Ma lettre ouverte à Gad Elmaleh

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Depuis le 9 février, date à laquelle tu as planté ta tente dans les plages de pub, ça n’arrête pas. Tweets, article du Gorafi, analyse dans le Point, allusions dans « Touche pas à mon poste ». Le bad buzz autour de ton spot pour LCL ne cesse de grossir.
 
Gad, Gad, Gad… comment te dire combien tu me mets dans l’embarras. Je crois que la dernière fois que j’ai été autant emmerdée, c’est quand j’ai appris que les propriétaires du Théâtre de la Main d’Or (sorte de sanitaires où se répand quotidiennement Dieudonné, atteint d’une gastro-entérite anti-juive aigüe) étaient des juifs. Ce fut pour moi aussi gênant qu’apprendre que le traiteur du gala annuel des nostalgiques du IIIe Reich était casher LaMéadrin.
 
D’abord, plusieurs questions s’imposent à moi :
Pourquoi t’as pas fait un spot LCL basique ? Comme Muriel Robin, Pierre Arditi ou Karim Benzema. Tu sais, quand le people est face caméra comme au guichet, et qu’il demande qu’on lui débloque la somme de 2000€, ou une autorisation de découvert exceptionnelle de 500€. Ok, c’est pas hyper crédible, mais au moins tu n’auras pas mis ton immense talent au service d’un si mauvais texte.
Le public qui s’esclaffe à tes fausses blagues est payé combien ? Non, parce que sérieux, ils sont hyper convaincants. A cause d’eux, j’ai revu le spot 13 fois sur YouTube en me disant « mais attends, sérieux, j’ai dû rater une phrase, un mot… ». Je ne sais pas qui est nommé pour le César du meilleur acteur, mais franchement, faut demander à l’Académie de les inclure dans la sélection, refaire les votes et reporter la cérémonie. Toi qui as présenté – avec brio – cette soirée, je suis certaine que tu pourrais faire quelque chose. Si au passage, tu pouvais reporter la diffusion au samedi soir, ça ravirait mes amis cinéphiles qui font shabbat.
Dans le spot, tu dis « Je rêve d’une banque qui ne me prendrait pas que pour un numéro ». Et bien, Gad je rêve aussi. Je rêve que l’un des comiques préférés des français réfléchisse à deux fois avant de se commettre dans une pub, pour une banque de surcroît. Quelques semaines après la tempête médiatique et politique autour de Dieudonné, après qu’on ait entendu dans les rues de Paris « Juif, Juif, la France n’est pas à toi !», et alors que les poncifs sur les juifs, l’argent, la finance mondiale, continuent de trouver un écho certain, je rêve que ce comique se dise « non, ce n’est pas raisonnable », « ce ne serait pas de bon goût ». Et comme rêver ne coûte rien, je rêve que ce comique, dont le succès a débuté dans de petites salles, porté par l’enthousiasme de ses coreligionnaires, retrouve un peu de mémoire.
 
Ça m’a toujours agacée d’entendre mes amis juifs te reprocher ton manque d’engagement auprès de « la communauté » (je déteste ce mot, mais je n’en ai pas d’autres). Quand Jamel Debbouze a affrété son avion pour Gaza, ils se disaient « attends, c’est genre son meilleur pote, il ne peut pas lui dire », je t’ai défendu.
Quand chez Thierry Ardisson, face au fondateur de Mecca Cola, qui a déblatéré de longues minutes contre le sionisme « idéologie raciste », ils t’ont senti très réticent à condamner ces propos parce que tu étais là en tant qu’artiste, je t’ai défendu.
Quand ma mère s’est lamentée sur ton union avec la Princesse Charlotte, je t’ai défendu. D’ailleurs à ce sujet, tu devrais prendre conseil auprès de ta moitié. Elle, en matière d’image, elle en connaît un rayon. Charlotte, à sa façon, elle est fidèle à son histoire, à son rang. Elle ne fait pas du Harlem Shake en prêtant son image à Kiabi, elle monte à cheval et elle pose pour Gucci. Et puis, elle sait que vu son rang, il ne faut pas trop en faire. En ces temps de crise, elle ne la ramène pas. Elle a le bonheur et la fortune discrète, pas ostentatoire.
 
Tu l’auras compris, sur ce coup Gad, je te défends plus. J’avais noté ta volonté de ne pas trop t’engager, te mettre à découvert. Je respectais cette position. Aujourd’hui, je m’étonne que tu te mettes autant en danger pour une pub et donc… du fric.
Tu rêves d’ « Une banque qui s’engage comme mari et femme ». Moi, je rêve d’un artiste qui n’a pas peur de s’engager, comme ta banque, un artiste, qui « respecterait ses engagements » à chaque fois qu’il en a l’occasion et quelles que soient les circonstances, promo ou pas. A la fin de ta pub, on entend une fille dire « mais cette banque n’est pas un rêve, c’est une réalité.» C’est pareil pour moi, Gad, cet artiste n’est pas un rêve, c’est une réalité. Il existe, il s’appelle… Yvan Attal.
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 



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Article publié le 27 février 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop
 
 

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