui vient pour se faire fouetter et qui a genoux sous les coups, se plaint en regardant le ciel : mais pourquoi toujours nous ?
 
Valérie Abecassis
 
© photo Jewpop
 
 

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