Elisa Tovati, un train peut en cacher un autre

8 minutes de lecture

 
Hier soir, alors que j’étais peinarde en train de mater GOT, mon téléphone vibre. Un sms de mon rédac-chef : « Elisa Tovati, c’est de ta famille, non ? Fais-moi un papier pour demain sur son conflit avec la SNCF, on y comprend rien ! ». Pourquoi ça tombe toujours sur moi ce genre de conneries ? Tout ça parce que je m’appelle Boutboul. C’est pas juste.
 
Le pitch : depuis quelques jours, la belle Elisa Tovati est en larmes à cause de la SNCF. La raison : Elisa, comédienne et chanteuse de son état (ouais, je sais, rime un peu pourrie, mais je me dis que peut-être elle me lit, Elisa, et que comme ça elle verra que je peux lui écrire des textes pour son prochain opus, « Elisa Tovati chante Sharon Boutboul ») a sorti fin février son 4ème album, intitulé Cabine 23, dont l’artwork a été réalisé en utilisant un wagon de l’Orient-Express comme décor, ce sans autorisation expresse de la SNCF.
 
En journaliste consciencieuse, je regarde les clichés litigieux. Les photos de l’album d’Elisa sont vraiment jolies. En les voyant, on a de suite la nostalgie des téléfilms coquins diffusés sur M6 le dimanche en deuxième partie de soirée. Elles ont un petit côté « Prends-moi sauvagement par l’arrière-train » très séduisant. Je les regarde encore, et je me dis que les communicants de la SNCF ont vraiment tout niqué : Elisa ferait une égérie parfaite.
 

 
Qui est dans son tort ?  D’un point de vue juridique, ce sont les responsables du label d’Elisa, Playon, qui n’ont rien contracté concernant le droit d’utilisation des images. Mais la SNCF, pour avoir voulu jouer les gros bras en adressant une mise en demeure de pilonner (!) l’album un mois après sa sortie, se retrouve désormais en délicate position de censeur.
 
Est-ce un buzz savamment orchestré par l’artiste et son label ? Pour le spécialiste en communication et blogueur Olivier Cimelière, la réponse est oui. Dans un article publié hier sur le Plus du Nouvel Obs, il analyse ce qu’il qualifie de « bad buzz qui sonne faux », mettant notamment en avant le fait que l’artiste et son label n’ayant négocié aucun accord contractuel avec la SNCF, ils devaient se douter qu’une action en justice serait possible, voire inévitable. Perfidement, l’auteur de l’article souligne que les ventes peinant à décoller (6000 albums depuis sa sortie fin février), la mise en demeure de la SNCF tombait à pic pour relancer la vapeur. Mais bad buzz aussi pour la SNCF, qui s’est rapidement fendue d’un communiqué de presse expliquant poussivement qu’aucune action en justice n’est envisagée (malgré la mise en demeure envoyée le 27 mars… vous suivez ?).
 



Est-ce que c’est bon pour nous ? Les réseaux sociaux se sont enflammés, avec leur promptitude habituelle, pour ce passionnant sujet. Outre les fans – juifs ou non – de l’artiste, certaines voix médiatiques juives ont de suite volé au secours d’Elisa avec la subtilité qui les caractérise. On a vu fleurir sur Facebook et Twitter des commentaires tels que celui de Sandrine Sebbane-Tordjman, journaliste culture-people à RCJ, l’une des 4 radios de la fréquence juive, s’insurgeant sur le mode « Y a personne de connecté au service de presse de la SNCF pour dire à son président que vu leur passé et leur histoire avec les juifs, ça la fout mal de vouloir faire interdire un album ou la chanteuse évoque la Shoah dans une très jolie chanson ? », tandis que le directeur de la rédaction de Radio Shalom, Bernard Abouaf, écrit « on va rappeler à la SNCF qu’Elisa Tovati est d’origine juive polonaise. Qu’elle a écrit cet album, dont le titre Pitchipoï, spécifiquement à la mémoire de sa famille déportée et décimée. Quand on connait le rôle des chemins de fer français dans la déportation des Juifs de France, on estime que la SNCF aurait eût une bonne idée en choisissant la décence et en ne demandant pas des sommes énormes pour qu’une petite fille de déportés en parle ». Bon, je dois avouer que côté « décence », la photo de pochette qui illustre l’album n’est pas spécialement tsniout, mais passons sur ce léger détail. Ne manque plus qu’un communiqué de Roger Cukierman, président du Crif, pour dénoncer l’odieuse campagne antisémite de la SNCF, et on sera bons.  Moi, je dirais que le truc vraiment antisémite, dans cette ténébreuse histoire, c’est que la SNCF ait organisé une expo « Orient-Express » à l’Institut du monde arabe. C’est plutôt du côté de cette piste qu’il faudrait creuser.
 

 
« Je suis effondrée, je ne dors plus, ne mange plus ». Elisa, c’est ce qui nous préoccupe le plus. Surtout les mecs de la rédac. Si tu ne manges plus, tu vas perdre tes adorables rondeurs. Alors mon conseil : tu as bien joué le coup, maintenant tu prends un Lexomil et tu monges, ma fille ! Et surtout, si tu as besoin de conseils pour tes prochains albums, n’hésite pas à venir nous voir chez Jewpop, on fait aussi label et on sera ravis de t’accueillir ! On a de supers juristes qui t’éviteront de faire des bêtises, et plein d’idées pour la suite. Après Cabine 23, ce serait super de faire Ligne 13, un truc en partenariat avec la RATP. On va cartonner !
 
Sharon Boutboul
 
Découvrir l’album Cabine 23 d’Elisa Tovati sur iTunes
Retrouvez toutes les chroniques de Sharon Boutboul sur Jewpop
© photos : Lisa Rozen / Playon, Robert Lakow / FHM

Article publié le 8 avril 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop

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