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Les 10 « autres » Dreyfus auxquels vous avez encore échappé

  • BY Remi Ferrand
  • LE 27/11/2019
Parodie d'affiche de film Dreyfus Jewpop

Nouveau mercredi de cinéma et encore une fois le public avide de conseils et déboussolé par l’actualité dramatique qui est la nôtre se tourne vers moi dans l’espoir de donner un sens à ses errances de multiplex.  “Alors Rémi. Le Dreyfus de Polanski ? Est-ce que c’est mieux ou moins bien qu’une comédie de Woody Allen, un film de genre de Jean-Claude Brisseau, un thriller avec une blonde par Alfred Hitchcock ou le coffret noël des meilleurs productions des frères Weinstein ? Est-ce que tu vas arrêter de tourner autour du pot et tu vas nous dire oui ou non s’il convient de boycotter un chef d’œuvre ou d’aller soutenir un navet. Ou l’inverse.”

Comme la semaine dernière, je le répète et je dis solennellement qu’il faut absolument.. ou pas… aller voir le “J’accuse” de Roman Polanski. La raison est simple. Avec plus de 500 films par ans sur les écrans, des robinets à série en ligne comme s’il en pleuvait et un streaming pirate sans limite, le vrai cinéphile a le devoir, j’ai bien dit le devoir, d’être boulimique et de tout voir… ou pas. C’est selon.

Cette semaine comme la semaine dernière, il doit encore être possible de voir bien pire.

 

Parodie d'affiche de film Dreyfus Jewpop

 

LE FABULEUX DESTIN D’ALFRED

Réalisation : Jean-Pierre Jeunet
Dreyfus : Jean-Claude Dreyfus
Synopsis : Le secret du bonheur d’Alfred ce sont les petites choses, les petits plaisirs qu’on saisit avec l’air du temps et qui rendent la vie plus belle ! Faire des ricochets de galets dans les latrines du camp, mettre sa main dans un nid de termites carnivores, glisser un cafard géant sur chacun de ses doigts, sucer le sable sur son oreiller de toile, dessiner des bâtons avec une craie sur le mur de la cellule, imaginer combien de prisonniers font l’amour de force en ce moment même dans le bagne ou écouter la voix off d’André Dussollier raconter n’importe quoi.
C’est tellement joli ! Mais Alfred a aussi de grands projets dans son bagne de Guyane : donner l’envie de voyager en charter à ces idiots d’indigènes qui ne décollent jamais les fesses de leur pirogue, se moquer de l’épicier du camp en lui trafiquant son horloge à balancier du Jura et enfin trouver le filtre secret qui rendent sépia et cool les selfies des copains bagnards. « Ce n’est pas parce que c’est un pola qu’il ne faut rien faire ! » dit souvent Dreyfus. Et voilà comment à l’aide d’un vieux café, d’un peigne à trois dents et une peau de crocodile, Alfred Dreyfus a inventé les filtres Instagram, 80 ans avant Jean-Pierre Jeunet et 100 ans avant Instagram… Un joli conte moderne.

 

VIOLENT CAPTAIN

Réalisation : Takeshi Kitano
Dreyfus : Takeshi « Beat » Kitano
Synopsis : Scène 1 / “Beat” Dreyfus a le visage parcouru de spasmes. Au gardien qui lui demande son nom, il ne répond pas. Son visage ne bouge pas. Seul le coin gauche de sa bouche remonte nerveusement. Ses yeux sont invisibles derrière des lunettes de soleil.
Le gardien regarde Beat. Beat a un nouveau spasme – Fondu au noir – L’instant d’après, le gardien a une menotte accrochée au visage. L’anneau d’acier est fermé. Une extrémité pénètre son crâne par l’oreille et ressort à travers son orbite percée. Le gardien est silencieux. Il tient son œil qui saigne en tremblant un peu. Beat Dreyfus le regarde. Les yeux invisibles et la bouche tordue.
Scène 2 / “Beat” Dreyfus arrose des pastèques avec l’enfant malade d’un des cuisiniers du camp. Le petit rit et Beat tient l’arrosoir. L’eau coule sur les pastèques. Des flaques se forment entre les pieds de pastèques – Fondu au noir – L’instant d’après, “Beat” s’éloigne en tenant la main du môme. L’arrosoir est planté dans le fondement du gardien borgne qui se roule parmi les cucurbitacées. L’enfant hésite. Beat regarde l’enfant, la bouche un peu tordue et les yeux cachés par les lunettes. L’enfant dit : « Regarde ! » Derrière-eux, le feu d’artifice du 14 juillet a commencé. Hana-bi ! L’enfant sourit. Beat a un spasme.

 

TOUT LE MONDE DIT JE SUIS INNOCENT

Réalisation : Woody Allen
Dreyfus : Woody Allen
Synopsis : Alfred ne s’acclimate pas bien à l’expérience de la jungle malgré les efforts incroyables qu’il a investi pour apprendre aux locaux à jouer du Duke Ellington sur des instruments en raffia. Assis à l’intérieur d’un piano bar de Kourou, il devise des choses importantes sur la scène, assis sur chaise haute, devant les prisonniers.
– Non seulement Dieu n’existe pas se lamente-t-il, mais allez trouver un trompettiste le week-end sur l’île du diable !
– La différence entre le sexe et le bannissement, c’est que le bannissement, vous pouvez le faire seul, et personne ne se moquera de vous.
Un spectateur narquois lui lance :
– Le sexe sans amour est une expérience vide.
– Oui mais parmi les expériences vides, c’est l’une des meilleures, lui répond Alfred.
– Je devais être fusillé ce matin à six heures. Mais comme j’ai un bon avocat, le peloton n’arrivera qu’à six heures trente.
Au loin, les indigènes répètent une nouvelle pièce musicale.
– Chaque fois que j’entends du Wagner, ça me donne envie de reprendre l’Alsace-Lorraine !
Avec un film par an, il fallait bien qu’il s’attaque à cette histoire un jour ou l’autre. Vivement son péplum.

 

LA GRANDE TRAVERSÉE

Réalisation : Alexandre Arcady
Dreyfus : Roger Hanin
La mère de Dreyfus : Rosy Varte
Synopsis : « Aïe aïe aïe, Mais ci pas possib’ ! »
La mère d’Alfred Dreyfus (Rosy Varte) se lamente dans son appartement de la casbah de Colmar. « Mon fils, tout seul dans la jungle, sans personne pour lui laver son linge de corps ! Pire qu’un animal ! Aïe aïe aïe ! Mais qu’est-ce que j’ai fait ! » La brave femme déchire tendrement la photo de mariage de son fils avant de brûler à la chandelle l’image de sa bru. »Y elle est où c’te fille là qu’il a pris ? Qu’il a pris pour laisser sa mère ? Elle l’a laissé partir ! Tout seul ! Comme un moins que rien ! Ci pas possible ! Daï, daï, daï ! Vous vous rendez compt’ M’dame Maggy ? » Au même moment, sur le bateau qui l’emmène au large, Alfred pense à son pays d’enfance et au coup de Sirocco qui traversait Mulhouse. Va-t-il retrouver à Cayenne un Baeckeoffe comme là-bas dis ! Reverra-t-il son Alsace natale et toutes les filles de son pays ?
Sa mère réussira-t-elle à traverser l’Atlantique pour lui rafraîchir ses tricots et ça ressemble à quoi la musique arabo-guyanaise ? Un film ensoleillé et nostalgique.

 

TIRE SI T’EN AS LES COqUILLES !

 

Réalisation : Olivier Marchal
Dreyfus : Gilles Lellouche
Synopsis : Alfred a les glandes. Le cave Esterhazy l’a pris pour une balance qui n’avait rien dans le falzar et dans son gnouf, le commissaire Grospaquet lui casse les burnes pour qu’il crache le blaze des clients qui ont croqué à ses papelards.
– Y a erreur sur la marchandise et j’ai du rab’ dans le calbut’, claque Dreyfus le doigt sur la couture du falzar qui lui moule les roustons. Faut rien avoir entre les jambes pour claquemurer sur la grande muette et se décaniller devant le premier chleuh ! »
– Fais pas ton coq Dreyfus ! On va te mettre le costume trois pièces sur le billot et tu seras pas le premier à cracher son bulletin de naissance, dit le patron. T’as p’tet juste les foies d’te mettre à table ?
– Quoi ? Tu dis qu’jai pas les burnes ?
– Moi j’dis que pour l’instant t’as des grelots qui t’empêchent juste de courir.
– Tu veux que je te sorte les pruneaux ? lâche Dreyfus.
– Non, laisse les dragées dans le sachet.
– T’as qu’un mot à dire et je te déballe les décorations de Noël.
– Laisse tes bijoux de famille sur la couronne…
– Attention Grospaquet, c’est pas en montant au baobab qu’on récolte des noix de cocos !
– Hmm…. Noix de cocos tu dis. T’aimes le soleil Alfred ? »
Un film d’hommes et des répliques sévèrement ciselées.

 

CAYENNE NE RÉPOND PLUS

 

Réalisation : Michel Hazanavicius
Dreyfus : Jean Dujardin
Synopsis : Scène 1  :
« – Coupable ? Intéressant, je connais cette théorie. » marmonne Dreyfus devant ses juges.
– Vous êtes la honte de vos pairs, dit le général.
– Non mais ooooh ! Moi mon père il était charron et je peux te dire que ça filait doux !
– Chacal ! Vous êtes une hyène Dreyfus !
– Il va falloir arrêter avec les noms d’animaux, ça commence à devenir vexant !
– La cour vous condamne au bannissement. 20 ans à Cayenne mon lascar.
– Cayenne, voici une destination qui ne manque pas de piquant. Pfff… 20 ans, sur un condiment lointain. Hihihi. L’addition est salée. Pfff… Nan, je dis piquant parce que ça ressemble au piment de Cayenne. Le… le piment… enfin, on aurait pu dire le poivre aussi… C’est, c’est une astuce…
Scène 2. Au bagne, dans la cellule de Dreyfus, on le retrouve en pleine discussion avec Papillon, son compagnon de banc.
– Avant de partir, sale espion, fais-moi l’amour !
J’aime quand on m’enduit d’huile…
– Non je ne crois pas non…
– Pourquoi ?
– Pas envie…
– Tu n’es pas seulement un lâche, mais aussi un traître comme ta petite taille le laissait deviner !
– Habile !
– Écoutez mon p’tit Papillon, là j’viens de tuer un croco’ ! Alors si tu veux qu’on travaille d’égal à égal, faudrait t’y mettre….. »
Des répliques déjà cultes.

 

RAGING FROG

 

Réalisation : Martin Scorcese
Dreyfus : Robert De Niro
Synopsis : Blessé à la tête lors d’une manœuvre de routine, le capitaine Dreyfus se réveille affublé d’un étrange tic de langage. Dans la cour de la caserne il s’attire des ennuis.
– “Salut Dreyfus !” lance le général.
– Excuse me. Are you talking to me ?
– Ça va pas mon vieux ?
– Well, it’s like I’m the only one here ?
– Calmez v…
– So who the fuck do you think you’re talking to ?
– Capitaine, garde à vous ! Un mot de plus et c’est le tribunal militaire.
– Hm… hm… well you make the move.
Devant le tribunal, on l’abjure d’avouer.
– Never rat on your friend and always keeps your mouth shut.
Son avocat en appelle à l’humanité des juges et il évoque le destin peu enviable de la pauvre femme.
– Do you fuck my wife? Just tell me !
– De quoi ?
– You’re very smart Joey. You give me all these answers, but you ain’t givin’ me the right answer. I’m askin’ ya again. Did you or did you not?
– Do you…. »
De Niro dans son meilleur rôle.

 

CELLULE ET DÉPENDANCES

 

Réalisation : Agnès Jaoui
Dreyfus : Jean-Pierre Bacri
Synopsis : Dreyfus bougonne.
“C’est pas possibleuh ceuh temps là ! On dirait qu’il pleuh tout le temps en Guyane et tout le temps sur moi !” Dreyfus râle. Inquiet il astique son crâne dégarni et interpelle le jeune détenu qui partage sa cellule. “Il est propre ton genou euh Denis là ? Oui, bon tu peux t’attaquer au bar maintenant alors.” Dreyfus tempête. “Moi j’appelle ça enculer les mouches !” “Ah oui c’est vrai que vous appelez ça comme ça…” souffle Denis. Dreyfus proteste. “Mais vous allez arrêter de maltraiter ce pauvre garçon !” lance le gardien. “Je le traite très bien là ! Je le traite mal ?… De toute façon on se voit jamais ! Je voudrais la traiter mal, j’aurais pas le temps !” On est dimanche. Dreyfus rouscaille. “Ah ça c’est bien l’armée là ! On te dit tu vas voir du pays et tu te retrouves à t’occuper d’un demeuré là ! Deniiiiisssssss !”
Jean-Pierre Bacri comme une tornade de bonne humeur.

 

LA GRANDE FAMILLE

 

Réalisation : Valéria Bruni-Tedeschi
Dreyfus : Louis Sarkozy
Synopsis : Dreyfus connaît du beau monde. Il a une grande famille. Quelle chance, sa sœur est une chanteuse très connue qui lui a fait une chanson de soutien. Trois petites notes au goût de miel, c’est le « J’accuse » de Raphaël ! Elle a épousé un petit homme d’affaires excité qui lui a promis de passer son affaire au Karcher. Comment ça Al-fred, on me dit que tu es coupable ? Mais monsieur Pujadas, vous croyez que les Français ils ont envie d’en-tendre ça ? Vous croyez que les capitaines qui se lèvent tôt pour travailler comme des pauvres diables ils sont d’accord ? Vous n’avez pas honte monsieur Pujadas ? Le beau-fils de sa soeur est DJ et il va lui envoyer un mix de Dubaï dès qu’il aura retrouvé son scooter. Son père est un capitaine d’industrie très riche et sa mère possède une très belle propriété au “Cap des personnes racisé.e.s” sur la côte varoise. Une farandole de personnages hauts en couleurs. Le film d’une tribu.

 

LE SILENCE DES CROCOS

 

Réalisation : Jonathan Demme
Dreyfus : Anthony Hopkins
Agent Starling / Robert Brignolles : Jean-Pierre Darroussin
Synopsis : Dans sa cellule, le capitaine Dreyfus est visité par une jeune recrue de l’armée qui veut en apprendre plus sur son affaire. Il l’attend immobile, les bras le long du corps, comme au garde à vous au milieu de sa cellule.
– Approchez agent Starling.
– Vé, y’a pas de Starlingue ici.
– Aspirant brigadier Robert Brignolleuhs. Je suis détachéeuh depuis la métropoleuh pour vous interroger, espèceuh de monstreuh.
– J’ai reçu un jour un employé du recensement. J’ai dégusté son foie avec des fèves au beurre et un excellent Chianti. Shhhhhh….
– Oui, é ben c’est pas aujourd’hui que tu vas te régaler Dreyfuseuh. Dommageuh, mon foie, il déjà aromatisé au pastagua. Héhéhé.
– Relisez Marc Aurèle, et demandez-vous à chaque instant comment sont les choses, quelle est en fait leur vraie nature ?
– Bon l’affaireuh. Comment tu as pu nous trahir commeuh ça ?
– La mémoire, agent Starling, c’est ce qu’il me reste à défaut d’une vue.
– Oui, et moi je suis la bonne mèreuh.
– Avez-vous été nourri au sein ? Votre mère avait-elle de grosses mamelles ? Cela renforce les tétons à ce qu’on dit.
– Arrêteuh tes simagrées Dreyfuseuh !
– J’aimerais poursuivre cette conversation mais j’ai un vieil ami pour le dîner.
Un thriller psychologique et la rencontre mythique entre deux acteurs.

 

LE GALON D’OR

 

Réalisation : Michael Haneke
Dreyfus : Isabelle Huppert
Synopsis : Le capitaine Dreyfus, dans la douceur de rosée du petit matin tropical, est tendrement en train de réaliser sur lui même une opération de réassignation sexuelle avec un tesson de bouteille émoussé. Deux jeunes adolescents guyanais le regardent cachés derrière un frangipanier. Ils sont beaux et ils sourient en autrichien. Ils s’approchent. Le premier est blond et s’adresse doucement à Dreyfus : “Was machst du den da ? Du schwein !” Un sourire innocent inonde le visage du second. Dans sa main on distingue un madrier sur lesquel dépasse une poignée de jolis clous rouillés. Étonné par ce curieux sabir, Dreyfus, relève ses cheveux en dessinant une trace de sang sur son front. Il les fixe de deux yeux de vipères comme percés sur son visage à la peau tendue comme une toile : “Ah les Autrichiens ! Je vous attendais. Allons-y.” Il jette son tesson ensanglanté. “Prenez votre bâton, on va aller rendre visite tous les trois à une gentille famille indigène. Je sais pas vous, mais moi je mangerais bien un gosse.” Comme sous le charme, les adolescents se rangent derrière lui. Le premier glisse doucement : “Ça ne vous dirait pas une petite séance de châtiments corporels avant de partir ? Ça nous mettrait en train !” Le second s’enhardit : “Oh oui, et après tu pourrais m’étouffer avec un oreiller !” Dreyfus regarde au loin : “Désormais, vous m’appellerez Isabelle.”

 

Rémi Ferrand

 

Texte publié sur la page Facebook de l’auteur, reproduit avec son aimable autorisation.

 

© visuel :  DR

Article publié le 27 novembre 2019, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2019 Rémi Ferrand / Jewpop

 

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