Le top 3 des phrases à ne pas prononcer à Yom Haatsmaout

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Quand j’étais ado, à l’école juive, le jour de Yom Haatsmaout, c’était la grosse fiesta. On dansait la hora dans la cour. Chaque année, j’ai un pincement au cœur en pensant à cette journée où, tous en rang, on chantait la Hatikva. Le directeur rappelait la mémoire de tous les soldats de Tsahal tombés depuis 1948. En criant d’une même voix « Am Israël haï », tous les élèves fantasmaient sur l’armée : les garçons sur les armes et les filles sur les Hayalims. A la place des cours, on regardait dans le réfectoire un documentaire  sur la guerre d’Indépendance. Réalisé par le professeur de maths, le film était tellement mal monté (avec un lecteur double VHS) que le son  avait 3 minutes de retard sur les images. Résultat, sur les images de l’Exodus, on avait le son d’Hitler à la conférence de Wannsee. Bon, ça, c’était quand j’étais ado. Aujourd’hui, les fêtes de Yom Haatsmaout, c’est surtout l’occasion d’assister à une kermesse de 3ème zone, ambiance Patrick Sébastien qui animerait un gala du Beth Loubavitch. C’est déjà tendu, alors évite en plus de dire ça…

 

«Et vous l’alyah, c’est pour quand ?» : oui, on se le dit tous. C’est bien beau de prier vers la Terre Sainte, mais quand faut aller s’y installer y a plus personne. Quand j’entends les gens répéter, des trémolos dans la voix en lisant la Haggada de Pessah «L’an prochain à Jérusalem», ça me rappelle un ministre qui disait au micro de l’Assemblée nationale «je n’ai jamais eu de compte en Suisse, ni par le passé ni aujourd’hui». Comment il s’appelle déjà ? Bref, son nom va me revenir. A ceux qui me disent hyper sérieusement «on attend la retraite pour y aller», mon cœur balance, j’hésite entre leur dire : «la retraite ? Mais on  vous a pas prévenu ? Israël, c’est pas une grande résidence Les Senioriales à ciel ouvert», ou «à force de repousser tous les ans, un conseil, prenez direct une place au cimetière Givat Shaoul à Jérusalem, c’est plus prudent et c’est moins cher qu’un 60m² à Tel-Aviv». Bref, écouter certains juifs de France parler de l’alyah, c’est comme voir ma mère préparer un makhroud en racontant dans le détail la méthode Dukan.

 

«20 € ça fait cher pour bouffer trois boulettes de pois-chiche» : les synagogues l’ont bien compris, les juifs de France en ont marre de mettre la main à la poche. C’est sûr que dans la grande compétition des causes de la Tsedaka, «la réfection du toit de la synagogue», à côté de «la petite fille de Kyriat Arba atteinte d’une maladie hyper grave dont la maman est dans le coma depuis l’accouchement et le père au chômage», elle ne fait pas le poids. Alors faut bien se rattraper sur autre chose. Et puis ça fait longtemps que t’as pas mangé dans des assiettes en plastique. Concernant l’ambiance musicale, inutile de demander au responsable de la musique «t’as rien d’autres que Sarit Haddad ? Le 14 juillet à l’ambassade des Etats-Unis, tu crois qu’ils guinchent  avec en fond sonore Mireille Mathieu et Gérard Lenorman ?», tu risquerais de t’entendre dire «tu préfères Asaf Avidan, le mec qui ressemble à un poulet et qui chante comme une fille ? T’es dans une synagogue, pas à une manif pour le mariage pour tous».

 
«Sérieux, vous avez plus l’âge de vous habiller en bleu et blanc !» : ok, moulée dans son slim blanc taille 46 et son tee-shirt avec une grande Maguen David bleue, la responsable de la fête, femme du président de la communauté, n’est pas du tout à son avantage. Bien qu’elle ait 65 ans – le « même âge que l’État d’Israël », répète-t-elle à tous ceux qu’elle croise –  ressembler à une pré-ado en voyage organisé par le Bétar à Hevron semble lui faire un plaisir fou. Respecte son bonheur, montre-toi pour une fois tolérant et passe ton chemin. Bon ok, quand elle te tendra un drapeau d’Israël de poche en plastique à «seulement 5€», tu peux te la percuter avec ma bénédiction. T’as le choix. Tu peux lui répondre «désolé, je n’achète pas des trucs fabriqués en Chine !» / «désolé j’ai tout filé à la petite fille malade de Kyriat Arba dont la mère est au chômage et le père dans le coma ou le contraire je sais plus» / «votre fils, il est parti du jour au lendemain en Israël. Il faisait quoi déjà ? Ah oui, il était dans l’écologie». Dans cette dernière phrase, le «désolé» tu le mets ou tu veux.
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

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Article publié le 15 avril 2013. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop
 

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