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Nos années UEJF

  • BY Benjamin Médioni
  • LE 23/06/2015

 

 

Il y a l’UNEF et ses coups de gueule ravageurs, ou l’UNI et ses cadres à l’allure de Jean Sarkozy. Et pour tout le reste, il y a le syndicat Mastercard, l’UEJF.

 

Plus qu’une association étudiante, c’est la Rolls-Royce de l’étudiant qui rêve d’autre chose qu’un pass Navigo. La lutte des classes, c’est d’abord la lutte pour avoir la classe. Recréer du lien social et donner du sens à l’avenir de la communauté, une ligne droite hyperactive, une fraternity qui rallie le Blum au Ben, pour le meilleur de l’Université. Plus que du militantisme, c’est un Club, une fondation. Les rois de l’hyper-médiatisation tous azimuts pour la survie du jeune juif en milieu universitaire. De l’organisation des fêtes de Pessah aux vacances scolaires, en passant par les commémorations et partager un mouton pour l’Aïd, tout est fait pour l’épanouissement de l’identité et de l’être. UEJF, quand le CRIF et le Consistoire se fondent en une paire de Tod’s, la chose publique n’a qu’à bien se tenir.

 

Retour vers la fin des années 90. C’était l’époque où les mains moites, le sac à dos Eastpack et un grand classeur de feuilles A4 à la main, tu fuyais les 01 et demandais à ta future conquête son numéro de Tam-Tam ou de Tatoo. Une paire de Clarks aux pieds, le jour rêvé où tu interrogeras à distance ton répondeur d’une cabine téléphonique, tu auras réussi ton entrée à l’Université. Se fondre dans la masse pour mieux s’en hisser. Réussir à la fac, c’est un vrai challenge qu’il faut sublimer. Il a fallu se mettre à l’omelette fines herbes des bistrots pour garder un pied dans le monde moderne, tâter de l’exposition culturelle comme se noyer dans les soirées à vingt dans une chambre de bonne à Gambetta, et survivre à la pinte. Tu aurais pu entrer à l’UNEF, porter le keffieh, la chemise à carreaux bûcheron et le bouc mal taillé, mais tu as choisi le tee-shirt blanc sous la chemise blanche et les Reebok colorées, façon Parker Lewis de la Sorbonne. Il n’y avait que l’UEJF pour t’accueillir. UEJF, royaume de l’adulescent en route vers la promotion sociale. Une bande de bellâtres qu’on croirait organisée pour un enterrement de vie de garçon à écumer les bars, mais ils ont préféré écluser le local du B.D.E., distribuer des tracts et organiser des dîners-débats aux allures de concerts de Grand Corps Malade. Discours sans fin et bien intégrés, tout le monde soigne son look Edouard Baer. Le militant-type restera à tout jamais un feuj bien-pensant, qui slame en attendant son T.D. et rêve que son syndicat remplisse Bercy pour la paix au Proche-Orient et contre la faim dans le monde. Le GUD a disparu, mais il faut bien s’occuper et chercher avec qui se réconcilier. L’UEJF, connecting people.

 

 

Une organisation syndicale capable d’organiser la vente de sandwichs cashers et une bourse aux livres, ça force le respect. Hier, l’étoile avait rendez-vous avec la lune, demain, on dansera avec les Femen. L’UEJF est sur tous les fronts, sans relâcher, ni ménager sa sueur et son verbe. La pensée unique de l’amour d’autrui. L’association force l’admiration en étant de tous les combats pour lutter contre toutes les discriminations, promouvoir la mémoire et défendre la survie et les valeurs du genre humain. Sorbonnards de tous les pays, unissez-vous ! Le Mur de Berlin est tombé, mais celui des dortoirs doit connaître le même sort. Nous sommes tous les enfants des cantines du CROUS. Cela ne suffit pas qu’on ait le choix du poisson pané à la place du jambon de Bayonne. Il faut aller encore plus loin. Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! Militer, c’est un verbe qui se conjugue à tous les temps et dans tous les lieux. Ce ne sont pas des étudiants mais des automates, des forçats de la démocratie. Trente sections locales implantées à l’Université, autant d’élus qui siègent dans les conseils d’administration et un porte-parole qui a systématiquement l’allure et le sourire de Cyril Lignac dans Top Chef, toujours gracieux, la générosité dans l’assiette et l’univers résumé par une belle émotion vraie. On naît militant, on ne le devient pas. C’est le combat d’une vie, le Biactol d’une génération. Je suis sûr qu’on apprendra un jour que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a été rédigée par un visionnaire dont la réincarnation sera membre actif de l’UEJF.

 

 

Du sionisme expliqué à nos potes au socialisme qu’on cherche à nos portes. Comment passer de porte-drapeaux chez SOS Racisme à porter les mallettes des éléphants du PS. Patrick Klugman, président à vie de l’UEJF, comme Jack Lang restera à jamais le seul ministre de la culture de la 5ème République qu’on retiendra. Pour la bar-mitsva de son fils, il recopiera le fichier Excel des invitations au dîner annuel du CRIF. L’UEJF est aux institutions communautaires ce que l’espadrille branchée est à la Stan Smith, un passage obligé dans lequel il faut être à l’aise avant de chausser les Weston. Oui-Oui au service de la démocratie. Un bureau composé d’apprentis diplomates qui rêvent du Quai d’Orsay, quand ils ne passent pas le week-end au Quai de la Marine à Deauville. Le club des Cinq qui refait le monde, la paix avec son prochain, au bonheur de la philosophie de buvette, carpaccio de saumon et que vive la république. Et en soirée chic, toujours un petit four dans la main et une carte de visite dans l’autre. De l’entrisme respectueux des traditions, presque orthodoxe. On ne peut pas être un amateur des rencontres étoilées, on doit être un vrai professionnel, tribun des couloirs et orateur des assemblées générales. Le jeu en vaut la hanoukiya. Car il faudra encore négocier cette année avec humilité et conviction que les partiels ne tombent en plein Pessah, ce serait discriminatoire que la galette te saccage l’estomac pendant un examen décisif. Négocier aussi que la petite Bismuth ait le droit de tripler sa première année, car, on l’a bien senti aux questions perfides de l’examinateur, c’est sa Maguen David qui l’a plombée à l’oral de droit des entreprises en difficulté. Elle le mérite bien, la jolie Bismuth, autant que de rencontrer son mazal à la fac, rêver de son trois-pièces à Levallois et de son mini 4×4. L’UEJF y pourvoira, God bless UEJF.

 

Benjamin Médioni

 

Retrouvez toutes les chroniques de Benjamin Médioni sur Jewpop (Nos années libérales, Nos années Bétar, Nos années BBYO, Nos années lycée, Nos années Loubavitch…).

© photos : UEJF, DR, Jewpop

Article publié le 8 octobre 2013, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop

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