J'ai vu "Les Colons", un documentaire de Shimon Dotan diffusé sur Arte

7 minutes de lecture

 
Les Colons. Rien qu’en découvrant le titre de ce documentaire diffusé sur Arte mardi 27 septembre en prime-time, je me suis dit qu’on allait encore se régaler le lendemain sur les réseaux sociaux, entre les fans du BDS qui allaient braire sur le mode « salauds d’Israéliens qui oppriment les Palestiniens ! » et les fans de Bibi qui allaient pleurnicher sur le mode « salauds d’antisionistes financés par la chaîne antisémite Arte et la région Ile-de-France ». J’ai été comblée au-delà de mes espérances.
 
Je l’avoue, j’ai kiffé ce documentaire réalisé avec brio par Shimon Dotan. Un israélien, déjà primé au festival de Sundance, mais à tous les coups un de ces salauds de gauchiste qui a la haine de soi. Les Colons, c’est Blair Witch version israélienne. En 2×52 mn, tu découvres autant de psychopathes au m2 (pourtant la région n’est pas très étendue…) que dans un film où les tronçonneuses tiennent le rôle principal. Tu te dis que c’est une mauvaise fiction, que tu voudrais bien les coordonnées du Pablo Escobar local qui deale dans toutes les implantations, avant-postes, colonies, résidences secondaires… appelle-ça comme tu veux, moi je m’en fous j’habite pas là-bas. Tous les témoins filmés sont plus ou moins défoncés au racisme et au fanatisme religieux, s’abreuvant à un puits sans fond de messianisme délirant, le tout financé par une majeure partie de la classe politique israélienne depuis des décennies. On est en plein Narcos version houmous.
 

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Je sais, vous allez me rétorquer que l’énorme défaut de ce documentaire, c’est qu’il se focalise sur une bande de tarés qui ne représentent «que» 20% des habitants des implantations/colonies, et la frange la plus radicale de ceux-ci (du genre “bien fait pour la gueule de Rabin, fallait pas venir nous chercher des poux sous la kippa tricotée”). Et vous aurez raison. Il aurait été plus juste et plus crédible de rentrer dans le détail des motivations de la population majoritaire qui y réside, ces Israéliens qui pour des raisons économiques, y trouvent des opportunités d’appartements et villas spacieuses au prix d’un sous-sol à Neve Tsedek (quartier bobo de Tel-Aviv pour les novices, où le prix du m2 correspond à mon salaire annuel). Et qui souhaiteraient «vivre en paix avec les Palestiniens». Les qui ?
 
On reste néanmoins admiratif, en visionnant ce documentaire, devant les extraordinaires images d’archives, et les stratégies mises en place par le Gush Emunim pour imposer ses visions politico-messianiques. Du grand art. Rabin l’a payé de sa vie, malgré sa politique de croissance des colonies (qu’il qualifiait paradoxalement de « cancer qui ronge la démocratie israélienne »). Durant son mandat leur population a augmenté de 50% . De 4000 en 1977, elle est passée aujourd’hui à plus de 400 000 personnes. Parmi lesquelles le nec plus ultra, les « jeunes des collines », groupuscule certes ultra-minoritaires et non-représentatif, mais ultra-dangereux, et dont le seul objectif est de mettre la région à feu et à sang. Comme si elle ne l’était déjà pas assez entre le terrorisme palestinien, évoqué bien trop brièvement dans ce film à travers le massacre de la famille Fogel en 2011, et la situation difficilement tenable engendrée par l’occupation et le morcellement des territoires.
 

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Le leader de ces « jeunes des collines », Hanamel Dorfman, est un pur bonheur côté casting pour un réalisateur de documentaire à vocation antisémite. Un genre de Paul Dano rachitique aux cheveux gras, epitomé d’un cas de consanguinité ashkénaze. Le genre de débile profond qui rêve d’un monde juif qui s’étendrait du Nil à l’Euphrate, voire plus si affinités (ou pas, de toutes façons ton avis il s’en fout). Ne lui demande pas de situer l’Euphrate sur une carte, il n’a pas étudié la géographie. Ce n’était pas au programme de sa yeshiva, dont il s’est d’ailleurs fait virer quand son rav l’a surpris en train de lire «comment bien préparer son cocktail Molotov» au lieu d’étudier la paracha de la semaine.
 

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Ses potes, ce sont des évangélistes ricains qui sont ravis de venir planter leurs oliviers à côté de ceux des Palestiniens, si possible en pulvérisant ces derniers de pesticides au passage, les olives sont ainsi plus goûteuses. Le clone de Paul Dano consanguin ne regardant pas la télé car ce n’est pas casher, il n’est pas au courant que ses amis évangélistes sont comme lui convaincus de la venue imminente du Messie. Mais c’est leur Messie à eux, pas celui des juifs, et tous les juifs deviendront chrétiens évangélisés. Paul Dano racho aussi. Il n’a pas tout compris. On a les alliés qu’on mérite.
 
En visionnant Les Colons, on se dit, pour reprendre la vanne du célèbre linguiste palestinien Yasser Arafat, que tout espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens est définitivement « caduque ». Je vous avais bien dit que ce documentaire était flippant.
 
Sharon Boutboul
 
Voir le documentaire en replay sur Arte.tv jusqu’au 5 octobre
Les Colons, de Shimon Dotan (prod. les Films du Poisson)
 
 
© photos : DR
Article publié le 29 septembre 2016. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop
 

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