Les 3 mecs qui égayeront ton Kippour… ou pas

8 minutes de lecture

 
 
Lors de Kippour, à la synagogue, il y a deux sortes de juifs : ceux que la sonnerie du shofar ébranlent au plus profond de leur âme et… les autres. Pendant que le mec crache ses poumons dans une corne de bélier, t’es là debout, la mine grave, alors qu’à l’intérieur se bousculent des réflexions comme «Il aurait pu s’entraîner, sérieux… Benny Goodman, même sur la fin de sa carrière, il avait plus de souffle», «Est-ce que j’ai bien fermé la porte de chez moi ? Merde… », «La sonnerie saccadée, là, ça comptait ?». Pendant ce temps, 3 rencontres mettront à l’épreuve ma capacité à pardonner.

 

Le mec que t’as déjà vu quelque part 

 
Tu le regardes. Il te regarde. Tu te dis que tu l’a déjà vu quelque part. Il se dit la même chose. Tu sais que tu le connais. Il sait que tu sais que tu le connais. Pour clore ce long plan séquence lellouchien, sa femme débarque. Dans les bras, le petit dernier qui hurle. Il enchaîne «Fais-le taire !», «Ma kippa ?», «Vite y a Birkat Cohanim». Zen, elle se contente de lui murmurer : «À chaque fois qu’on passe les fêtes chez mes parents, tu fais la gueule». Pendant toute la prière, tu te demanderas où tu as bien pu le croiser. Et oui tu trouveras : vous avez flirtouillé dans ta voiture de retour de soirée y a 3 ans.
Pourquoi tu ne peux pas lui pardonner : à l’époque, il avait insisté comme un malade pour monter chez moi et «prendre un dernier verre». Moi, j’ai fait la fille inaccessible alors qu’en fait j’étais juste indisposée. Je pourrais lui en vouloir de ne jamais m’avoir rappelée. Quand sa femme a dit à une fillette de… 8 ans, «descends avec papa un peu», j’ai compris, en ce jour de jugement, que même si j’étais défendu par Dupont-Moretti j’en prenais pour perpet’.
 

Le mec de la sécu 

 
Posté devant l’entrée, il a le regard de Teddy Riner avec le physique de Luis Rego. Le jour où il a intégré le service de protection de la communauté juive (Spcj), sa mère, fière, lui a rappelé qu’il a longtemps voulu être Kevin Costner dans Bodyguard. Quand tu arrives devant la synagogue, il te bloque, « Vous voulez entrer pour ? ». Évite de lui répondre « J’ai rendez vous pour une épilation intégrale du maillot, mais je suis un peu en avance », il prend sa mission hyper au sérieux. En sa présence, tu te sens autant en sécurité que Frigide Barjot invitée à un mariage gay.
Pourquoi tu ne peux pas lui pardonner : parce qu’en te maintenant dehors, il te replonge dans tes années de galères à l’entrée du Palace et d’Olivia Valère. A l’époque, un soir, mon père était venu me chercher à la sortie. En hurlant sur le trottoir. «Il est 1h15 ! Je sais qu’on avait dit 1h30 mais c’est pas en un quart-d’heure que tu vas rencontrer le prince charmant». Vingt ans plus tard, ton père sort et te retrouve sur le perron. Il s’adresse au garde du corps de mes couilles en lui disant «Dis moi, toute la journée, t’es dehors ? À Kippour, on vient à la synagogue pour prier. Et puis ma fille, elle a au moins le double de ton âge ».
 

Le Hazan Guest Star 

 
Il écume tous les cours de Paris, c’est une encyclopédie talmudique. Le Usain Bolt du Houmach, le Serguei Bubka de la Mincha, le Mohamed Ali de la Guemara, le Oscar Pistorius du commentaire sur texte. Quand il lit la Haftara, il est aussi passionné que Johnny au Stade de France et le mec à côté de lui, chargé de le corriger si besoin, a pris sa retraite. Pendant la Séouda, on viendra le féliciter. Pendant qu’il dissertera sur la baisse du niveau du Kodech dans les écoles juives, son fils de 8 ans singera l’acte sexuel juste derrière la femme du rabbin. Pour les préparations des cours de Bar Mitsva, il est booké jusqu’en 2022. Bref il en fait des caisses.
Pourquoi tu ne peux pas lui pardonner : parce qu’il fait de la peine au rabbin de mon papa, qui se sent de plus en plus comme Zaz en finale de The Voice face à Barbra Streisand.  De plus en plus menacé, ce dernier enchaîne les bourdes. A la Téba, il lance «mes biens chers frères ». Aux mamans des enfants du Talmud Thora, « si vous voulez vous confesser, c’est entre 15h et 17h ». À sa femme qui tente de le rassurer en lui disant «il n’est pas diplômé du Séminaire israélite (école de formation des rabbins), il répondra en sanglots «mais moi non plus !».
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 
The SefWoman Jewpop
 
Abonnez-vous au compte Twitter de The SefWoman
The SefWoman sur Facebook
Retrouvez toutes les chroniques de The SefWoman sur Jewpop
 
© visuel : collection privée Jewpop 
Article publié le 12 septembre 2013, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2019 Jewpop
 
 

Enregistrer
Enregistrer
Enregistrer
Enregistrer

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

S'abonner à la jewsletter

Jewpop a besoin de vous !

Les mendiants de l'humour

#FaisPasTonJuif
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x
()
x