"Montedidio", un vrai conte initiatique

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Léa Girardet, jeune comédienne, fait ses premiers pas sur scène et interprète l’un des personnages principaux de Montedidio, adapté du roman éponyme d’Erri de Luca, qui lui a valu le prix Femina en 2002. Mise en scène par Lisa Wurmser, l’oeuvre emprunte son titre à un quartier populaire de Naples, et nous emmène dans cette ville envoûtante et rocambolesque au moment de l’après-guerre. Léa Girardet, qui joue le personnage de Maria, a répondu aux questions de Jewpop. Une interview réalisée par Audrey-Lya Levy.

 
Racontez-nous en quelques mots l’intrigue de Montedidio ?
Cela se passe à Naples dans les années cinquante. Tout commence avec ce garçon, « le fils », âgé de treize ans, qui reçoit un boomerang de la part de son père. Ce cadeau marque le passage de l’enfance à l’adolescence. Ce jeune homme va se lier d’amitié avec le cordonnier Don Rafaniello. Ils travaillent ensemble et vont entretenir une relation très forte voire spirituelle.  Le personnage du fils va connaître aussi ses premiers émois avec Maria, une jeune napolitaine de son âge. C’est le début d’un parcours initiatique.
 
Vous jouez le personnage de Maria. Qui est elle ?
Maria a 13 ans, elle habite tout comme « le fils » dans la misère de Montedidio. Cette jeune fille n’a pas une vie facile, on l’envoie se prostituer auprès du propriétaire de l’immeuble quand l’argent se fait rare. Elle est toujours confrontée au monde des adultes et va ainsi trouver l’équilibre, l’amour et le bonheur auprès du jeune garçon. Elle va découvrir alors la sexualité autrement. Elle incarne parfaitement l’image de la napolitaine de l’époque, une fille avec beaucoup de caractère, qui n’a pas la langue dans sa poche, comme on le voit dans beaucoup de films de cette période.
 

 
Erri de Luca auteur du roman, a déclaré : « La seule façon pour moi de donner tort à Hitler et à l’Histoire, c’est d’apprendre le yiddish». Parlez-nous du personnage de Rafaniello, rescapé de la Shoah, et de l’importance de cette langue dans la pièce.
 
Don Rafaniello, le personnage du cordonnier, est arrivé à Naples après la guerre. Il est bossu et dit au jeune garçon qu’il a des ailes dans sa bosse. Elles lui permettraient de s’envoler vers Jérusalem, de retrouver la Terre Sainte dont il rêve. Il était très important pour Lisa Wurmser, la metteur en scène, de mettre en relief cet aspect très présent dans l’œuvre d’Erri de Luca. C’est pour cela que le personnage de Rafaniello parle et chante en yiddish dans la pièce. Il va transmettre sa spiritualité au jeune garçon, en évoquant les psaumes ou encore les tribus perdues d’Israël. La notion de transmission est récurrente chez ce personnage tout au long de l’histoire.
 
A ce propos, dites-nous en quoi le rouleau est un objet important dans cette œuvre ?
Le rouleau est un objet clé dans l’histoire. La metteur en scène a beaucoup travaillé sur cet objet pour mettre en lumière certains aspects. Il y a sur scène le rouleau du personnage du menuiser, le rouleau de la bobine de cinéma. Il y a aussi le rouleau de papier, sur lequel le jeune garçon écrit. Ce rouleau  fait clairement référence au rouleau biblique de l’Ancien Testament. Le jeune homme passe de l’enfance à l’adolescence. Dans l’histoire, il a 13 ans, ce qui n’est pas anodin puisque, à cet âge, le garçon devient un homme dans le judaïsme. L’auteur a voulu faire un clin d’œil à cette tradition.
 

 
La metteur en scène a t-elle rencontré des difficultés à adapter l’œuvre au théâtre ?
Bien au contraire ! La richesse de cette œuvre a apporté matière au metteur en scène qui a voulu ainsi recréer et renforcer cet univers onirique dans la pièce. Des thèmes comme l’enfance, ou encore le rêve, sont alors accentués. Cette pièce est un vrai conte initiatique. Elle  a ajouté dans la scénographie un nid d’oiseau qui fait référence à l’amour des deux jeunes personnages, ou encore le Vésuve en fond de scène comme gardien de la ville. Elle a notamment apporté des éléments pour évoquer Naples et cette ambiance si singulière qui lui est propre, comme une vidéo du célèbre comique Toto, ou encore Pulcinella, personnage emblématique de la commedia dell’arte. Il y a aussi des interventions et des chants traditionnels napolitains, pour ne pas dénaturer le contenu de l’œuvre, mais au contraire l’enrichir. Cette mise en scène est inédite et vaut assurément le détour !
 
Propos recueillis par Audrey-Lya Levy
© photos Lot
Montedidio au théâtre de l’Atalante jusqu’au 16 mars 2013
10 place Charles Dullin 75018 Paris
Tous les jours à 20h30 excepté jeudi à 19h, dimanche à 17h, relâche mardi.
Réservations : 01 46 06 11 90

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