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Jewpop reçoit Pascal Boniface à domicile

  • BY Alexandre Gilbert
  • LE 25/05/2020
Photo de Pascal Boniface portant un maillot de l'équipe de France de football Jewpop

 

Après Éric Zemmour, maintes fois pris pour cible par Jewpop, ce fut au tour voilà quelques semaines de Pascal Boniface, qui avait réagi à l’agression de ce dernier sur son compte Twitter en dénonçant un “2 poids 2 mesures”, alors que lui-même, agressé en 2019 par des franco-israéliens à l’aéroport de Ben Gourion, n’eût pas droit à un appel téléphonique d’Emmanuel Macron.

 

Jewpop ayant publié une chronique comparant l’écrivain polémiste et le géopoliticien, ce dernier nous a fait une demande de droit de réponse. Pascal Boniface a finalement opté pour un entretien, que nous avons choisi d’angler sur l’une de ses spécialités, le sport et en particulier le football (NDA : l’altercation à l’aéroport de Tel-Aviv ayant eu lieu alors que Pascal Boniface se rendait, à l’invitation du Consulat général de France à Jérusalem et de l’Institut français de Jérusalem, à une conférence autour de son livre “Géopolitique du sport”).

 

Couverture du livre de Pascal Boniface Géopolitique du sport Jewpop

 

“Knysna, c’est la honte absolue, le 18 juin 1940 du football français”

 

Alexandre Gilbert : Pouvez-vous nous dire quelles furent les conséquences géopolitiques de l’attentat de Schumacher sur Battiston, de l’incident du bus de Knysna et du coup de boule de Zidane contre Matterazzi ? 

Pascal Boniface : Alors que l’on célébrait le couple franco-allemand et que François Mitterrand voulait faire de ce couple le moteur de la construction européenne, premier pas vers son projet d’Europe puissance, l’agression de Schumacher sur Battiston en 1982 a failli réveiller les vieux démons anti-allemands en France. C’était non plus l’Allemagne paisible et pacifique, mais l’Allemagne agressive, brutale, presque sanguinaire. Helmut Schmidt, alors chancelier, et François Mitterrand, ont tout fait pour calmer le jeu et éviter un amalgame entre la brutalité assumée et revendiquée d’un joueur et l’opprobre jetée à une nation. On s’est aperçu à cette occasion qu’il n’y avait plus que dans le football qu’il restait une rivalité franco-allemande – que cette nuit de Séville a entretenue – mais qui justement était confinée à ce domaine et n’empêche pas d’excellentes relations pour le reste.

 

Schumacher Battiston Jewpop

À la 57e minute de jeu du match de demi-finale France-Allemagne de la Coupe du monde 1982, Patrick Battiston est lancé dans la profondeur par Michel Platini. Le gardien allemand, Harald Schumacher, le percute volontairement de plein fouet sans toucher le ballon. Patrick Battiston est K.O sur la pelouse, a perdu trois dents et doit sortir sur une civière.

 

Knysna, c’est la honte absolue, le juin 1940 du football français. Cela a été un formidable cadeau en France pour tous ceux qui détestent le football, à l’étranger pour tous ceux qui détestent les Français. Tous les clichés négatifs en sont ressortis. Il a fallu un long travail de reconstruction après ce psychodrame national pour rebâtir l’image du football et de l’équipe de France.

Le coup de boule de Zidane a eu des conséquences plus limitées en termes de réactions anti-françaises,
puisqu’il a finalement permis la victoire de l’Italie et que c’est Materazzi qui a brandi la Coupe du monde. Zidane a donc été sanctionné par le palmarès et pardonné par l’opinion. C‘est en grande partie grâce à lui que la France parvient en finale après un départ poussif. Mais c’est également du fait de son coup de boule que l’on ne gagne pas la finale, car lors de son exclusion, tous les joueurs français qui évoluaient en Italie savaient que les Italiens étaient cuits, et qu’à 11 contre 11, ils faisaient la différence avant les tirs au but.

 

 

A.G. : Alors proche des ministères de Pierre Joxe et de Jean Pierre Chevènement entre 1988 et 1991, comment avez-vous vécu la victoire de l’Allemagne en finale de la Coupe du monde en Italie en 1990, consécutive à la chute du mur de Berlin ?

P.B. : La coupe du Monde de 1990 a été l’une des plus tristes, et pas seulement parce que la France n’y a pas participé. Elle a été qualifiée de « Coupe du monde de la fatigue ». Il y eut certes l’éclair du départ, le match d’ouverture entre l’Argentine et le Cameroun et la victoire du pays africain contre le tenant du titre. Mais ensuite, il y eut assez peu d’éclat. Comme beaucoup de Français, je soutenais en finale l’Argentine, non par esprit anti-européen, puisqu’au contraire je me félicitais de la réunification allemande, mais plutôt en souvenir du match France Allemagne à Séville en 1982.

D’un point de vue géopolitique, la coupe du monde 90 a été réhabilitée par le livre de Gigi Riva, homonyme d’un célèbre footballeur italien (Le dernier penalty, Seuil). L’auteur se demande si le bosniaque Faruk Hadzibegic ne manque pas son penalty en quarts de finale, le cinquième et le dernier, et qu’il gagne la coupe du monde si cela aurait évité l’implosion de la Yougoslavie et la guerre civile. C’est un livre magnifique pour toute personne qui aime la géopolitique, et absolument merveilleux pour quelqu’un qui aime et le football et la géopolitique.

 

“Un petit noyau dans le Kop Boulogne avait des comportements ouvertement racistes et n’hésitait pas à faire la « chasse » aux Noirs et aux Arabes. L’antisémitisme était aussi présent.”

 

Kop Boulogne PSG Jewpop

 

A.G. : Kop de Boulogne ou tribune d’Auteuil ?

P.B. : L’animation que font les Kop est indispensable à l’ambiance dans un stade. Mais l’historique de ces deux Kop devenait plus que problématique. Un petit noyau dans le Kop Boulogne avait des comportements ouvertement racistes et n’hésitait pas à faire la « chasse » aux Noirs et aux Arabes. L’antisémitisme était aussi présent. On était parvenu à un tel point que le club évitait de mettre des ramasseurs de balles noirs ou arabes devant ce Kop.

Le Kop Auteuil s’est construit une image multiculturelle, ouvert aux minorités, mais l’animosité entre les deux à suscité des violences, allant jusqu’à faire deux morts, dont l’un en marge du match contre l’Hapoël Tel-Aviv.

La survie du club était menacée. Lorsque Robin Leproux lança son plan de placement aléatoire pour casser ce style de violence, il m’a sollicité et je l’ai accompagné avec plaisir. Les supporters ont protesté en disant qu’on faisait payer à tous les excès de quelques-uns. Il n’était pas possible de rester sans rien faire. Le club aujourd’hui autorise de nouveau le Kop à se constituer et les violences ne sont pas revenues. Il est certain que l’animation du Kop Auteuil est fantastique et transcende les joueurs et le stade. Si on peut concilier la fièvre des supporters et l’absence de violence, c’est génial !

 

PHOTO DE MUSTAPHA DAHLEB ET PELÉ PSG JEWPOP

Mustapha Dahleb et Pelé, lors du match amical PSG-Cosmos New-York au Parc des princes le 14 septembre 1976, qui marqua les adieux du footballeur brésilien au public français. Dahleb sera l’auteur d’un but dès la 2ème minute du match.

 

“Dahleb a eu un rôle important à une époque où le racisme anti-arabe était sans commune mesure, plus fort dans la société française qu’aujourd’hui.”

 

A.G. : Dahleb (NDA : joueur mythique algérien, star du PSG des années 70) ou Mbappé ?

P.B. : Dahleb a eu un rôle important à une époque où le racisme anti-arabe était sans commune mesure, plus fort dans la société française qu’aujourd’hui. Il a su incarner de façon positive et élégante un modèle de joueur maghrébin, apprécié de tous. Mais Mbappé c’est tout autre chose. Non seulement par son talent – qui va sans doute lui permettre de marquer l’histoire du football – mais plus encore par sa personnalité sincère et attachante, fidèle à ses racines et conscient de ses responsabilités sociétales. C’est vraiment un modèle. Son comportement humain est aussi exemplaire que son talent de champion. Ne pas oublier d’où on vient, estimer que la réussite suscite des obligations, doit être salué.

 

“Avraham Burg et Meyer Habib sont tous les deux sionistes, ils n’en ont pas la même conception.”

 

Luis Fernadez Israel Jewpop

Luis Fernandez

 

A.G. : Luis Fernandez, star du PSG et de l’équipe de France, fut entraîneur du Betar Jérusalem puis de l’équipe nationale israélienne en 2012. Peut-on le qualifier de sioniste ?

P.B. : Je l’aurais plus vu entraîner l’Hapoël que le Betar, étant donné son parcours, sa personnalité et la couleur politique du Betar. Entraîner l’équipe nationale israélienne me paraissait moins en contradiction sachant que, pour des raisons familiales, il vit une relation spéciale avec Israël. Si être sioniste est être favorable à l’existence de l’État d’Israël, alors oui je suppose que Luis Fernandez l’est. J’imagine qu’il est aussi pour une paix qui passera par l’existence de deux États.

Pour reprendre votre question, il y a effectivement parfois une déformation du mot sioniste. On peut être sioniste et être favorable à la reconnaissance des droits des Palestiniens, alors que certains assimilent sioniste et annexionniste. Avraham Burg et Meyer Habib sont tous les deux sionistes, ils n’en ont pas la même conception.

 

“En 2007, nous avions, Lilan Thuram et moi, lancé un appel pour que la prochaine Coupe du monde soit conjointement attribuée à Israël et à la Palestine, si un accord de paix était signé”

 

A.G. : Pensez-vous qu’une participation de l’équipe nationale israélienne en compagnie d’une équipe palestinienne, à la Coupe d’Afrique des nations, puisse faire progresser le processus de paix ?

P.B. : Le football peut faire beaucoup de choses, mais pas de miracles. C’est un instrument, pas une baguette magique ! Joao Havelange avait milité pour qu’il y ait un match Israël Palestine, qui a finalement eu lieu. Mais c’était en 2000, le processus d’Oslo était encore porteur d’espoir. Aujourd’hui, les conditions politiques pour parvenir à un accord de paix n’existent pas et un match de football ne suffira pas à régler le problème, pas plus qu’un match entre les deux Corée pourrait permettre la réunification.

Les autorités israéliennes mettent beaucoup d’obstacles sur la route de l’équipe palestinienne de football, au nom d’impératifs de sécurité contestés par les Palestiniens. Lorsqu’en 1998, la Palestine a été accueillie par la FIFA, ce fut avec le soutien de la fédération israélienne.
En 2007, nous avions, Lilan Thuram et moi, lancé un appel pour que la prochaine Coupe du monde soit conjointement attribuée à Israël et à la Palestine, si un accord de paix était signé.

 

Vignettes Panini Mickael Madar Jewpop

 

A.G. : Que vous inspire le nom de Mickaël Madar ? (NDA : joueur du PSG et de l’équipe de France en 1996, séfarade, dont l’histoire a été évoquée sur Jewpop)

P.B. : C’était un joueur talentueux. Il a participé à l’Euro 1996 avec l’équipe de France, sans jouer un match cependant. Il était apprécié par les supporters du PSG, mais il a certainement souffert d’être considéré par certains comme celui qui avait pris la place d’Éric Cantona, alors qu’il n’était bien sûr pour rien dans la décision qui a amené à l’exclusion de ce dernier de la sélection.

 

A.G. : De plus en plus de joueurs arabes israéliens intègrent les meilleurs clubs locaux ou, comble de la réussite, l’équipe nationale. Comment percevez-vous cette évolution ?

P.B. : Ils ont la nationalité israélienne, c’est donc normal qu’ils soient éligibles à la sélection nationale. Si cela peut donner l’image d’une plus grande fraternité et peut-être attirer l’attention sur leur sort et donner une image volontariste, c’est positif. Mais il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt.

 

Lev Yachine Jewpop

Lev Yachine

 

A.G. : Vous êtes plutôt Lev Yachine ou Dino Zoff ?

P.B. : Lev Yachine a un destin hors du commun : être le meilleur gardien de tous les temps ; être le seul gardien de but à recevoir le ballon d’or ; finir amputé ; être soviétique à l’époque la plus dure de la guerre froide ; être apprécié par le public occidental. Quant à Dino Zoff, sa carrière est exceptionnelle par sa longévité.

 

A.G. : Quel souvenir gardez vous de la World Cup 1994, qui de triste mémoire se déroula pendant le génocide des Tutsi du Rwanda, et dont le financier a été arrêté en France récemment ?

P.B. : On ne peut que se féliciter que le financier du génocide ait été arrêté et que la justice puisse passer, fut-ce bien tardivement. Quand à la coupe du monde 94, traumatisé par l’élimination de l’équipe de France, j’ai eu du mal à la suivre. Elle n’a d’ailleurs pas été d’un niveau exceptionnel d’un point de vue footballistique, y compris la finale qui s’est terminée aux penalties. Mais j’assume mon manque total d’objectivité pour cette édition de la coupe du monde.

 

Entretien réalisé par Alexandre Gilbert

 

Lire d’autres articles d’Alexandre Gilbert sur Jewpop

 

© photos : DR

Article publié le 25 mai 2020. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2020

 

 

 

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