Dreams are my reality

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Hier matin, je me suis réveillée comme d’habitude à 6h00 avec la sonnerie du IPhone. Je ne savais plus où j’étais (dans mon lit), quel jour on était (lundi) ni même qui j’étais (quoi tu crois que je vais là, comme ça en début de papier, te balancer mon nom et mon adresse ? C’est touchant cette naïveté, tu sais que je te kiffe toi !). Une douche et trois cafés plus tard, j’étais toujours pas certaine de savoir qu’est-ce qui m’avait mis dans cet état étrange où tu es ni bien ni mal, jusqu’au moment où tout m’est revenu.

 

J’ai fait un cauchemar. Un vrai cauchemar, ouais un bon gros cauchemar où tu vois ta vie défiler comme le jour où le petit malin du Sentier qui a encaissé des chèques au nom de Madame Renée Ursaffi voit arriver le contrôleur de l’URSAFF. Ça commençait normalement par un coup de fil de ma mère.

 

Ma mère : Ce soir, j’ai invité des gens à dîner. J’ai besoin que tu me fasses deux trois courses.

Moi : Ca fait 67 ans que tu dis «manger» et là tu invites à dîner ? On est quel jour ? Mardi. Fais leur Mloukhia. Et puis c’est qui ces gens ?

Ma mère : Des gens quoi. Si tu veux savoir #quisontils ? Qui sont leurs réseaux ?, viens dîner #LesGens

 

Donc là, on est bien d’accord, ma mère qui n’a jamais su se servir d’un minitel, se met à parler comme on twitte. C’est là où je me dis que j’aurais dû me réveiller, mais non, ça continue.

 

Le soir même, je débarque chez mes parents, bien décidée à tirer ça au clair tout en esquivant le dîner. Mon père regarde «Hollywood Girls 2» avec le rabbin de la synagogue, qui se rase la barbe en expliquant avec le même ton que s’il commentait un verset du talmud «Moi je préfère les Chtis débarquent à Mykonos sur W9». A l’image, une fille cramée par le soleil avec des seins gros comme des pastèques est au bord d’une piscine. Elle a la bouche ouverte façon poupée gonflable, et les yeux dans le vague. Mon père raconte au rabbin : «C’est Nabila». Comme le rabbin ne semble pas savoir qui c’est, mon père insiste. «Nabila, Monsieur le rabbin, enfin, Na – Bi – la». «Je suis dingue de toi, Na bi, Na bi la, je ne pense qu’à toi Na-Bi-la, trop de swag pour moi, Na – Bi –Na – Bi – la».

 

Ne trouvant rien à redire à la scène à laquelle je viens d’assister, je me dirige vers la cuisine où  je découvre  ma mère qui s’affaire au milieu des caméras d’ «Un dîner presque parfait».

«Non je donnerai pas la recette de mon tajine d’agneau», «Le dessert, je l’ai acheté chez Charles Traiteur. Oui, ça, c’est congelé. Ah bon… Je vais perdre des points ? La femme qui peut faire en deux heures un tajine, 12 sortes de salades et un dessert, si elle existe baba elle est aux urgences de Lariboisière».

 

Dans le salon, je découvre les invités du fameux dîner, ma mère me les présente :

Ma mère : Je ne te présente pas Marc Lévy.

Tout le monde applaudit l’auteur de «Si c’était vrai», mon père pensant que sa prestation a trouvé son public, redouble d’intensité dans sa danse endiablée en décidant d’adapter le tube de Sofiane sur l’air de la Néhila, encouragé par le rabbin qui précise «Ben quoi Néhila, Nabila ça rime».

 

Ma mère : Ici nous avons Monsieur Henry Coston, mort en 2001. Il a fait le voyage exprès.

Moi : (un peu perturbée quand même) Vous êtes le journaliste antisémite ?

Henry Coston : Oui. Enchanté.

Ma mère : Tu connais Monsieur ? Je n’arrête pas de le dire, le monde, il est tout petit. La semaine dernière, au marché, j’ai rencontré la fille de Ninette Harroch, mon ancienne voisine, vous savez qui elle a épousé ? Le neveu du boucher de Sarcelles où ta tante elle va acheter la viande. Tout le monde se connaît. Et là, notre dernier invité. (la main sur la poitrine) excusez-moi j’ai oublié votre nom…

Et là, le type, la soixantaine, jean, baskets sourit en répondant : «Christian Didier, c’est moi qui ai assassiné René Bousquet», sur le ton théâtral du mec qui attend des applaudissements qui ne viennent pas.

 

Sur ces mots, et voulant rompre le malaise, ma mère tape dans ses mains et crie «Allez on passe à table !».

Côté animation, ma mère avait prévu le jeu «juif / pas juif». Jeu auquel se révéla très fort Henry Coston.

Moi : C’est normal, il a passé sa vie à lister les juifs, débusquer les noms francisés. Il en a même fait des livres.

Ma mère : Oh la mauvaise joueuse ! Arrête de me faire honte. Faudrait que tu me les achète ses livres à la Fnac. Vous savez Monsieur Coston comme ça se passe, l’été Chabbat ça n’en finit pas. On ne sait pas comment s’occuper.

Moi : Maman on parle de livres antisémites. Pour les trouver faut que je me tape les librairies salafistes de la rue Jean-Pierre Timbaud.

Ma mère : Ca tombe bien c’est juste derrière l’épicier qui fait des grosses boîtes de thon Sidi Daoud.

 

Pendant que ma mère vérifiait avec Henry Coston si la chanteuse Jenifer était bien juive (ma mère disait que oui et lui pensait que non), Marc Lévy était au téléphone à la fenêtre. «Ecoute Philip, moi c’est décidé. J’envoie la lettre au Comité de Stockholm demain matin, elle part en A/R. Je l’ai titrée Attendez-vous notre mort pour nous récompenser ?. Tu te sens pas d’en être avec moi ? Je l’accepte. Je ne t’en veux pas. Peut-être que dans deux ou trois livres, tu seras aussi sûr de ton talent que moi. Mais si je t’assure, c’est bien ce que tu fais, j’en parlais hier avec Max Chattam et Romain Sardou. Ne te décourages pas surtout. Chacun son rythme. Bon, il fait quel temps à Newark ?».

 

Au salon, le rabbin consolait Christian Didier qui venait de découvrir coup sur coup que :

– Non, avoir tué René Bousquet ne lui permettait de devenir citoyen d’honneur de l’état hébreu, « un peu comme Beate Klarsfeld ».

– Son avocat commis d’office à l’époque de son procès, un certain Arnaud Montebourg, avait fait du chemin.

Pendant ce temps là, mon père, pour  lui remonter le moral, lui imprimait la liste des grands criminels nazis encore en vie. «Il en reste, Monsieur Didier. Vous verrez,  l’Argentine c’est très joli».

 

Et voilà, ce n’est qu’à ce moment là que je me suis réveillée, même pas en sursaut. Tu comprends pourquoi depuis, je me sens bizarre. J’ai appelé ma copine psychanalyste, je lui ai tout raconté. Elle m’a écouté en ponctuant toutes mes phrases de «mmhh…». Et elle a conclu. «Je pense  que t’es comme nous toutes. Tu ne vas pas bien. Tu devrais voir quelqu’un. Par contre, moi tu m’appelles plus. Je t’en voudrais toute ma vie de m’avoir refoutu dans la tête «dingue de toi – Nabila».

The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

 
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