Ami journaliste, apprend a écrire sur les Juifs

18 minutes de lecture

 
Ton prof est trop cool, c’est David Abiker (journaliste à Europe 1). Dans un ouvrage collectif « Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les Musulmans, les Asiatiques, les Roms… » (Édition du Cavalier Bleu) élaboré sous la direction de Virginie Sassoon (Institut Panos), c’est lui qui est chargé d’expliquer au novice comment parler des Juifs dans les médias. Il le fait depuis le hamac de sa baraque en Corse. Bon, c’est vrai aussi qu’il s’agit de « déconstruire les clichés véhiculés dans les médias » avec humour, autodérision, ou mise en abîme ironique de cette ligne éditoriale. Pour ne pas abîmer les Juifs, David Abiker recommande de faire comme Albert Londres. Pas facile d’avoir le prix Albert Londres, alors heureusement il donne un exemple concret. Il choisit un extrait du « Juif Errant est arrivé », le juif décrit ressemble bien à un juif, il a une barbe et n’a pas l’air de sentir bon. C’est comme ça qu’il faut faire, dire les choses telles qu’elles sont, à bas le politiquement correct, allons à la rencontre de l’Autre et de ses différences.
Bon, David, stop ! Nous n’avons pas de barbe, on ne vit plus dans un shtetl, et certains parmi nous ont même des baraques en Corse avec un hamac. Bref, depuis la fin du 19eme siècle, on a un peu changé. Déjà, 6 millions d’entre-nous ont été rayés de la carte, et on est aussi devenus des « sionistes-fascistes-terroristes ». Pourquoi moi pour parler des Juifs ? demande David Abiker. Parce que nous, on s’est fait jeter David. On a même inspiré le passage des « polémiques stériles » dans le brief de commande du texte que tu as reçu par mail. Pourtant on l’aime aussi, Albert Londres. C’est pas lui qui disait : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » ? Voilà donc en exclu le bistouri, le lexique qui devait figurer dans cet ouvrage collectif destiné à lutter « contre les clichés véhiculés dans les médias », aux côtés, entre autres, de Gilles Sokoudjou, l’un des co-fondateurs des Indivisibles. Tu sais, c’est l’association qui décerne les « Y’a bon Awards » aux personnalités jugées racistes, comme la journaliste Caroline Fourest, mais pas comme Dieudonné… Et nous, on a le droit à quel prix pour notre produc-sion ?
Eva Soto et Alain Granat
Alain Granat est directeur de la publication de Jewpop, Eva Soto est journaliste et présente les informations sur Judaïques FM.
 

 
Le texte qui suit a été écrit par Eva Soto et Alain Granat (Jewpop) à la demande de l’Institut Panos en juin 2013, et refusé par l’éditeur Le Cavalier Bleu.
 

Petit lexique judéo-fioniste, par Eva Soto et Alain Granat

 

Camarade journaliste, tu t’apprêtes à traiter pour la première fois un sujet lié au monde juif et/ou au conflit israélo-palestinien ? Si tu ne veux pas te voir décerner un Prépuce Award, garde toujours à portée de main ce petit lexique, qui te sera utile pour décrypter l’information, la vraie.
AFP : Agence France Presse, dite aussi «Agence France Palestine» par les mauvaises langues sionistes. Notamment pour ses parti-pris lexicaux. Ex. : un bébé de 4 mois égorgé par un «activiste» palestinien dans la colonie d’Itamar en mars 2011, ça reste un «colon». Faut appeler un chat un chat.
Ahmadinejad (Mahmoud) : Ex-Président de la République Islamique d’Iran. Aime les slogans répétitifs : «Israël est un cancer sioniste», «la Shoah est une invention sioniste»… Remplacer le terme «sioniste» par «juif», et ça fait un peu slogan antisémite. Mahmoud est aussi l’inventeur du terme «fioniste» : d’après lui, «l’homosexualité est un mal fioniste».
Alya : Monter en Israël. Cela ne signifie pas juste prendre l’avion. Pour s’envoyer en l’air, il faut s’installer là-bas. Tous les Juifs peuvent le faire, c’est le «droit au retour», mais on ne vous paye que l’aller. Les juifs sont un peu radins quand même.
Al Dura (Affaire) : Images-prétexte d’un enfant palestinien tué dans les bras de son père à Gaza au début de la seconde Intifada et filmé par France 2. La chaîne dit que Mohammed a été tué par des tirs israéliens. Le CRIF et les Israéliens disent qu’il n’est pas mort. Tranchez avec le cas de Daniel Pearl, journaliste juif américain décapité en 2002 au Pakistan. Les ravisseurs islamistes se passaient les images du petit Mohammed pour se donner du cœur à l’ouvrage.
Antisémite / antisioniste : Synonyme. Le premier déteste les Juifs, le second aussi, mais ne veut pas l’avouer, parce que depuis Hitler, les antisémites ont mauvaise réputation.
Arafat (Yasser) : Ex-Président de l’Autorité Palestinienne. Avait un keffieh sur la tête, a dit oui à la paix et au terrorisme. Chaque année à Bethléem, la chaise qu’il occupait reste vide pour la messe de minuit. Son corps a été exhumé fin 2012 pour vérifier si les Israéliens ne l’avaient pas empoisonné au polonium. Depuis, la substance radioactive s’est volatilisée. (ndlr. Énième épisode du polonium d’Arafat. Les experts russes et suisses ont rendu leur rapport, mais toujours pas les Francais. Empoisonnement ou pas ? La communauté scientifique reste divisée. Bref, c’est comme pour Yves Montand et sa fille cachée, avant de déterrer le corps c’est toujours excitant, mais après, t’es déçu).
Ashkénaze : Juif originaire d’Europe centrale et orientale. Se pose des questions comme Woody Allen et tente de les résoudre comme Freud. Sa pratique religieuse est inversement proportionnelle au nombre de membres de sa famille exterminés par les nazis.
Avocat (ou médecin) : Rêve de tout parent juif pour sa progéniture. Avantage ashkénaze : si les nazis reviennent et qu’ils confisquent le magasin, ils ne peuvent pas confisquer le cerveau. Quant aux Sépharades, ça leur prouve qu’ils en ont un aussi, de cerveau.
Casher : Seuls trucs que les Juifs ont le droit de manger, sert à vous décourager de sortir avec l’un d’entre-eux si vous ne l’êtes pas. Le but : rester pur. Donc pas de trucs sexuels, de porc, ni de fruits de mer, moules incluses.
Colonies : Endroits réclamés par les Palestiniens. Les juifs s’y incrustent même après les vacances, alors ils préfèrent les appeler « implantations », surtout quand ils sont chauves. Il paraît que lorsque les Israéliens les auront toutes évacuées, ce sera la paix.
Complot, Finance : Même fonction qu’antisioniste, sert à dire du mal des juifs sans passer pour un antisémite.
CRIF (Dîner du) : Réunion annuelle où l’on peut voir des hommes politiques manger des plats casher. Souvent, ils reviennent l’année d’après, preuve qu’ils tiennent vraiment à montrer qu’ils ne sont pas antisémites, parce que vu ce qu’il y a dans les assiettes, ils pourraient penser que les Juifs sont radins.
Dieudonné (M’Bala M’Bala) : A débuté comme comique, a fini paranoïaque. Selon certains de ses pairs, «le meilleur d’entre-nous», une sorte d’Alain Juppé de l’humour antisémite. Mais il n’a jamais reçu de Y’a bon Awards.
Enderlin (Charles) : Journaliste, auteur du reportage sur le petit Mohammed Al-Dura. Il affirme que ce sont des balles israéliennes qui ont tué l’enfant. Même Mémé Fortunée, qui pense que tout le monde est juif, ne veut pas croire qu’il l’est. Équivaut à l’excommunication chez les Catholiques. Ex : le Consistoire refuse de convertir Simon parce qu’il est « enderliniste ».
Gaza : Dite aussi «bande de Gaza». Parce que ce territoire, rendu aux palestiniens en 2005, excite tant la convoitise du Hamas que de l’Autorité palestinienne. Les Palestiniens n’y cultivent pas que des olives, mais balancent aussi des roquettes sur leurs voisins israéliens. Quand les Israéliens en ont assez, ils les bombardent à leur tour et se font disputer par la communauté internationale.
Israël (cf. Entité sioniste) : Équivalent du village d’Asterix au Proche-Orient, sauf que c’est le pays des Juifs, et que les assiégeants sont les États Arabes autour. Appelé «Entité sioniste» par ceux qui veulent le rayer de la carte, pourtant ce nom ne figure sur aucune carte.
Juif : Se dit d’une personne née de mère juive. Parfois appelé «israélite» par les fans de reggae, ou «de confession mosaïque» par les fans d’émissions de télé-réalité. Parfois moqué pour son hygiène douteuse, on le qualifie aussi de «sale». Malgré son nombre infime sur la planète, le Juif est partout, il suffit de bien chercher.
Kippa : Signe religieux ostentatoire, on s’en couvre la tête à la synagogue et aussi dans les Territoires occupés-disputés. Éviter de la porter sur la ligne 2 du métro parisien, au risque de baston ostentatoire. A moins d’être habillé en soutane, comme le Pape. On dit alors calotte au lieu de kippa.
Mur : Peut se dire «des lamentations», car les juifs se plaignent souvent, ou « de séparation », car chacun chez soi, et les cochons seront bien gardés.
Nez : Appendice souvent non-circoncis chez les Juifs. Lorsqu’ils réussissent dans la finance, on dit qu’ils ont du nez.
Palestiniens : Habitants d’un État qui aurait du voir le jour en 1947 aux côtés de l’État d’Israël après la partition votée par l’ONU. Pas de bol, leurs amis des États Arabes voisins leur ont alors conseillé d’attendre qu’ils jettent les Juifs à la mer, histoire de conserver leur espace vital. Ça fait maintenant près de 70 ans qu’ils attendent, et leur espace s’est réduit comme une peau de chagrin.
Rabbin : Curé avec une barbe (excepté les femmes rabbins d’obédience libérale) sans besoin d’aller à confesse car il peut se marier. Son dimanche tombe un samedi. Il a tous les mensonges à vos questions, c’est pourquoi, dans sa forme intellectuelle la plus aboutie, il est presque agrégé de philo.
Sépharade : Juif originaire d’Espagne et du Portugal. Objet de blagues indélicates de la part des Ashkénazes (ex. : «Qui sont les meilleurs amis des Juifs ? Les Sépharades»). En Israël, ce sont un peu les Palestiniens des Ashkénazes. A Deauville, ils ont réussi leur implantation (voir «Colonies» et «Territoires occupés»).
Sionisme : Idéologie politique prônant l’existence d’un Etat juif (cf. Israël, cf. Entité sioniste). Cause de tous les malheurs du monde, et des autres aussi. Terme plus communément utilisé pour désigner le grand Satan (cf. Dieudonné, cf. Ahmadinejad, cf. Antisioniste), voire le Mariage pour tous. Existe aussi, pour la version rigolote, en Parti Anti Sioniste (« le sionisme est la principale cause de divorce »).
Terroriste : Selon le côté du Mur où il se trouve, qualifié aussi d’activiste. Parce que son activité favorite consiste à se faire sauter avec une bombe pour dire sa désespérance, espérer tuer le plus de personnes possibles (si possibles juives, américaines, occidentales) et/ou penser que grâce à ça, il va se taper 72 vierges au Paradis.
Territoires occupés : Territoires où les Palestiniens trouvent qu’il y a trop d’Israéliens, même quand il n’en reste plus aucun (cf. Gaza). Quand ce sont  les Israéliens qui trouvent qu’il y a trop de Palestiniens, ils les appellent « territoires disputés ».
Tsahal (armée israélienne) : Armée la plus puissante du Moyen-Orient, avec des jeunes obligés de se taper 2 à 3 ans de service militaire alors qu’ils préfèrent les boums. Elle alimente les fantasmes de domination et de cruauté. Même les filles y ont aussi de grosses mitraillettes, et certaines font le buzz en postant des photos de leur p’tit pétard sur Facebook.
 
© photos : Le Cavalier Bleu

Article publié le 2 décembre 2013. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2013 Jewpop

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