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« Moon of Israel » : quand Michael Curtiz, réalisateur de « Casablanca », filmait l’Exode

Affiche du film Moon of Israel de Michael Curtiz Jewpop

Michael Curtiz restera à jamais le réalisateur de « Casablanca » et des « Aventures de Robin des bois ». Mais avant de devenir l’une des figures majeures de l’âge d’or d’Hollywood, le cinéaste d’origine juive hongroise tourna de nombreux films en Europe, parmi lesquels, en 1924, l’un des premiers péplums consacré à L’Exode, « Moon of Israel ».

 

Affiche du film Moon of Israel Jewpop

 

Né au sein d’une famille juive aisée de Budapest en 1886, Manó Kaminer quitte sa famille à 17 ans pour rejoindre un cirque puis s’inscrit à l’Académie royale des Arts de Budapest, dont il sort diplômé en 1906. Il débute une carrière d’acteur quatre ans plus tard, et en 1912, fait ses premières mises en scène sous le nom de Mihály Kertész, part faire un stage au Danemark en 1913 à la Nordisk avant de réaliser, en 1914, Bánk Bán, premier succès de l’histoire cinématographique hongroise.

 

Dans les années qui suivent la fin du premier conflit mondial, Budapest ne compte pas moins de 37 sociétés de productions cinématographiques. L’industrie du cinéma y est florissante et Kertész y tient un rôle de premier plan. Mais ses ambitions sont de courte durée avec l’arrivée au pouvoir en 1919 de l’amiral Miklós Horthy, qui avec l’appui de troupes serbes, roumaines et françaises écrase l’éphémère régime communiste de Béla Kun. Le désormais régent Horthy et son gouvernement contre-révolutionnaire considèrent le cinéma hongrois comme décadent, le qualifiant de propagande menée par les producteurs et réalisateurs juifs, soupçonnés de sympathies communistes.

 

Photo de Michael Curtiz sur le tournage du film Moon of Israel en 1924 Jewpop

Michael Curtiz (au centre, 5ème à partir de la gauche) sur le tournage du film « Moon of Israel » (1924)

 

Dès l’arrivée au pouvoir de l’amiral Horthy, une « terreur blanche » succède à la « terreur rouge » du régime de Kun. Répression et assassinats ciblent les supposés ennemis du nouveau régime, francs-maçons, socialistes, intellectuels… et les juifs, assimilés aux communistes. Kertész, qui se désintéresse totalement de la politique, mais est un membre éminent de l’establishment juif de Budapest, décide alors de quitter la Hongrie pour un pays plus sûr. Il n’ira pas loin, trouvant refuge à Vienne où il réalise des films pour le comte Alexander Kolowrat, magnat du cinéma autrichien.

 

Couverture du roman de H. Rider Haggard "Moon of Israel" Jewpop

 

C’est à Vienne qu’il tourne en 1924 l’adaptation d’un roman de l’écrivain anglais H. Rider Haggard, maître du roman populaire et d’aventures (She, Allan Quatermain…), qui publia en 1918 Moon of Israel. L’histoire se déroule en 1230 av. J.-C. en Égypte, alors qu’une jeune esclave juive, Merapi, tombe amoureuse du Prince Seti, fils du pharaon Menapta.

 

Photo de l'actrice Marie Corda sur le tournage du film Moon of Israel Jewpop

Mária Antónia Farkas, connue sous le nom de scène María Corda, actrice autrichienne d’origine juive hongroise et vedette féminine du film « Moon of Israel », dans le rôle de Merapi (1924)

 

Ce grandiose film muet sur fond d’Exode sort sur les écrans la même année que la première version des Dix commandements réalisée aux USA par Cecil B. Demille. Si l’immense succès du film du réalisateur américain éclipse alors Moon of Israel, les critiques le considèrent comme bien plus réussi et truffé de trouvailles cinématographiques, admirées par ses collègues américains, en particulier la très impressionnante scène de l’ouverture de la Mer rouge.

 

Photo représentant Michael Curtiz à Hollywood Jewpop

Michael Curtiz à Hollywood dans les années quarante

 

Jack et Harry Warner, bluffés, demandent alors à Kertész de rejoindre la jeune société de production qu’il ont monté l’année précédente avec leur troisième frère Sam, sous le nom de Warner Brothers, pour réaliser une super-production biblique, L’Arche de Noé, destinée à concurrencer les œuvres de Cecil B. Demille.

 

Photo représentant Erroll Flynn et Michael Curtiz Jewpop

Erroll Flynn et Michael Curtiz, sapés comme jamais

 

Arrivé à Hollywood en 1926, il change une fois de plus son nom, en Michael Curtiz. Un nom qui restera ensuite indissociable de l’aventure Warner, Curtiz offrant aux 3 frères d’origine juive polonaise quelques uns des plus beaux films et plus grands succès de l’époque.

 

Photo de tournage du film Robin des bois figurant Michael Curtiz et Erroll Flynn

Photo de plateau prise lors du tournage des « Aventures de Robin des bois ». Michael Curtiz, après de nombreuses années au USA, parlait toujours aussi mal anglais, avec un fort accent germano-magyar-yiddish… On imagine le dialogue avec sa star Errol Flynn :

« Voy, je la sais que ta coiffire elle est pas tirrible, mais fais-moi confionce, la film il va cartonney ! » (1938)

 

Michael Curtiz sublime Bette Davis en 1932 dans 20 000 ans sous les verrous, transforme le jeune comédien australien Errol Flynn en une véritable figure de légende dans Capitaine Blood (1935), son premier film épique. L’acteur à la fine moustache y forme un couple mythique avec Olivia de Havilland, qui deviendra sa partenaire attitrée dans des films de Curtiz devenus des classiques, comme La charge de la brigade légère (1936) et l’extraordinaire Les aventures de Robin des bois (1938).

 

Photo du torunage du film Casablanca figurant Michael Curtiz, Humphrey Bogart et Ingrid Bergman Jewpop

Humphrey Bogart, Ingrid Bergman et Michael Curtiz, sur le tournage de « Casablanca » (1943)

 

Cinéaste adepte de genres aussi variés que le Western, le film noir, fantastique, social ou mélodramatique, Curtiz rentre définitivement dans l’histoire du 7ème art avec Casablanca (1943), qui lui vaudra l’Oscar du meilleur réalisateur en 1944, raflant au passage celui du meilleur film et du meilleur scénario adapté (à l’origine, c’est… Ronald Reagan qui avait été pressenti pour incarner Rick, mais l’acteur, engagé sous les drapeaux, laissa finalement la place à Humphrey Bogart). Technicien virtuose, directeur d’acteurs colérique, grand séducteur, Michael Curtiz n’aura sans doute pas eu l’aura d’un John Ford ou d’un Howard Hawks auprès des cinéphiles, mais Casablanca est considéré comme le troisième plus grand film américain, derrière Citizen Kane et Le Parrain, par l’American Film Institute.

 

Alain Granat

 

Voir Moon of Israel de Michael Curtiz sur YouTube

 

© photos et visuels : DR

Article publié le 18 avril 2019. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2019 Jewpop

 

 

 

 

 

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2 Commentaires sur "« Moon of Israel » : quand Michael Curtiz, réalisateur de « Casablanca », filmait l’Exode"

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Invité

Curieux cette collaboration entre Flynn connu pour ses sympathies nazi et sa détestation des juifs (pléonasme) ! et Michael Curtiz !

Alain Granat
Invité
Ses « sympathies nazies » n’ont jamais été prouvées… Le FBI a enquêté pendant la guerre – via Cary Grant ! – en raison de son amitié avec un médecin autrichien ayant travaillé pour l’Abwehr, avec qui il partit en Espagne comme correspondant de guerre auprès des forces républicaines, mais les archives le concernant, accessibles sur le site de la CIA, ne présentent aucun document prouvant cela. La première biographie publiée sur le sujet, en 1980, qui évoquait son antisémitisme supposé et ses liens avec les nazis a été très controversée, et démentie récemment par une autre biographie, « Errol Flynn, l’espion qui… Read more »
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