(un spectacle écrit malgré lui)
Pendant longtemps, l’humour juif français reposait sur quatre piliers :
- Woody Allen, Jerry Seinfeld, Larry David, pour les ashkénazes ;
- Michel Boujenah, Elie Kakou, Gad Elmaleh,
Kev Adams, pour les séfarades ; - les dîners de shabbat ;
- et les taux variables du crédit immobilier.
Puis Jean-Luc Mélenchon est arrivé, et il a décidé d’offrir à la communauté juive une nouvelle source de comédie involontaire.
Merci à lui.
Parce qu’il faut être honnête : aucun homme politique français n’aura autant contribué au renouvellement du stand-up juif contemporain.
Prenons ses plus grands classiques.
1. “L’antisémitisme est résiduel”
Probablement sa meilleure vanne absurde.
Résiduel. Comme des traces de calcaire dans une machine à laver.
Le mot a produit chez les Français juifs un niveau de sidération comparable à :
“Oui, il y a bien eu un iceberg, mais le Titanic reste globalement flottant.”
On imagine déjà la suite :
- “Les incendies sont résiduels.”
- “Les cambriolages sont résiduels.”
- “Les punaises de lit sont résiduelles.”
Le génie du terme, c’est qu’il transforme une angoisse historique en problème de plomberie.
2. Jérôme Guedj : le running gag le plus long de France
À un moment, beaucoup de gens ont cru que Jérôme Guedj avait volé la trotinette électrique de Mélenchon.
Sinon, difficile d’expliquer cette obsession.
Chaque apparition de Guedj dans un débat provoque chez Jean-Luc la même réaction qu’un oncle tunisien découvrant que quelqu’un a mis du beurre dans le couscous : une indignation viscérale.
Le plus fascinant étant cette ambiance permanente de :
“Je ne dis pas qu’il parle comme représentant des Juifs et de l’Izraël… MAIS je vais quand même le traiter exactement comme si c’était le cas.”
À ce niveau-là, ce n’est plus un conflit politique. C’est un spin-off psychanalytique.
3. Les noms juifs prononcés comme des diagnostics médicaux
Ah, le fameux talent mélenchonien.
Certains noms de famille, dans sa bouche, prennent instantanément une texture particulière.
“Braun-Pivet” devient une catégorie sociale.
“Hanouna” une civilisation hostile.
“Glucksmann” un concept géopolitique.
“Epstein” un théorème de physique.
On n’est jamais dans l’insulte explicite.
Non. Trop vulgaire.
On est dans ce délicieux flou artistique où tous ses fans comprennent parfaitement le message, en mode « vous voyez très bien de qui je parle… », à l’exception des éditorialistes de gauche qui publient ensuite :
“Pourquoi la polémique autour de l’antisémitisme supposé de Mélenchon révèle surtout l’offensive réactionnaire du néolibéralisme tardif.”
Réaction qui donne immédiatement envie de traverser une baie vitrée.
4. Jésus “mis à mort par ses propres compatriotes”
Là, on est sur de la comédie historique expérimentale. Les Monty Python sont loin, très loin derrière ce niveau de vanne…
Sortir ça aujourd’hui en France, pays qui a passé environ quinze siècles à utiliser précisément cette théorie comme prétexte pour transformer les Juifs en punching-ball théologique et plus si affinités, c’est un peu comme :
arriver à un barbecue avec un lance-flammes en disant “techniquement, c’est un appareil de cuisson”.
Évidemment, ensuite, pendant trois jours :
- les soutiens expliquent le contexte romain,
- les opposants hurlent à Drumont,
- et les Juifs regardent tout ça avec le regard vide de quelqu’un coincé dans un Uber conduit par
Pierre-Emmanuel Barré.
5. “La République, c’est moi”
Pas directement juif, certes.
Mais énorme contribution à l’humour juif français.
Parce que des milliers de mères juives ont immédiatement reconnu cette énergie très spécifique :
“Comment ça tu n’as pas aimé ma daf ? LA RECETTE, C’EST MOI !”
Depuis ce jour, beaucoup considèrent Mélenchon comme le premier leader de parti, ex-trotskiste, officiellement certifié “maman séfarade compatible”.
6. Le plus grand sketch : ses défenseurs
Mais son vrai chef-d’œuvre humoristique reste probablement la défense systématique de chacune de ses phrases.
Car chaque sortie problématique déclenche instantanément :
- 1444 threads,
- 6 podcasts,
- 3 séminaires de sociologie,
- et un doctorant de Nanterre expliquant que le malaise juif est “une lecture émotionnelle occidentalo-centrée”.
Les Français juifs, eux, vivent désormais dans un escape game permanent où ils doivent déterminer si une phrase de Jean-Luc est :
- antisémite,
- maladroite,
- antisioniste,
- décoloniale,
- ou simplement écrite après quatorze heures sans sommeil et deux mojitos.
Conclusion
Que Jean-Luc Mélenchon soit antisémite ou non (bien qu’on nous glisse dans l’oreillette qu’un peu si quand même, voir plus haut), il est devenu, « à l’insu de son plein gré » comme dirait son camarade Bruno Gaccio, source d’angoisse ET de matériel humoristique pour la communauté juive.
Avant lui, ce rôle était surtout occupé par les grands-mères qui demandent :
“Alors ? Toujours pas marié(e) ?”
