Photo de la plaque en yiddish apposée rue des Rosiers Pletzl Jewpop

Le Pletzl, à côté de la plaque

5 minutes de lecture

C’est une œuvre utopique qu’a réalisée l’artiste hongrois Sebestyén “Shabi” Fiumei pour rappeler l’âme du Pletzl, quartier historique de l’immigration juive ashkénaze (mais pas que…), devenu l’ombre de ce qu’il était. Ravagé par le tourisme de masse, la profusion de boutiques de fringues et autres “restaurants” de falafels caoutchouteux, la messe est dite, en yiddish, pour ce désormais DisnOyland, qui méritait bien une grosse plaque.
 

Photo de l'artiste Shabi Fiumei Jewpop

Shabi Fiumei

 
Il reste encore heureusement des utopistes comme Sebestyén Fiumei, pour marquer de leur empreinte les lieux historiques de la vie juive européenne. De sa Budapest natale, le jeune homme a émigré à Vienne où il étudie à l’Université des arts appliqués (Die Angewandte), avant de poursuivre son cursus à l’Académie d’art Bezalel de Jérusalem puis à l’ENSAPC à Paris. Outre ses passions pour l’art et les villes, il est marqué par le yiddish, une langue et une culture à laquelle il est profondément attaché.
 

Photo de la plaque en yiddish apposée rue des Rosiers Pletzl Jewpop

La plaque de rue “Pletzl” en yiddish créée par Shabi Fiumei

 
Avant de proposer son projet à la mairie du 4ème arrondissement de Paris, Sebestyén Fiumei a réalisé il y a deux ans une œuvre similaire à Vienne, dans la Taborstraße, le yidishe gas* (expression yiddish désignant une rue ou un quartier où vivent de nombreux juifs religieux) de la capitale autrichienne, qui avant la Shoah rassemblait une importante communauté juive. Comme nous l’explique l’artiste, il s’agit du seul endroit en Europe centrale et orientale où la vie orthodoxe et même haredi a réussi à se reconstituer après la guerre. “On y croise des enfants en trottinettes avec les payess qui se balancent, des yiddishe mame et leurs landeaux et poussettes, et le shabbes des hommes arborants de splendides shtreimel. Et avec eux l’envol de mots et phrases yiddish dans la rue.” nous raconte Sebestyén, soulignant que par une drôle de coïncidence, la rue porte le nom d’une célèbre montagne biblique, connue de tous les juifs religieux et de la plupart des touristes en Israël, le Har Tavor (Mont Thabor). Il note que “la plupart des personnes qui y vivent n’ont jamais réalisé ce lien. Depuis que j’ai créé une plaque de rue avec des lettres hébraïques, il est beaucoup plus évident… Je considère le projet Pletzl comme une suite logique du projet Taborstraße.”
 

Photo de la plaque en yiddish apposée rue des Rosiers Pletzl Jewpop

 
Du Pletzl (petite place en yiddish), il ne reste plus que quelques vestiges. À l’image du quartier juif de Cracovie, Kaziemirc, où les “marchands du Temple” ont pris la place des librairies, restaurants et autres commerces de bouche emblématiques de la vie juive locale. Du Pletzl d’antan subsistent encore 3 synagogues, une librairie, un café des Psaumes reprenant la tradition des cafés ouvriers de jadis, l’ORT, des passeurs de traditions culinaires de la yiddishkeit tels Florence Kahn, Finkelstajn, Michel Kalifa… noyés dans le flot des boutiques de marques qui vont et viennent rue des Rosiers et alentour, le transformant en centre commercial à ciel ouvert, tandis que les touristes du monde entier y font la queue pour avaler d’indigestes falafels.
 
Certains rétorqueront que c’est le progrès… La librairie du Progrès, rue des Écouffes, où nous allions avec mon père le dimanche acheter Unser Wort et des disques de Dzigan et Schumacher, a elle aussi mis la clé sous la porte. Cette plaque, apposée à l’angle de la rue des Rosiers et de la rue des Hospitalières Saint Gervais, est là pour rendre hommage à un monde à jamais disparu.
 
Alain Granat
 
© photos :  Shani Fiumei /DR
Article publié le 11 décembre 2019, tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2019 Jewpop
 
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Jacob Slawny
Jacob Slawny
2 années il y a

cette transformation est due a l’equipe dirigeante de ma maire de Paris et ses bos-bos,et la complicité autant active que passive des militants de la communauté qui d’une part critiquent les verts et le pc,et d’un autre cote siegent avec eux au conseil municipal,ils s’imaginent que la communaute esr sourde et aveugle

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